‹ Panorama de la ville de Lyon, de ses faubourgs et d'une partie de ses environs, ou Description des curiositès, des monuments et antiquités de cette villeChapitre 67 sur 103 · LES BROTTEAUX · texte numérisé non relu

LES BROTTEAUX

M. Morand , architecte célèbre, à qui l’on doit le pont qui porte son nom, avait proposé d’agrandir la ville de ce côté. Ce projet, négligé d’abord , commence aujourd’hui k s’exécuter, et la rive gauche du Rhône est couverte d’un grand nombre de maisons que p 0 n construit d’après les données de cet architecte.

A droite du pont Morand , du cote de La Par-Dieu , est ce champ qu’on pourrait appeler le champ de la douleur, où deux cents dix Lyonnais furent fusillés après le siège de Lyon. M. Delandine fait ainsi la description de ce massacre :

« Ils partent escortés de gendarmes qui « les mènent aux Brotteaux , dans le lieu « du supplice. En passant sur le pont Mo- « rand , ils sont comptés par la crainte de tt n’avoir pas le nombre qu’on voulait *, ce « recensement offre un excédant de deux « individus. Faut-il les écarter ? Quels se-

« ront ceux qu’on écartera ? La difficulté « est portée à Collot , dont la réponse est « prompte :

« Qu’importe qu’il y en ait deux de plus?

« s’ils passent aujourd’hui , ils ne passeront « pas demain. » Caligula , dans un cas pa- « reil, dit : ce Qu’ils périssent également , l’un « ne l’a pas plus mérité que l’autre. » Deux « cent dix, dont sept au moins se trouvent « là par hasard , sont conduits sur le champ « de mort. Leurs mains sont liées sur le « dos, par une corde qu’on attache à un ce cable fixé à chacun des arbres d’une longue te rangée de saule 5 ils ont en face les soldats •ce qui vont les fusiller , et deux canons prêts et à vomir la mort contre eux. Le signal est e< donné , leurs membres volent épars ; ceux et dont les bras sont emportés , ne tiennent « plus au cable , ils fuient , la cavalerie part « et les achève à la course ; d’autres en se « baissant avaient évité la décharge 5 la plu- « part , qui n’étaient que mutilés , crient à et leurs bourreaux : « Àchevez-nous , ne et nous épargnez pas » 5 et le soldat n’hésite

et pais de tomber sur les uns et sur les « autres à coups de sabre et de baïonnette.

« Leur grand nombre rendit l’immolation « excessivement longue , la lassitude des tt assassins ne leur permit pas de la consomtc mer. Combien palpitèrent long-temps en- ' et suite ! combien respiraient encore le « lendemain , lorsqu’ils furent de'pouille's et et inhumes avec les autres par des fossoyeurs et révolutionnaires , qui les achevaient à « coups de pelle et de pioche, et court vraient leurs corps avec de la terre et de et la chaux, dans le moment même du pas- « sage de la vie à la mort, a

Quelques temps après on éleva dans ce champ , à ces victimes infortunées de la révolution, un cénotaphe , sur lequel on lisait les inscriptions suivantes :

Vers vos amis, gisant sur ce rivage.

Portes souvent vos regards et vos vœux ;

Héritiers-nés de leur courage ,

Sachez vivre et mourir comme eux.

Terrassés par le crime et mourant avec gloire %

Ils se sont affranchis du règne des forfaits :

Et leur trépas illustrant leur mémoire.

Sous ce gazon leur a donné la paix.

Là consécration de ce monument fut une véritable fête civique. Ce jour-là, toute la ville se porta aux Brotteaux. Le ciel voulut prendre part aux événements de cette journée , aucun nuage n’obscurcissait l’azur céleste, l’espace était pur; tout-à-coup le soleil développe une couronne éclatante des plus belles couleurs , il semble vouloir couvrir de gloire les mânes vertueux qui vont recevoir l’hommage de leurs frères.

Ce monument fut ensuite détruit.

De nos jours que le retour des Bourbons a ramené l’abondance , la paix et l’oubli de nos guerres civiles , il était digne des Lyonnais de consacrer (de nouveau) un monument aux malheureuses victimes des suites d’un siège soutenu avec tant de courage par les braves habitants de cette cité. Une souscription a été ouverte; S. À. R. Monsieur, aujourd’hui notre roi , a placé son nom à

la tête des souscripteurs. Lors de son séjour à Lyon , en 1 8 1 4 > ce prince a posé lui-même la première pierre de ce monument, en présence d’une foule immense r .

On trouve aux Brotteaux une foule de promenades charmantes , des restaurateurs, des cafés , des brasseries de bière , des bains , des guinguettes , et des plaisirs de toute espèce.

On y trouve aussi des manufactures d’indiennes, de briques et de plâtre.

On y remarque le café du Grand- Orient , dont le jardin est très bien dessiné, et divisé en plusieurs salons et cabinets de verdure que l’on pourrait appeler des boudoirs , car ils prêtent un voile au mystère. Du côté du nord , un escalier conduit à une salle éclairée de toute part.

» Ce monument, qui est presque achevé, a la forme d’un tombeau, et ressemble un peu aux.

pyramides d’Egyple; on en doit les dessins à M. Cochet, membre de l’Académie des Sciences de Lyon. Une vaste barrière en fer a été placée en face il y a quelque temps.

On a construit aux Brotteaux un Cirque Olympique , à l’instar de celui des frères Franconi,de Paris 5 il est vaste et assez bien décoré. Indépendamment de l’enceinte destinée aux exercices des écuyers , il y a un théâtre où l’on joue quelquefois des pantomimes et de petites pièces. Ce cirque n’est pas ouvert toute l’année $ on n’y donne spectacle que par circonstance , ou lorsqu’il y a des troupes d’écuyers ou autres artistes de passage à Lyon.

L’étranger qui visitera les Brotteaux , fera bien d’aller dans les îles Rousseau et les bois de la Tête-d’Or : rien d’aussi frais, d’aussi varié et d’aussi champêtre que ces lieux.

Les allées qui forment le cours Morand , ont été arrachées il y a quelques années , mais le terrain a été haussé et de nouvelles plantations ont été faites. Au bord du Rhône, du pont Morand à celui de La Guillotière , un très beau cours a été tracé et a pris nom cours Bourbon , un autre est projeté.

On trouve encore aux Brotteaux des jar-

dins publics sous les noms de Tivoli , de .jardin Montansier , et jardin Chinois , où se trouvent divers amusements pour le peuple ; mais tout y est d’un mauvais goût et d’un mauvais ton, ils ne sont pas digne de la visite d’un etranger.

En fait de cafés , un qui mérite d’être vu aux Brotteaux est celui du Dieu-Mars et de la Tente.

A la fin du cours Morand on en trouve un autre très régulier et beau qui conduit au joli village et aux guinguettes des Charpenaes , il porte le nom de Trocadéro.

Des plantations d’arbres ont été faites sur la place Louis xvi, près du pont. Ces plantations forment quatre grands carrés , avec une double rangée d’arbres. On a ménagé entre ces quatre carrés un espace circulaire.

On assure qu’au milieu de ces carrés on doit placer les statues de Louis XVI, Malesherbes , de Sèze et Troncbet.

Le quartier des Brotteaux jouit d’une église provisoire , en attendant que celle qui «fit projetée dans l’allée Morand soit con-

Digit

s truite. L’église provisoire est située rue Malesherbes; le chœur est orné de quatre colonnes en bois revêtues en stuc.

On assure qu’une compagnie est organisée pour construire, sur la place Louis XVI , qui se trouve en face du pont Morand , un Bazar élégaut qui se composera de deux rangs de boutiques au devant desquelles régnera , de chaque coté de la voie publique , une galerie couverte qui facilitera dans tous les temps l’accès des magasins.

On assure aussi que pour arriver aux Brotteaux , et être à l’abri de l’ardeur du soleil , comme des vents et de la pluie , on construira de chaque côté du pont Morand et sur les trottoirs une galerie couverte en forme de tente.

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