LA TOÜR DE IA BELLE-ALLEMANDE
On ne peut visiter les bords de la Saône sans voir la maison de feu M. le baron Vouty. Les dehors et les avenues sont ceux d’un château merveilleux, d’une habitation de fée , ou la demeure d’un enchanteur. Sa construction à demi antique, sa haute tour , ses fossés , ses vestiges de ponts-levis , prêtent à des idées de féerie.
T C est aujourd hui une immense manufacture d étoffes de soie , où quatre cents ouvriers sont constamment occupés.
On a répandu beaucoup de falotes sur cette tour ; la suivante nous semble la plus accréditée :
Un Français, originaire de Lyon, avait fait une fortune considérable en Allemagne, et obtenu de grandes faveurs de la cour. Il vivait depuis long-temps comblé de biens et d’honneurs, lorsque le hasard lui procura la connaissance d’une jeune personne , de basse extraction, à la vérité, mais d’une beauté parfaite et d’une grâce accomplie : il en devint éperdument épris et l’épousa. Cette union, fort assortie dans d’autres temps, parut très déplacée par les circonstances et la position où se trouvait le nouvel époux ; il fut donc disgracié, perdit sa considération , son crédit , et se vit obligé de quitter l’Alxnagne. Il revint dans sa patrie , se retira à Lyon, fit l’acquisition de la maison qu’à possédée depuis M. Youty, et s’y établit avec son épouse. Elle était jeune, agréable, aimait le plaisir, et le cherchait toujours sans pouvoir le trouver dans cette solitude 5 elle sembla le rencontrer enfin dans la conver-
sa t ion d’un aimable commensal de son marî.
Celui-ci interpréta mal, sans doute, des entretiens trop répétés ; et pour se délivrer de ces conversations qui lui devenaient importunes , il vint à bout , à l’aide de l’autorité, et sous des prétextes supposés, de faire enfermer le jeune homme au château de Pierre-Scise 5 de son coté, il enferma lui-même sa femme dans la- haute tour que l’on aperçoit encore aujourd’hui devant la maison , et qui, dit-on, a conservé depuis lors le nom de la Tour de la Belle Allemande.
La chronique ajoute que ce malheureux jeune homme , comme un autre Léandre , s’étant précipité du rocher de Pierre-Scise dans la Saône , afin de se sauver à la nage k l’autre bord, et de parvenir à escalader la tour de la belle recluse , fut aperçu par les gardes du château. Ils tirèrent dans l’eau plusieurs coups de fusil sur lui, dont l’un l’atteignit et le blessa mortellement, sous les jeux de son amante infortunée, qui, montée au sommet de la tour, l’eucoura-
geait du geste à traverser le fleuve et à venir la rejoindre '.
chahbosnièbes.
C’est un village délicieux, h deuxlieues de Lyon , où la nature semble avoir répandu tous ses charmes. On ne pourrait offrir aux yeux un site plus enchanteur, et il n’en existe , je crois , pas en France un semblable.
Les étrangers n’y verront pas sans étonnement le bois de Y Étoile et celui des Pins, où, sans avoir eu besoin du secours de l’art, la nature a tout fait. Les eaux que l’on prend à Charbonnières sont très salutaires, surtout pour les maladies de la peau. Pendant l’été, une foule de danseurs des deux sexes y arrivent de Lyon , et donnent un air de fête à ce séjour enchanté.
En allant à Charbonnières , on ne peut
1 Cette propriété a été vendue il y a quelques années, et a subi le sort de plusieurs châteaux. Les acquéreurs l’ont morcelée.
s’empêcher de visiter également les villages d’Écully et de Saint-Didier , dont les paysages sont frais et gracieux , et les bois charmants.
Dans le premier on trouve les belles propriétés de MM. Jars, député, Lacène, agronome, connu par son ouvrage sur les abeilles, et celle de M. Lebœuf, ancien négociant.
(giablissetnents utilre.
Il existe à La Mulatière , au delà du pont un établissement d’un genre nouveau pour la sciure des bois par le moyen d’une mécanique ingénieuse.
Dans la presqu’île Perrache on peut voir les moulins pour moudre le blé par le moyen de la vapeur y un grand nombre d’autres moulins qui se meuvent par eau sont établis sur les bords du cours d’Herbouville.
L’établissement mécanique de M. Bouchard-Jambon , habile dentiste , rue Vaubecourt , est très intéressant à voir.
On trouve h Oulins et à la montée de Choulan des maisons de santé destinées aux demoiselles qui ont des difformités que l’on redresse par des moyens ingénieux $ le premier de ces établisements est dirigé par le docteur Bal, et le second par le docteur Millet. Les étrangers ne peuvent se dispenser de visiter la raffinerie de sucre de M. Morel, rue Puits d’Ainai, ainsi que les bateaux à vapeur qui font le service de Lyon à Châlons, leur forme est élégante et la distribution intérieure est parfaite.