‹ Panorama de la ville de Lyon, de ses faubourgs et d'une partie de ses environs, ou Description des curiositès, des monuments et antiquités de cette villeChapitre 93 sur 103 · CAFÉS · texte numérisé non relu

CAFÉS

Le ci-devant café Koch , au coin de la rue Lafont et de celle du Garet , est aussi vaste que bien distribué. Il est décoré de cinq tableaux copiés d’après David, Guérin et Meynier , représentant Achille chez Lycomède , la Séparation d’Eucbaris et de Télémaque , Phèdre et Hippolyte , Oreste demandant à Pyrrhus la remise du jeune Astyanax, Bélisaire aveugle recevant l’aumône à la porte d’un temple. Ces copies ne sont pas merveilleuses 5 elles produisent cependant un certain effet , et valent bien les tentures de papier peint qu’on voit encore dans bon nombre de cafés.

La place des Célestins actuellement si bien bâtie , et si vivante , offrait il y a seize ans, l’aspect le plus triste et le plus ennuyeux. Où s’élèvent aujourd’hui les belles maisons qui la décorent avec tant d’élégance, régnait jadis une longue file de baraques toutes construites en bois et en plâtre. Dans une matinée du mois de juillet 1807 , la plus grande partie de ces baraques fut réduite en cendres. L’incendie avait une telle force , que le pavillon du Panorama, situé au milieu de la place, et parfaitement isolé, s’enflamma tout-à-coup et fut entièrement consumé en moins d’un quart d’heure.

Les baraques épargnées par les flammes sont tombées plus tard sous les coups du marteau, et sur un terrain occupé par des écuries, des remises, des cabarets, des atteliers de forgeurs et de charrons, se voient maintenant des édifices de fort bon goût , construits avec solidité, où sont placés de brillants cafés , de superbes restaurais , des cabinets de lecture aussi nombreux que bien tenus..

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Le ci-devant café TeissïER, aujourd’hui café Arnoux, n'a rien perdu de sa vogue en changeant de maître. Ii n’a rien perdu non plus de sa beauté; on admire toujours l’éclat de sa décoration intérieure , la richesse de son comptoir, et la jolie statue en bronze de Mercure , placée au centre de la salle »

dont le musée de Grenoble a offert , dit-on ^ cinq mille francs. Ce café , avait été embelli, au dehors, par une enseigne assez bien peinte , représentant le Messager des Dieux traversant les airs ; elle est toujours en place , mais elle passe beaucoup.

Le café Crépi est joli, mais un peu trop petit.

Le beau café des Mille Colonnes , autrefois tenu par M. Simon, est géré depuis long-temps par un officier en non-activité , membre de la Légion-d’IIonneur. Ce café est celui de la place des Célestins qui a le plus de régularité dans sa forme, et où se réunit la société la plus décente. Une fort belle lanterne en verre , sur laquelle sont peints très agréablement les différents objets qui s»

consomment dans le café' , et qui tourne au moyen d’un mécanisme pratiqué en dedans , sert d’enseigne k ce bel établissement.

Le ci-devant café Maillot est d’une grande propreté ; mais , en dépit des gens qui vantent sa décoration, on ne voit pas trop ce que signifient cette frise et ces pilastres peints en ver. Le propriétaire s’est enfin décidé k faire disparaître un amas de guirlandes de fleurs artificielles , qui se mêlaient k des draperies amaranthes dont les glaces du café ont été long-temps surchargées. On y voit toujours , pendant l’été , un assez joli château d’eau qui répand dans la salle une fraîcheur agréable.

Dans la cave de la maison n° 1 , rue Saint- Louis, il a été ouvert, un café semblable k celui du ventriloque Borel , au Palais-Royal k Paris. Ce café a soixante-et-douze pieds de long sur dix-huit de large , et il a pris le nom de Café du Caveau. Il est orné de glaces dans toute son étendue. Un comptoir très brillant occupe l’une des extrémités ?

et dans l’autre se voit un petit théâtre pitto-

resque représentant des bois , des plaines , des montagnes, un rocher, une cascade.

La porte d’entrée, sur la cour, n’offre rien de remarquable ; mais celle qui se trouve sur la rue a quelque noblesse.

Il est encore quelques autres cafés assez remarquables , tels que ceux du Commerce et de la Colonne , place des Terreaux ; le café Militaire et celui d’Apollon, place de la Comédie ; le café des Caryatides, place Saint- Pierre ; le café Bajolet, place Montazet 5 le café Neuf, à l’angle de la rue Saint-Dominique; le Café Girard , quai des Célestins.

Il s’en voit également de fort agréables aux Brotteaux , à La Guillotière , à Yaize, à la Croix-Rousse.

Le café Neptune est situé sur le quai de Villeroi ; il occupe l’ancien emplacement des bains construits sur la Saône : deux portes placées en face de celle d’entrée donnent sur la terrasse , abritée par une vaste tente , sous laquelle on respire le soir, en été , l’air le plus frais. Deux immenses croisées sont ouvertes au midi sur la rivière ,

et l’œil des consommateurs s’étend sur tout le cours de la Saône , ou se promène agréablement sur lesriants coteaux deFourvières, de Saint-Just et de Sainte-Foy. Le plafond est entouré d’ornements du meilleur goût, peint par M. Rineri. Ce café, le mieux éclairé peut-être de ceux de Lyon , et celui dont la situation est la plus avantageuse, est très fréquenté.

Au nombre (les cafés qui se font remarquer à Lyon, il faut citer celui que vient d’élever, dans un des carrés de verdure de la place Louis-le-Grand , M. Girard , propriétaire du café du Jet-d’Eau, h. l’angle du quai et de la rue des Célestins. Ce café qui a la forme d’une tente élégante est décoré avec goût; le service y est fait par de nombreux garçons ayant un costume uniforme ; on y sert des déjeunés à la fourchette , au chocolat et au café ; le soir, la bonne société peut s’y réunir pour y respirer le frais, prendre des glaces, des sorbets, de la bière , etc. , et y entendre de la musique, surtout le mardi , le vendredi et le

dimanche. Les abords du café sont illuminés , et tout fait présager à l’entreprise de M. Girard un succès brillant et durable.

Tout près du café sont placés quatre kiosques destinés à des cabinets de lecture pour les journaux , à l’instar de ceux que l’on voit h Paris au Palais-Royal ; et il n’est, pas jusqu’aux modestes marchands de cocos qui auront sous les tilleuls des tentes élégantes.

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