DEUXIÈME TABLEAU
Chez les Gastrolâtres .
LE CHŒUR
Joyeux seigneurs à raine rubiconde,
Qui voyagez de par le monde,
Soyez les bienvenus !
PANURGE
Les bonnes gens!
Sachez pourquoi nous voyageons Nous cherchons Pour calmer le souci de nos âmes, Nous cherchons femme...
Et nous allons Pour ce précieux butin Au pays de Satin !
LE CHŒUR
Quelle folie !
Buvez plutôt du vin sans eau Le coude haut.
Par la coupe d'oubli Les maux sont abolis.
FRÈRE JEAN
Laissons-Dous donc convaincre Par l'avis populaire !
Dis, que fais-tu pour vaincre, Manant, la misère Et les maléfices ?
LE CHŒUR
Je bois, je bois !
Dis-moi comment s'emploie Dans les jours de joie Gain et bénéfices ?
LE CHŒUR
Je bois, je bois !
PANURGE
Que fais-tu si ta femme Te trompe, 1 infâme, Ensuite te raille ?
LE CHŒUR
Je bois, je bois !
FRÈRE JEAN
Où prends-tu courage D'affronter l'orage Ou bien la bataille ?
LE CHŒUR
Je bois, je bois!
FRERE JEAN
Dis-moi comment s'endure Le vent, la froidure Au fond des cépées?
LE CHŒUR
Je bois, je bois !
Par quelle médecine Toute humeur chagrine Vite est dissipée ?
LE CHŒUR
Je bois, je bois !
PANURGE
Comment les épousailles Et les funérailles Sont solennisées ?
LE CHŒUR
Je bois, je bois !
FRÈRE JEAN
Gomment la soif ardente Dont le feu tourmente Veut être apaisée ?
LE CHŒUR
Je bois, je bois !
Je ris quand je bois, Ennuis, Soucis, Fuyez loin d'ici.
Travers, Revers Meurent dans le verre.
Buvez sans eau, Et le coude haut.
Et maintenant, que tout chagrin s'oublie, Trouvez en ces beautés, une heure de folie !
FRÈRE JEAN
Je vous retrouverai, je suis homme d'Eglise :
Ma présence en ces lieux ne serait point de mise.
Trinc ! Trinc !
Trinc ! Trinc !