‹ PantagruelChapitre 28 sur 38 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Les Mêmes, moins FRÈRE JEAN

ALLYS, apercevant Pantagruel.

Dindenault !

Ne fuyez pas, divine beauté, Et daignez m'écouter.

ALLYS

Un inconnu...

J'entendis votre voix Qui, dans les fleurs, disait aux astres votre émoi, Et j'ai cru voir soudain de leurs rayons baignée Une divinité sur la terre enchaînée, Aux célestes attraits joignant ceux des humains, Et je veux l'adorer d'hommages souverains.

ALLYS

Quel langage, berger !

Langage d'amoureux,

Pour la première fois épris, Je voudrais être, Allys, La brise qui vous frôle,

La robe de brocart qui couvre vos épaules

Autour de votre taille, être votre ceinture,

La fleur épanouie en votre chevelure,

L'air que vous respirez, le parfum qui vous plaît,

Ou cet astre lointain, par vos yeux contemplé.

Je suis dans un enfer brûlant, voluptueux,

Tout mon être frémit, et tremble, je vous veux.

Qu'entends-je ? Audacieux, vous oubliez, je crois, Qu'un tel discours s'adresse à la fille d'un roi ! Mais, ô vous que je vois sous l'habit d'un berger, Oh ! qui donc êtes-vous, téméraire étranger?

Laissant au large sur la mer

Vaisseaux, soldats bardés de fer,

A l'amour seul, à sa douceur

J'ai vou'u devoir le bonheur.

Et suivant les sentiers de cette île bénie, Parmi les fleurs des champs à travers les prairies, Je suis venu, charmé du doux chant des oiseaux, Frisselis des buissons, murmure des ruisseaux, Offrir à la princesse en mon âme choisie,

La couronne de pierreries Et le cœur enflammé du roi Pantagruel.

ALLYS

Ciel :

ALLYS

En moi s'épanouit Toute la volupté que recelait la nuit

Ainsi qu'en une tour mon âme prisonnière Aspirait à la joie, au ciel, à la lumière.

PANURGE

0 tendrette,

Mignonnette, 0 beauté rêvée, Je t'ai retrouvée.

XANIE

0 messire,

Qu'est-ce à dire, H faut qu'on châtie Votre effronterie.

ALLYS

Et voici l'attendu de mes rêves dorés, Le chevalier qui vient me délivrer!

PAXURGIi

0 coquette Joliette, 0 ma si jolie,

A t i pour la vie !

NANIE

Galant muguet,

Badin follet, Je me sens, je crois, Un penchant pour toi.

Rendons grâce au destin, ma bien- aimée Alïys.

ALLYS

Déesse des amours, sois bénie, ô Cypris !

Frère J^an, frère Jean ! Ça, béat personnage, Mariage, mariage !

tous, avec des intonations diverses.

Mariage !

Frère Jean, bénis-nous I

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