ON BOURGEOIS
Moi, je t'ai bien vu, je le jure !
CHŒUR
De par Dieu !
Pendons-le !
FRÈRE JEAN
Eh bien ! Eh bien ! mes frères, 11 n'est péché sur terre Qui n'ait rémission.
LE CHŒUR
Non, non ! point de pardon !
FRÈRE JEAN
Eh bien, alors, mes frères, Non point sans le secours de mon saint ministère!
PAN ORGE
Frère Jean, mon ami, mon bon frère, mon père Spirituel, mon tout, oh! sauve-moi !
FRÈRE JEAN
Hé bien !
Hé bien, comment ! Panurge, tu te plains ? N'as-tu donc point joui de l'existence, A pleine suffisance ?...
Les plaisirs sont Chose éphémère,
Et font place à la désillusion Arrière !
Réjouis-toi, tu vas quitter celte vallée Et de larmes et de misères.
Ton âme prendra sa volée Au sein des angél;ques sphères.
Dis donc merci, si tu m'en crois, A ces bénévoles bourgeois, Pour t'ouvrir — de profundis : — Le Paradis !...
PAXURGE, parodiant Frère Jean.
Eh bien ! Eh bien ! Frère Jean, faux ami, Faux tout, si par ta faute, Ta faute, ta très grande faute, Si je pars le premier
Pour ces sinistres lieux dont Lucifer est l'hôte, Chaque nuit, chaque nuit,
Mon fantôme viendra te tirer par les pieds !
FRÈRE JEAN
Etant homme d'Église, Je t'exorcise.
Mais trêve aux paroles vaines !
Que ton esprit se rassérène, En la sainte contrition, Reçois ma béuédiction :
Panurge, allez en paix dans l'éternel repos, — Ego te absolvo !
LE CHŒUR
A la Hart Le pendart!
UN BOURGEOIS, habillé en marguillier, sort de la foule, une corde à la main.
Il doit être puni par où il a péché î La corde qu'il a prise au saint clocher De Notre-Dame !
chœur, passant la corde sur la potence d'une enseigne décrochée, et empoignant Panurge.
Que justice S'accomplisse !
Holà hisse!
panurge, la corde au cou. 0 you you you you !
FRÈRE JEAN
Arrêtez, arrêtez, sacrilèges!
Pendre un chrétien avec la corde vénérée De nos cloches sacrées :
Profanation, profanation !...
Vous attirez sur vous Le céleste courroux.
Excommunication! Excommunication !
Anathème ! Anathème! A genoux! A genoux!
le CHŒUR, avec terreur.
Pitié !
Pitié, pitié ! Ha' Monsieur le prieur,
Epargnez-nous !
frère JEAN Non, non !
PANURGE
Non, non !
LE CHŒUR
Ha, Monsieur le prieur! pardonnez-nous !
FRÈRE JEAN
Non, non !
PANURGE
Non, non !
LE CHŒUR
Pitié, pitié, pitié ! mon père !
FRÈRE JEAN
Eh bien ! eh bien, devant ce repentir sincère,
Mes frères, je me sens fléchir :
Ainsi que le Seigneur a dit à ses apôtres,
Aimez-vous les uns les autres !
Ainsi donc,
Il faut que le pardon appelle le pardon.
PANURGE
Pardonnons-nous les uns les autres!
FRÈRE JEAN
Pardonnez d'abord à Panurge, votre frère, Puis, que chacun de vous rentre en sa chacunière,
Et demain avant l'aurore,
Vous entendrez encore
Effaçant l'infamie, Les cloches Notre-Dame aux grandes voix bénies.
LE CHŒUR
Pardonnons-lui, pardonnons-lui.
»2 l Rentrons, rentrons en nos logis,
Rentrons, citadins de Paris!
PANURGE et FRÈRE JEAN
Rentrez, rentrez en vos logis, Rentrez, citadins de Paris!