XXI. Galérius ou lejeune Maximien (c'est k
ffîUdeGÉlérius.
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même), étant parvenu à la puissance souveraine, ne songea plus qu'à en abuser. Après la victoire qu'il remporta sur les Perses, il voulut introduire dans les provinces romaines la coutume de ces peuples qui renoncent à la liberté, et que leurs rois traitent comme des esclaves. Galérius avait rimpudence de louer cette coutume. 11 ne pou* yait toutefois rétablir par un édit; mais on voyait bien que son dessein était de réduire tous les Romains en servitude. Il dégradait les magistrats; il faisait appliquer à la question non-seulement les dépurions , mais les plus illustres citoyens des villes. Pour des affaires civiles et de peu d'importance, il y avait des croix préparées, ou des chaînes pour le moins. On traînait des femmes de qualité dans le gynécée ^ 11 y avait quatre pieux fichés en terre pour ceux que Ton frappait de verges, quoiqu'on n'y attachât pas même les esclaves. Rapporterai-je ses divertîssemens et ses jeux? Il nourrissait des ours d'une grandeur et d'une férocité pareille à la sienne, et quand il voulait passer le temps, il ordonnait qu'on en apportât quelqu'un, lequel il désignait par le nom qu'il lui avait donné. Il leur donnait des hommes, non pas à dévorer, mais à engloutir; et quand il voyait déchirer ces misérables, il riait agréablement. Sa table était toujours abreuvée de sang humain. Le fieu était le supplice des chrétiens qui n'étaient pas constitués en dignité; il avait même ordonné qu'on ne brûlerait les condamnés que lentement. Quand ils étaient attachés au poteau, on allumait un peu de feu , dont on leur brûlait la plante des pieds; on appliquait ensuite des flambeaux ardens à tous leurs membres, afin qu'il n'y eût pas une partie de leur corps qui n'eût son supplice. Durant ces tourmens, on leur jetait de l'eau sur le visage, on leur en faisait même boire, de peur qu'une soif ardente ne hâtât leur mort , que l'on ne retardait toutefois par cet artifice que de bien peu de momens. Cependant, après que le feu avait consumé toute leur chair, il pénétrait jusqu'au fond des entrailles ; alors on allumait un grand brasier où on les jetait. Ensuite on mettait leurs os en poudre, et on les jetait ou dans la mer ou dans la rivière. XXII. Au reste, il se servait contre tous ses siqets de k science qu'il avait apprise dans les
* Lieu réservé à ses plaisirs.
supplices des chrétiens : il rejetait toutes les peines légères, comme l'exil, la prison, les mines; â son gré tout était digne du feu , de la croix, des bêtes sauvages. Il châtiait ses officiers et ses domestiques avec la lance. Ne couper que la tête passait pour une grâce, et il fallait avoir rendu quelque service considérable à l'État pour obtenir une mort si douce. Ce que je m'en vais dire n'est rien en comparaison : plus d'éloquence, plus d'avocats, tous les jurisconsultes relégués ou morts ; les lettres étaient mises au nombre des arts dangereux ; ceux qui en disaient professioa on les traitait d'ennemis et de perturbateurs du repos public Les juges ne reconnaissaient plus d'autres lois qu'une licence effrénée de tout oser et de tout faire; on envoyait dans les provinces des juges ignorans et sans lettres , â qui même on ne donnait point d'assesseurs.
XXIII. Mais le cens ^ que l'on exigea des villes et des provinces causa une désolation générale. Les commis étaient répandus partout, furetaient partout ; c'était l'image de la guerre et de la captivité. On mesurait les terres, on comptait les vignes et les arbres, on tenait registre des bêtes de toutes sortes d'espèces. Dans les villes, ou ne faisait point de distinction des bourgeois et des paysans ; chacun accourait avec ses enfans et ses esclaves'. On n'entendait que les coups de fouet résonner. On forçait par la violence des supplices les enfans à déposer contre leurs pères, les esclaves contre leurs maîtres, les femmes contre leurs maris ; et lorsque les autres preuves manquaient, on donnait la question aux maris, aux pères, aux maîtres, pour les faire déposer contre eux-mêmes ; et quand la douleur avait arraché quelque aveu de leurs bouches, il passait pour véritable. Ni l'âge ni la maladie ne servaient d'excuse; on apportait les malades et les languissans; on fixait l'âge, on donnait des années aux enfans, on en ôtait aux vieillards, tout était rempli de gémissemens et de larmes. Le joug, que par le droit de la guerre les anciens Romains imposaient aux peuples vaincus, Galérius l'imposa sur les Romains mêmes; peutêtre à cause que Trajan avait puni par l'imposition du cens les fréquentes rébellions des Daces,
■ Une impofîtîoii sur les personnes, sur les bêles , sur les terres labourables, arbres fruitiers, vi^es.
' Le texte est corrompu ou très-embarrassé en eel endroit.
LAGTANCE.
dont Galérius était descendu. Oa payait encore une certaine taille par tête, et la liberté de re»« pirer s'achetait à prix d'argent. Mais on ne se fiait pas toujours aux mêmes commissaires; on en envoyait de nouveaux pour faire de nouvelles découvertes; mais qu'ils en eussent Fait on non, ils doublaient toujours les taxes, pour montrer que Ton avait eu raison de les employer. Grpfodant les bêtes périssaient, les hommes mouraient; mais le fisc n'y perdait rien, on exi- (jeait leurs taxes après leur mort. Ainsi Ton ne pouvait ni vivre ni mourir gratuitement. lies seuls mendians, par le malheur de leur condition, étaient à couvert de ces violences. Mais ce scélérat voulut les rendre à Tégalité de persécution , et trouva un moyen de remédier à leur misère : il les faisait embarquer, et quand ils étaient en pleine mer, on les y jetait par son ordre. Voilà l'expédient que ce bon prince trouva pour bannir la pauvreté de son empire; afin que, sous prétexte de pauvreté, personne ne s'exemptât du cens, il fit périr une infinité de misérables. XXIV. Mais le temps de la justice divine approchait, et la prospérité de Galérius était près de son terme. Tandis que ces cruautés Toccopaient, il ne songeait pas à la ruine de Constance dont II attendait la mort; mais il ne la croyait pas si proche. Ce prince étant tombé dangereusement malade, redemanda son fils Constantin pour se consoler par sa vue. Ce n'était pas la première fois qu'il avait fait cette prière; Galérius n'appréhendait rien tant que le départ de Constantin. Il lui avait souvent dressé des embûches, parce qu'il n'osait l'attaquer ouvertement, par crainte de s'attirer une guerre civile, et surtout la haine des soldats qu'il redoutait au dernier point. Sous prétexte de divertissement et d'exercice , il avait exposé Constantin à un lion, dont il avait triomphé. En vain Galérius attenta sur la vie de ce prince, Dieu l'avait pris sous sa garde, et le sauva toqjours des mains de aes ennemis. Après donc avoir fait diverses entreprises inutiles contre Constantin, enfin Galérius lui donna son congé et le signa de sa main, le soleil étant prêt à se coucher; il lui permit donc de partir le lendemain au matin après avoir reçu ses ordres. Il avait dessein, ou de le retenir sous quelque prétexte, ou de dépêcher un courrier à Sévère, avec ordre de le retenir quand il passerait en Italie. Constantin se dé-
fiant de ce dessein , après avoir soupe moDtel cheval et se sauve. Dans toutes les postes où il passait, il faisait couper les jarrets des chevaux, pour empêcher qu'on ne le suivtt. Le lendemain Galérius fit semblant de s'éveiller beaucoup plus tard que de coutume, et commanda que l'on appel&t Constantin. On lui dit qu'il était parti la veille après le souper :1e voilà enfiirie; il ordonne que l'on coore'après lui. On lui rapporte que tous les chevaux de poste sont estropiés. A peine peut-il retenir ses larmes. Cependant Constantin faisait une incroyable diUgeiice, et se rendit auprès de son père comme il était à l'extrémité. Ce prince mourant recommanda son fils aux soldats, lui remit l'empire entri; les mains, et expira doucement, comme il Tavait souhaité. Aussitôt que Constantin fut parvenu àla dignité d'empereur, son premier soin fut de rétablir les chrétiens dans la liberté de leur religion.
XXV. Peu de jours après, il envoya à Galérius son image couronnée de laurier. Galérius douta s'il devait la recevoir, et sans ses ministres qui le retinrent, il eût fait brûleret l'image et celuiqui la lui avait apportée. Mais ils lui représentèrent que, comme l'on avait créé des Céûurs inconnus et désagréables aux soldats, assurément Us se rangeraient du parti de Constantin aussitôt qu'il prendrait les armes. Il déféra donc à leur avis , mais à regret, et reçut l'image. Ensuite , 3 envoya la pourpre àConstantin pour faire voir que de son bon gré il l'associait à l'empire. Cependant ce fâcheux événement rompit ses mesures. Il ne pouvait nommer un troisième César, contre la disposition de Dioclétien. Mais il s'avisa de cette subtilité: il accorda le nom d'Auguste à Sévère qui était le plus Âgé, et celui de César à Constantin, qui,au lieu d'occuper lesecond rang, se trouva rqeté au quatrième et après Maximien.
XXVI. Les difficultésétaient pourtanten quel que sorte levées, quand on apporta à Galérius d'autres nouveUesquilerempUrentdeterrear.On lui manda que son gendre Maxence avait été fiiit empereuràRome. Voici cequi le porta àœtte hardie résolution: Galériusayant conçu ledessein de ruiner l'empire par l'imposition du cens, passa jusqu'à ce comble de fureur, de vouloir aissiy ettir le peuple romain même à ce tribut, n avait déjà
, nommé des commissaires pour en faire le dé-
MORT DES PERSECUTEURS DE L'EGLISE
lombrement et eo même temps avait extrêmement affaibli le nombre des soldats prétoriens ; de sortequeceuxquiétaientàRome ayant trouvé me occasion favorable firent main- basse sur quelques magistrats et élevèrent Maxence sur le trAne, avec le consentement du peuple romain animé déjà contre Galérius.Itfut d'abord surpris de cette nouvelle, mais elle ne lui fit pas perdreeoorage. Il baissait Maxence, etne pouvait créer trois Césars. Il se contentait d'avoir, malgré lui, déféré cet honneur à Constantin. 1! fait donc venir Sévère , Texhorte à recouvrer l'empire, et Tenvcrie avec Tarmée du vieux Maximien contre Maxence. Cessoldats, qui avaient autrefois goûté les délices de Rome, non-seulement eu souhaitaient la conservation , mais encore d'y passer feur vie. Maxence, après une grande audace, songeait à sa sûreté. 11 avait lieu de croire que Tarméequeson père avait commandée si longtemps pourrait se ranger de son parti ; et craignant néanmoinsqueGalérius, qui avait aussi sujet de s'en défier , ne la laissât dans miyrie sous le commandement de Sévère, etqu'avec toutes ses troupes il ne marchât contre Rome , voulant se mettre à couvert d'un danger si éminent, il envoie présenter sa pourpre à son père, le vieux Maximien, qui , aprèsson abdication, avait établi sa résideoceàla campagne, et le nomme Auguste pour la seconde fois. Ce prince avide de nouveautés, et qui avait refusé l'empire malgré soi, ne refusa pas ce qu'on loi of fixait. Cependant Sévère marche droit à Rome, etfeint de la vouloir assi^;er. Sur ces entrefaites, son armée l'abandoDoe et prend le parti de son ennemi. Ce misérable n'avait plus d'espérance qu'en la fuite. Mais le vieux Maximien se trouvait sur son passage; de sorte qu'il fut obligé de se jeter dans Revenues etdes'y enfermer avec tout cequ'il put ramasser de soldats. Mais voyant qu'on voulait le livrer â son ennemi, il se remit volontairement entre ses mains, et lui rendit la pourpre qu'il en avait reçue. Cette lâcheté ne lui put <rtyf entr qn^une douce mort ; on se contenta de lal couper les veines.
XXVII. Le vieux Maximien, qui connaissait la foreur deGalérius. ne douta pas qu'ayant appris la mort de Sévère, il n'accourût avec son armée pour le venger et ne se joignit à Maximin. Et comme Maximien n'avait pas assezde forces pour à ees deux puissances unies, il munit
Rome de toutes les choses nécessaires, et va dans les Gaules pour engager Constantin dans ses intérêts par le mariage de sa flIleFausta. Cependant Galérius attaque l'Italie, approche de Rome avec ses troupes, ne respire que la ruine du sénat , que le carnage du peuple, mais il trouve tout en bon état. Emporter cette puissante ville de force était une entreprise impossible. Ses troupes aussi n'étaient pas assez nombreuses pour l'assiégier. Comme il n'avait Jamais vu Rome, il slmaginait qu'elle n'était pas d'une plus grande étendue que les autres villes qu'il coiinaissait. Quelques légipns ayant horreur de voir un beau-père attaquer son gendre , et les soldats romains assaillir Rome, se révoltèrent contre Galérius. Le reste de l'armée allait suivre cet exemple quand Galérius, craignant qu'il ne lui arrivât comme â Sévère, se jette honteusement aux pieds des soldats, et, malgré son orgueil, les supplie de ne point le livrer â ses ennemis. Enfin, la grandeur de ses promesses en toucha quelques-uns, avec qui il se retira , ou plutôt il se mit en fuite. Il était fiicile de le défaire, si on eûtenvoyé de la cavalerie après lui. La peur qu'il en eut fit qu'il commaixla â ses soldats de se séparer, et de faire du dégât partout, pour 6ter le moyen de subsister â ceux qui le voudraient suivre. Les provinces de lltalie qui se trouvèrent sur le chemin de ces pillards furent entièrement saccagées.IIs n avaient auam respect pour les femmes; on faisait des traitemens indignes aux pères et aux maris pour déclarer où étaient leurs filles, leurs femmes, leurs richesses. On enlevait les bestiaux comme dans un pays de conquête. C'est ainsi que Galérius , peu auparavant empereur romain, et maintenant le fléau de l'Italie, regagna les terres de son obéissance. (Aussi s'était-il déjà déclaré ennemi du nom romahi. Car dès qu'il se vit revêtu de la pourpre impériale, il fut sur le point d'ordonner qu'à l'avenir on appellerait l'empire romain, Tempire dacique,
XXVni. Après la fuite de Galérius, le vieux. Maximien revint delà Gaule. Son fils et lui goih vemaient conjointement ; mais Tautorité du fila était plus grande que celle du père; car comme Maxence avait rendu l'empire à Maximien, sa piété lui avait concilié la bienveillance de tout lemonde. Le vieux princevoyaitârrgretsa puissance nartasée, et comme l'eût fait un jeune
LACTANCR
homme il portait envie à la gloire de 3on fils ; de aorte qu'ilrésolut de chasser Maxence, etde se remettre en possession de son ancien héritage. Il croyait y trouver de la facilité, parce que les soldatsquivenaientdequitterSévèreluiavaîentobéi ft>rtlongtemps.IIassembladoncrarméeetlepeuple, comme s'il eût voulu les entretenir des désordres de TÉtat ;et après qu'il en eut longtemps parlé, tout à coup il met la main surMaxence, et l'ayant appelé Tauteur des calamités publiques , il lui arrache la pourpre. Ce prince dépouillé se jeta en bas du tribunal , et fut reçu par les soldats , dont la colère et le murmure étonnèrent cet ingrat vieillard, qui, comme un autre Tarquîn, fut ensuite chassé de Rome.
XXIX.Il se retira encore dans lesGauIes , où, aprèsavoîr demeuréquelque temps^fl alla trouver Galérius dans laPannonie,sous prétextede oonfêreravecluidesaf&iresdeVempire, mais en effet, pour s'en défaire et s'emparer du bien d'autrui après avoir perdu le sien. Galérius avait depuis peu (ait venir à sa cour Dioclès ou Dioclétten,son beau père, afin d'autoriser par sa présence le choix qu'il avait fait de Licinius pour le substituer à la place de Sévère. Dioclétien et le vieux Maximien assistèrent à cette action. Il y eut donc alors six personnes qui portaient le nom d'empereurs. Maximien, frustré de son espérance, se prépare à une troisième fuite. Il se rend encore une fois dans les Gaules avec des desseins perni^ cieux. Il songeait, malgré l'affinité, à surprendre Constantin; et pour lui tendre le piège plus adroitement, il quitta les ornemens impériaux. Les Francs avaient pris les armes. Ce rusé vieillard persuade à Constantin de séparer son armée et de n'en prendre qu'une partie, et lui dit qu'il ne fallait pas de si grandes forces pour dissiper ces barbares. Ce conseil tendait àdeuxfins: l'une, dese rendre maître d'une armée, et l'autre, de faciliter aux Francs la défaite de Constantin. Ce jeune prince suit l'avis d'un beau-père, d'un homme d'âge et d'expérience.Il marchecontre les Francs avec une partie de ses troupes. Quelques Jourss'étant passés, comme ce perfide jugea que Constantin pouvait être entré dans le pays ennemi , tout à coup il prend la pourpre, se saisit des trésors de son gendre , fait à son ordinaire de grandes profusions, et invente mille fîiussetés contre Constantin. Qnporte ces nouvelles à l'empereur, il accourt avec son armée. Maximien,
n^ant pas eu le temps de se préparer, estsivpris parla diligence de son ennemi, etles soldats rentrent dans le devoir. Ce révolté s'était sait de Marseille , et en avait &it fermer les portei L'empereur en approche : Maximien était sorh muraille, Constantin lui parle,maissans emportement, sans colère, lui demandequelétaitson dessein, quel sujet de mécontement on pouvait hi avoir donné, pourquoiil s'était engage dans une entreprisequi lui faisait honte. Ce furieux ne M répond que par des injures. Cependant les portes deMarseilles'ouvrent , et on y reçoit l'armée victorieuse. On traîne devant l'empereur oo empereur rebelle , un père impie, un infidèle beau-père. On lui met ses crimes devant ici yeux, on le dépouille de la pourpre : on lui pardonne pourtant, mais non sanslui faire plusieurs reproches.
XXX. Ainsi Maximien, privé du titre d'empereur et de beau-père, impatient du rabaîasement de isa ibrtune, enhardi par l'impunité, se porte à de nouveaux desseins. Il flatte sa fille Fausta, et par ses prières, par ses caresses, il Texdte i trahir son mari et lui en promet un autre plus digne d'elle, n la prie de laisser la porte de si chambre ouverte, et de faire en sorte que h garde en soit affaiblie. Elle promet ce qn'oo désire, mais elle en donne avis à Constantin. Od dispose toutes choses pour surprendre leperfide dans un attentat manifeste. On met on eannqoc dans le lit de l'empereur, et on rachète par cette àmevilel'âmepluspréciense del'univers : oepeodantMaximienselève aumilieude lanuit^troDTC tout favorable à son dessein , peu de gardes, et encore séparés. Il dit pour excuse qu'il avait fait un songe dont il veut faire part à l'empereur. 11 entre dans la chambre le poignard à la maîB, tue l'eunuque , sort, publie et vante sod crûnt Mais, d'un autre c6té, Constantin paraît an milieu d'une troupe de gens armés ; on tire de h chambre impériale lecorpsdel'eunaqae ^ né. Â ce spectacle , le meurtrier demeare i d'étonnement. On lui reproche son loopiété et son crime. Pour toute grâce on lui laisse le cfaoii de la mort. Il se pend. Ainsi ce grand cmp^ reur, vingt ans durant le maître du mmide, fiik une vie détestable par une mort ignomioMose
XXXI. Après que Dieu eut vengé sa reUgiai et son peuple sur le vieux Maxûnien, il étendit h main surGalértus, auteur de la funeste perséco*
MOBT DES PERSÉCUTEURS DE UÉ6LISE.
tioo, et lui fit sentir la peaanteur de son bras. Ce prioce^i l'exemple de Diodétien, songeait à célébrer les y icenuales , et sous ce prétexte , quoique par ses exactions précédentes il eût épuisé Tor et l'argent des provinces, il mit pourtant de nouvelles impositions sur ses peuples. Mais peut-on dire avec quelle rigueur il ftisait lever ces tributs ? Des soldats, ou pour mieux dire des bourreaux, étaient les exécuteurs de ces ordres. Ils ne laissaient personne en repos ; on ne savait auquel entendre. Us demandaient cequ'on n'avait pas, et traitaient inhumainement ceux qui manquaient à les satisfaire. On ne pouvait échappera Taviditéde tant de voleurs. Nulle saisonde Tannée n'était exemptede leurs violences ; point de grange, point de cave sans un commis. On emportait tout ce qui était nécessaire à la vie. Mais quoiqu'il y eût beaucoup d'inhumanité à ravir aux hommes le fruit de leurs travaux et de leurs peines, on les consolait par l'espérance de l'avenir.Peut-on se passer de meubles ni d'habits ? N'est-ce pas par la vente du vin et du grain quel'on achète toutes ces choses? Mais comment les acheter si l'avarice du prince enlève tout le fruit des moissons et des vendanges? Qui est-ce qui n'a pas été dépouillé de son bien pour fournir aux frais de ces Vicennales, que toutefois il n'eut pas la gloire de célébrer?
XXXH Après qu'il eut nommé Licinius empereur, on eut bien de la peine à apaiser MaxinUn, qui dédaignait le nom de César et la troiaième pbee d'honneur. Galérius lui envoya plusieurs fois des députés pour lui représenter le respect qu'il lui devait, qu'il avait tort de contredire son choix, qu'il cédât à l'âge et fit booneur â la vieillesse. Mais ce jeune homme en devint plus audacieux ; Use défendit parle temps; soutint que celui qui le premier avait été honoré de la pourpre, devait aussi occuper le premier rang, et se moqua des prières et des commandémens de Galérius. Galérius se repentit alorsde son imprudence. U n'avait élevé un homme, si indigne de la dignité de César, qu'afin de le voir soumis aveuglément à ses volontés; et cependant cet ingrat ne foisait aucun compte de ses remontrances ni de ses ordres. Vaincu par l'insolencedeMaximin, ilsupprimelenomdeCésar, prend avec licinius la qualité d'Auguste, et dcHine celle de fils d'Auguste â Maxence et â Constantin. Peu après, Maiimiu l'avertit par un
courrier que son armée l'avait élu empereur. Galérius apprit cette nouvelle avec chagrin, et les créa tous quatre empereurs.
XXXllI. L'an dix- huitième de son règne, Dieu le frappa d'une plaie absolument incurable. Il se forma un abcès dans les parties sexuelles. Les chirurgiens coupent, tranchent ; mais un nouvel ulcère perce la cicatrice; une veine se rompt , et il eu sort une telle quantité de sang qu'il en court risque de la vie. On arrête le sang. Il s'échappe encore une fois. La cicatrice se ferme pourtant. Un accident survient, qui fait couler le sang en plus grande abondance que jamais. Il devient pâle, et ses forces s'affaiblissent. Enfin ce ruisseau de sang se tarit; mais le mal se révolte contre les remèdes. Un cancer gagne les parties voisines. Plus on coupe pour l'empècherde faire des progrès, plus il s'étend ; les remèdes l'aigrissent loin de l'adoucir. On appelle de tous côtés les plus fameux médecins; mnîs tous les secours humains sont inutiles. On arecours aux idoles, on implore l'assistance d'Apollon et d'Esculape. A[)olïon enseigne un remède : on s'en sert; le mal en devient pire. La mort approchait, elle s'était d^â saisie de toutes les parties basses ; ses entrailles étaient gâtées, et tout le siège tombait en pourriture. Les médecins infortunés, quoique sans espérance, ne laissaient pas de travailler, d'attaquer le mal qu'ils ne pouvaient vaincre : Topposition que trouve le malle fait rentrer en dedans. Il s'attache aux parties internes, les vers s'y engendrent. Le palais et la ville sont infectés de cette pernicieuse odeur ; les conduits de Turine et des excrémens n'étaient plus séparés ; les vers le rongeaient; son corps se fondait enpourriture avec des douleurs insupportables. De temps en temps il lui échappait des mugissemens horribles. On lui appliquait des animaux vivans ou delà viande chaude, afin que le chaleur attirât la vermine en dehors; mais quand on en avait nettoyé ses plaies,il en ressortait une fourmilière, ses entrailles étant une source inépuisable de cette peste. Les parties de son corps avaient perdu leur forme ordinaire. Le haut jusqu'à son ulcère n'était qu'un squelette. Une maigreur affreuse avait attaché sa peau â ses os. Ses pieds par leur enflure excessive avaient perdu la forme de pieds. Cette maladie horrible le consuma un an tout entier. Mais enfin, vaincu par ses souf-
ai
LACTANCE
Frances,ii revinlà Dieu, et durant les intervalles d une douleur toute nouvelle, H promit de rétablir rÉglise qu'il avait ruinée, et d'en réparer le dommage. Hélait à l'extrémité quand, par son ordre, on publia cet édit.
XXXIV. c Quoique nous ayons toujours travaillé avec beaucoup d'application au bien et i Tutllité de l^tat, nous n'avons toutefois rien eu tant à cœur que de rétablir les choses dans Tordre ancien , et de ramener les chr étiens à la religion de leurs pères, dont ils s'étaient séparés; car non contens de mépriser les cérémonies dont leurs ancêtres sont les auteurs , ils sont venus à ce comble de folie de se faire des lois à eux-mè mes el de tenir diverses assemblées dans les pro vinces; ce que nous avions défendu par nos ^dits, en leur ordonnant de se remettre dans la bonne voie. Plusieurs ont déféré à ces ordres par crainte, plusieurs aussi, n'y ayant pas voulu obéir, ont été punis* Mais comme nous sommes informés qu'il y a un fort grand nombre de chrétiens qui persistent dans leur opiniâtreté, et qui n'ont de respect ni pour la religion des dieux ni pour celle du Dieu des chrétiens lui-même, en contemplation de notre très-douce clémence et de notre coutume éternelle de pardonner aux hommes, nousavons bien voulu répandre promptement sur eux les effets de notre bonté. C'est pourquoi nous leur permettons l'exercice de la religion chrétienne, et de tenir leurs assemblées, pourvu qu'il ne s'y passe rien contre les lois. Par une autre déclaration nous ferons savoir à nos officiers de justice la conduite qu'ils doivent tenir envers eux. Profitant de notre indulgence, qu'ils prient donc Dieu pour notre santé, pour la prospérité de notre empire, et pour leur conservation , afin que l'empire subsiste éternellement, et qu'ils puissent vivre chez eux en repos. »
XXXV. On publia cet édit à Nicomédie, le trentième jour d'avril, Gaiérius étant consul pour la huitième f6is, et Maximin pour la seconde. Les prisons furent ouvertes. Ce fut alors, mon cher Donat, que vous recouvrâtes la liberté après une captivité de six années. Dieu ne fut pourtant point touché du repentir de Gaiérius. Car peu de jours après, ayant recommandé sa femme et ses enfans à Ucinius, tout son corps étant réduit en pourriture, il expira. Sa mort fut aussitôt divulguée dans Niconiédiei où le pre-
mier mars suivant il devait soleaniier iesTio» nales.
XXXVI. Cette nouvdle ayant aé apportée ï Maximin, il dispen^ des eotnrriers, et se rendito diligence dans TOrient, â dessein de pro6tcr de l'absence de Licinius et de •'emparer de tonte l'Asie jusqu'à la mer de ChalGédoioe.Et poorie concilier l'amour des peuples, dès qu'il fiit eotré en Bilby oie, il 6ta le cei». Les deux empereurs eo vinrent presqu'à une rupture. Leurs tnwpo occupaient les deux rives opposées, llss'aocoismodèrent pourtant â de certaines conditioDi, et la paix fht conclue sur le détroit même dn Bosphore. Maximin retourna plein de oonfiaocc, et sa conduite fut ))areille à celle qu'il avait teoue en Syrie et en Egypte. Premièremeat , il sopprima toutes les grâces qui avaientétéaecordées aux fidèles. 11 fit suggérer aux villes de soo eo^ pire de lui envoyer dea députés pour le sapplier d'empêcher les assemblées des ehrétieiM, ib qu'il parût faire comme par force ce qu'il fM volontairement. Défiérant doocàcesdépuUtioBs, il choisit les premiers des villes paor MHiTcniiis prêtres. Tous les jours ils étaient obligés d'offrir des sacrifices aux dieux; établiasement aouTeia et sans exemple. Geux-d, appuyt's des andeDs prêtres, devaient empêcher les cliréiiens de bâtir des temples, et leur interdire tout exercice de leur religion, public et particulier, les a»traindre même par leur aulorité ft sacrifier au idoles, et dénoncer aux jugea ceuxqui en feraiea^ refus. Non content de cçtte ordoooaoce, il *»• blit encore en chaque province deux pontife pour avoir l'œil sur les autres; et il voulait qn* fussent vêtus de manteaux blancs. Il avait dessein d'en user en Occident comme en Orient, où par une fausse humanité, au lieu de coodaiMer les chrétiens à mort, ils les faisaient mutiler. Aux uns on crevait les yeux, a»« autraoo coupait les mains, ou lea pieds, ou le aei, ou b oreilles»
XXXVIL Des lettres de GoBStanlia ftf^ rent ces violences. Maiima se retint donc.Mw lorsqu'un chrétien tombait entre les mains de ministres de sa cruauté, on le hisait noyff«| crètement. Au reste, tcMs les jours on imttm des victimes dans son patois. Ainsi touiea «« viandes étalent préparées, non poiot p«r«« cuisiniers, mais par des prêtres; mais coibi«| elles servaient * des oérénaonies pfo6D«S*
MORT DES PERSÉCUTEURS DE L'ÉGLISE
M poyyait en goAter sans se soniller d'une impureté saeHMge. En tout te reste, 0 s^effbrçait de resseffiblef à son mattre Galérius. Car si peu ({oe Diocifes et Maximienavaient laissé, Maxiàiin le ravit sans pudeur aucune. Les particuliers fentièreiit leurs greniers , et leurs boutiques. On pearsaitalt te i^yement des dettes avant que le tenue ttt édiii. ùé canipagiies étatit rendues infertiles, il survint une famine et une cherté itiook. On enlevait des troupeaux pour fournir aux sacrifiées quotidiens ^... Il gagnait les soldats par de rargent; il bonorait même les barbares de ses largesses; car, pour ce qui est de rarir les biens et de les donner à ceux qui les lui detnandaient,jene sais s'il ne mérite pas quelque louange d*en avoir usé à la manière des brigands, qui ont encore quelque reste d'humanité et ne cherchent pas de proies sanglantes.
XXXVni. Quant à son tmpudicité, elle a surpassé sans doute celle des princes les plus infimes. Quand je dirai qu*elle était monstrueuse et an deM de tontes bornes, ces expressions sont trop faibles pour marquer rénormitédecevice; notre langue manque de termes pour expliquer une débauché si ef¥rénée. Les eunuques, les mioiatres de ses voluptés cherchaient partout. Dès qu'une femme était douée de quelque beauté, (es pères ni les maris n^en étaient plus lesmattres. On arrachait les vètemens aux femmes et aux filles de condition ; on les examinait pour voir si en toute leur personne il n*y avait point quelque partiequi fftl indigne de Tamour du prince.Gelles qui ne pouvaient souffrir ces insolences, on les noyait comme des criminelles d*Ëtat. Quelques maris ne pouvant endurer que Ton traitât si indignement leurs femmes, se tuèrent de dé.sespoir. Sous ce monstre, la difformité était le seul asile de la pndeur. Enfln, il passa jusqu'à cet excès, qu'on n'osait plus se marier sans sa periAlsrion , et on lui réservait les premières ^êurê de Thyméiiée. Les gniuds seigneurs se formèrent sbr reiceitipte de leur prince, et traitaient lea fefnrilea et les filles de leurs sujets avec la iBèilie ifisbiencé. Car qtti aurait répritné leurs raipcntefilena ? Rrar ce qui est des filles de basse cÉindHioA, les prenait qui voulait. Celles que Irtir tiiissance mettaîf en quelque sorte i courert de cette insulte, on les demandait pour ré-
* gje telle eit corrompu eo cet endroit
compense à^rempercur; de sorte qu'il fallait se r^oudre à la mort, ou à accepter un barbare poui^ gendre ; car tous ses gardes étaient descendus decesGoths qui, au temps desVicennales, furent chassés de leur pays, et qui se donnèrent à Maximin. Et certes, au grand détriment de Tempire, ces barbares évitèrent alors la servitude, pour assujettir un jour les Romains. C'est avec le secours de tels satellites que ce cruel empereur insultait à tout l'Orient.
XXXIX* Enfin, ne connaissant plus d'autre loi que sa volonté, il n'épargna pas même la femme de son prédécesseur et bienfaiteur, qu'il venait d'appeler sa mère. Après la mort de Galérius, Yaléria, sa veuve , se retira auprès de Maximin , comme en un lieu de sûreté pour elle, puisque ce prince était marié. 11 ne laissa pourtant pas de Taimer, et quoique la princesse n'eût pas encore quitté le deuil, il lui fit faire des propositions de mariage, résolu de chasser sa femme si Yaléria les écoutait favorablement. Elle répondit avec la liberté que sa qualité lui permettait : qu'il n'y avaitgùère d'apparence de songer au mariage avec ses lugubres habillemens, les cendres de son mari, père de Maximin par adoption, n'étant pas encore éteintes. D'ailleurs, ajoutait-elle, il ne pouvait répudier une femme dont la conduite était sans reproche, et dont l'exemple lui donnait lieu dappréhender un traitemenl tout pareil. On avertit l'empereur de cette audace. Aussitôt son amour se tourne en furie. Il proscrit cette dame, lui ûte son bien, ses officiers, fait mourir ses esclaves dans les tourmens, l'envoie en exil avec sa mère sans lui assigner de lieu certain ; mais il les promène deçà et delà à sa fantai.sie. Il suppose defeints adultères à leurs amies^et les condamne à la mort sous ce prétexte.
XL Ily avait une dame de qualité et assea âgée; Yaléria la considérait comme une seconde tnère; Maximin la soupçonna d'être cause du refus de Yaléria. Il commanda au président Ératinéua de ia faire mourir honteusement. On joignit à elle deux autres femmes de condition, dont Tune était'amie secrète de l'impératrice , et avait laissé à Rome une de ses fiUes de chambre parmi les vestales; l'autre n'avait pas iprand commcce avec elle, et avait épousé un sénateur. Mais la beauté et la pudeur de ces deux femmes fbrenl cause de leur perle. On les traîne donc, non pas devant un juge , mais devant un assassin. Point
LACTANCE
d\i€cusateur. On suborne un juif coupable d'auires forfaits, on lui promet sa grâce pourvu qu'il dépose contre ces femmes. Le juge, appréhendant d'être lapidé s*il instruisait ce procès dans la ville, en sortit accompagné de gens armés. Toute cette tragédie se passait à Nicée. Enfin on les condamne; leur innocence ne leur sert de rien. Non-seulement le mari, qui assistait sa fidèle épouse, mais tous ceux que la nouveauté de cette injustice avait attirés à ce spectacle, fondaient en larmes. De peur que le peuple ne sauvât ces dames infortunées, on les conduisit au supplice au milieu de gens armés. Et comme la frayeur avait écarté leurs domestiques, elles auraient manqué de sépulture si la charité secrète de leurs amis n'eût pris soin de leurs funérailles. Le misérable qui s'était déclaré complice de leurs adultères ne jouit pas de l'impunité promise. On rattacha à un gibet, où il découvrit tout ce mystère d'iniquité; et sur le point de reddre le dernier soupir, il déclara que Ton avait hit mourir des innocentes.
XU. L'impératrice Valéria, reléguée dans les déserts de la Syrie, avertit Dioclétien de son infortune. Aussitôt il envoie redemander sa fille à Maximin; mais vainement il la redemande plusieurs fois; il n'obtint rien. Enfin il lui dépêche un de ses parens, homme d'autorité; et celte dernière ambassade ne réussit pas mieux que les précédentes.
XUl. Au même temps, par l'ordre de Constantin, on renversait les statues du vieux Maxi- ^ien, et l'on mettait en pièces les tableaux où il Ktait peint avec Dioclétien. Ce prince, flétri d'un outrage qu'avant lui jamais empereur vivant n'avait souffert, se résolut à la mort. Il ne se trou- Tait bien nulle part, l'inquiétude lui ôtait l'appétit et le repos. Il soupirait , gémissait, se roulait continuellement, tantôt dans son lit, tantôt â terre. Ainsi ce prince, vingt ans durant fiavori de la fortune, réduit à une condition privée, accablé de tant d'opprobre, périt et de faim et de tristesse.
XUII. Il ne restait plus qu'un des ennemis des chrétiens. Je m'en vais raconter sa perte. Quoiqu'il eût conçu de la jalousie contre Llcinius, que Galérius lui avait préféré, il s'était pourtant bien remis avec lui; mais quand il eut itppris que Constantin donnait sa sœur eu mariage â Ucinius, il crut que cette alliance n'avait ,
pour but que sa ruine. Afin de parer ce coup, I rechercha secrètement l'amitié de Maxence, et lui écrivit avec beaucoup d'honnêteté. Les ambassadeurs sont bien reçus, son aoiitié est acceptée. On place en un même lieu les images de ces deux princes. Maxence r^rdait cette alliance comme un secours envoyé du cid; car sous prétexte de venger la mort de son père, il avait déjà déclaré la guerre à Constantin; ce qui donnait lieu de soupçonner que le vieux Maximien n^avait feint. d'être mal avec son fils que pour se faciliter les moyens de perdre les autres empereurs, et après leur ruine, partager l'empire avec Maxence. Mais on se trompait. Son dessein était de perdre son fils aussi bien que les autres, et de remonter sur le trône avec son colique Dioclétien.
XUV. La guerre civile était allumée entre Maxence et Constantin. Maxence daneorait à Rome, Torade lui ayant prédit sa ruine s'il en sortait. Mais il faisait la guerre par ses lieutenans. Ses forces étaient plus grandes que celles de ses ennemis ; car, outre la vieille armée de Maximien, qu'il avait débauchée du service de Sévère , la sienne était encore venue le joindre. On en vint souvent aux mains , et le parti de Maxence avait presque toujours Favantage. Mais Constantin, résolu à tout ce qui en pourrait arriver, s'approcha de Rome, et campa au pont de Milvius K C'était le vingt-eeptième jour du mois d'octobre, jour auquel llaxenoe avait pris la pourpre , et où se terminaient les Quinquennales 2. Constantin, averti en songe de faire peindre sur les boucliers de ses soldats le signe adoradi>le de la croix , et d'engager ensuite le combat, obéit, et fit peindre sur ses boucliers un X, avec un accent ciroonflexe qui signifie Jésus-Christ. Ses troupes fortifiées de cette armure céleste se préparteent à la bataille. L'armée ennemie en l'ateenoe de sod empareur passe le pont. On se choque avec ooe ^le vigueur de part et d'autre. Cependant k peuple de Rome s'émeut et reproche à Maxence qu'il trahit la cause publique. Épouvanté de ce murmure, il appelle quelques sénateurs, et m consulte le livre des sibylles; on y trouve que ce même jour l'ennemi du peuple romain de-
* Ai^ourdlmi Ponte-mole.
s Qoquîèaie année du vè^ dt Naxe&on
MORT DES PERSÉCUTEURS DE UÉGLISE
Yait périr. II interprète Foracle à son avantage ; et, certain de la victoire, il court au combat. Il fait rompre ie pont après lui, afin que la nécessité de vaincre donnât plus de courage à son armée; après quoi le combat se réchauffe. Mais Dieu ^vorisait Constantin : ses ennemis s>ffraient. Maxenceveut se sauver, le pont rompu est un obstacle i sa fuite. Emporté par la multitude des fuyards, Il est précipité dans le Tibre. Après une si importante victoire, Ck>nstantin est reçu dans Rome avec l'applaudissement du sénat et du peuple. Là il connut la perfidie de Maximin, se saisit de ses lettres, vit ses images et ses statues. Le sénat accorda à Constantin, la prérogative d'honneur qu'il avait méritée par son courage, et que Maximin s'était insolemment arrogée. La nouvelle de ce grand événement ayant été portée à Maximin, il se tint déjA comme vaincu. Le décret du sénat le mit en furie; il ne fit plus un secret de la haine qull portait à Constantin, et toujours il lui échappait quelque raillerie contre ce prince.
XLV. Après avoir mis ordre aux affaires de la ville, Constantin alla à Milan. Lidnius s'y trouvant pour la célébration de son mariage, Maximin les croyant occupés à la solennité de ces noces , part de la Syrie avec son armée durant la plus grande rigueur de l'hiver, et i e^ndes journées se rend dans la BIthynie. Ses troupes étaient fort fatiguées; la pluie, la neige, les boues, le froid, avaient presque ruiné tous ses équipages. Sa marche était affreuse et toute couverte de chevaux morts, funeste présage pour ses soldats ! Après avoir franchi les limites de son empire, et passé la mer, il se présenta aux portes de Byzance. Licinius y avait laissé une garnison. Maximin, par présens, par promesses, tenta la fidélité des soldats; puis il en vint à la force; mais ni la force ni les promesses ne servirent de rien. 11 y avait déjà onze jours que la ville était assiégée, terme suffisant pour donner avis à Licinius des choses qui se passaient. Les soldats pleins de fidélité, mais en trop petit nombre pour fUre une plus longue résistance, furent obligés de se rendre. De là il marche contre Héraclée , qui se défend et lui coûte quelques joarnées. Licinîus était accouru à Andrinople assez mal accompagné. Cependant Maximin s'empare d'Héraclée,et s'avance à six lieues au devant de
l'ennemi. Il ne put aller plus loin i cause de la proximité de Licinîus, qui, ayant ramassé le plut de gens qu'il avait pu, marchait contre MaxH' min, à la vérité plutôt à dessein de le retarder que de le combattre ; car l'armée de Liciniut n'était pas de trente mille hommes, et dans celle de son ennemi on comptait soixante et dix mille combattans. Comme les troupes de Licinins étaient répandues en plusieurs provinces, le temps ne permit pas de les pouvoir rassembler toutes.
XLVLLes arméesétant voisines; on n'attendait que l'heure de la bataille. Maximin fit un vœu à Jupiter , et lui promit, s'il remportait la victoire , d'abolir à jamais le nom de chrétien. Mais Licinius vit en songe un ange qui lui commanda, de la part de Dieu, de se lever, de lui fiiire une prière, et lui promit la victoire s'il obéissait. Il lui sembla donc qu'il se levait et que l'ange lui enseignait les termes de cette prière. S'étant éveillé^ il appelle un de ses secrétaires, et lui dicte ces mêmes mots que l'on venait de lui apprendre, a Dieu tout-puissant, nous te prions , Dieu saint nous te prions, nous te recommandons la justice de notre cause, nous te recone mandons notre empire; c'est par toi que nous vivons ; c'est de toi que nous attendons la vietoire. Dieu tout-puissant. Dieu saint, exaucenous ; nous te tendons les mains ; exauce-nous, Dieu saint. Dieu tout-puissant ». On (ïit plusieurs copies de cette prière, que l'on distribue aux tribuns et aux préposés pour l'apprendre à leurs soldats. Persuadés que le ciel leur promet la yio> toire, ils eu deviennent plus courageux. Lejour du combat est fixé au premier jourdu moisde nui; ce jour terminait la huitième année du règne de Maximin. 11 prévint ce terme d'une journée ; et dès le matin il mit ses troupes en bataille pour célébrer avec plus de pompe la fête du jour qui avait été le premier de son empire, car il regar* dait la victoire comme toute certaine. Licinius, averti du mouvement de sonennemi, tait prendre les armes à ses gens et les mène au combat. Une plaine stérile appelée Serène séparait les deux armées. Dès qu'elles furent en présence, les soldats de Licinius 6tent leurs casques, couchent à terre leurs boucliers , tendent les mains au ciel : l'empereur commence la prière, les soldats la récitent après à haute voix. Les ennemis en entendent le murmure. Trois fois la prière est
LACTANCR
répétée, après quoi ils reprauieot et le casque et le bouclier. Cependant on ménage une eon*- Krence; mais Maximin rejeta toutes les propositions de paix; comme il était prodigue, il méprisait Licinlus, qu'il croyait devoir être abandonné par ses soldats à cause de son avarice; c'était aussi le motif qui lui avait fait entreprendre la guerre. Il espérait par ses profusions gagner Tarmée de Lidnius , et, après l'avoir jointe à la sienne, marcher ensuite contre Constantin.
XLVII. Enfin Ton s'approche ; les troupes de Ucinius attaquent les ennemis avec furie ; ils s'épouvantent; ils ne peuvent tirer l'épée , ni lancer le javelot. Maximin tournait autour des bataillons de LuciniuSy et tâchait de les ébranler par ses prières et par ses promesses. On lui ferme partout Toreille. On détache même de la cavalerie contre lui ; et on rcd)lige à se retirer parmi les siens. On taillait impunément son armée en pièces, et tant de légions succombaient sous une poignée de gens. Personne ne se souvenait de son devoir ni de sa réputation ; on eût dit qn' ils n'étaient pas venus au combat , mais à une mort volontaire, tant Dieu avait donné d'ascendant sur eux à leurs ennemis! La campagne était toute couverte de morts. Maximin , voyant ^ ses espéranees trompées, quitte la pourpre, et, sous l'habit d'u esclavei s'enfuit et passe la mer. Une partie de son ar* mée est taillée en pîèees ; l'autre se rend aux victorieux, ou prend la fuite. On suivait sans honte l'exemple de l'empereur, qui en deux nuits et un jour gagne Nicomédie , dista^e du lieu du combat de soixante lieues. H prend sa femme et ses enfans , et suivi d'un petit nombre de ses officiers, Use dirige vers l'Orient. En Gappadoce il rassemble quelques débris de son armée; quelques troupes le vinrent rejoindre: ees légers secours lui donnèrent le courage de reprendre encore la pourpre.
XLVni. Licinius, après avoir reçu une partie des troupes ennemies, et les avoir distribuées m des quartiers différens, passa en Bithynie peu de temps après hi bataille. Il entra dans Nicomédie, et rendit grâce â Dieu, comme i l'autenr de sa victoire, et le treizième de juin, Gonstantln et lui étant consuls pour la troisième fels , on publia un édit pour le rétablissement de l'tglise , et on l'adressa au président de Nicomédie. Cet édit était oonf u en ces termes :
< Nous, renvereur Constantin, et noos, l'en, pereur Ucinius , nous étant assemblés àMilu pour traiter des choses qui conoemeul le bien et la tranquillité publique, nous avons cru de* voir commencer par ce qui regarde le culte des dieux. Ainsi nous permettons aux ehréliens et à toutes sortes de personnes de suivre telle rellgion qu'il leur plaira , afiii que la diviniléqui préside au ciel soit k jamais propice et à noos et â nos siûets. Nous avons donc cru, et avec beaucoup de raison, que nous devions permeure â cliacon de suivre le culte qui aurait le plus de rapport â son indioation , afin que cette touv^ raine divinité, â la religion de laquelle nous fendons volontairement nos respects, nous eontinue sa protection et sa faveur. Cest pourquoi vous saurei que, sans avoir égard k toutes les ordonnances qui ont été faites contre les duf tiens, nous voulons que vous leur permedia rexercice de leur religion , sans les y troubler ni inquiéter; de quoi nous avons bien voulu vous avertir. Vous devez pareillement savoir que, pour la paix et la tranquillité de noire règne, nous entendons que la liberté que nons acoordoQS aux chrétiena soit commune i {m nos autres siûets , afin de ne contraiudre la dévotion de personne. Et k r^rd des chréiiei», nous voulons encore que, si quelqu'un a icbeié de noua ou de qui que ee soit les lieux autrefois destinés â leur» assesiWées, il Us kur rende promptei^ent et saiM délai , méuu; sans es exiger le prix. Ceux ^ssi à qui nos prédieesseun pourraient en avoir fait don, les rendront pireillement aei chrétiens sans remise. Et ta&t eeux qui les avaient acquis que ceux qui eo avaient été gratifiés se pourvoiront par-devani les vicaires ^ pour en être indeomisés par nous. Toutes lesquelles choses vous ferez exécuter au plust6t. Et p^rce qu*oatre les lieux oûiisoo' accoutumé de s'assembler , ils en ont qui appar tiennent à leurs églises, nous voulons que, m délai , vous les fassiex reodre à la même ooodt lion que les précédens, c'est-à-dire quecem qui 1^ auront restitués sans en recevoir le prii l'attendront de notre libéralité. En toutes les- 49elles choses qui concernent les chrétiens, vois userez d*une extrême diligence, afin que nout volonté soit promptement mise à exécution ^ e(
« UeutSBSBsétt préfet eu prétoire
MORT DES PERSÉCUTEURS DE L'ÉGLISE
que par notre bonté la tranquiliné pnblique 8oit assurée. Toutes ces choses étant accomplies comme eUes sont ordonnées, nous espérons que le ciel nous continuera les feveurs que nous avons éprouTées en tant de rencontres. Et afin que notre intoition soit connue de tout le monde, vous ferez publiercet édit dans les formes ordinaires. »
Après cette ordonnance , il exhorta même les babitans de Nicomédie à remettre leséglises au même état qu'elles étaient auparavant. Ainsi, depuis la ruine de l'Église jusqu'à son rétablissement, on compte dix années et quatre mois ou environ.
XLK. Licinius, poursuivant sa victoire, Maximin se sauva dans les détroits du mont Taurus ets'y retrancha; mais les victorieux forcèrent ses relranchemens et le contraignirent à se retirer à Tarse. Là y étant assiégé par mer et par terre, sans espérance de secours, il se résolut à la mort, le seul remède aux maux dont Dieu Taccablait. Mais auparavant il but et mangea avec excès, selon la coutume de ceux qui, pour la dernière foi.s, veulent goûter le plaisir de la bonne chère. Après quoi il prit la boisson mortelle; et comme le poison trouva un estomac rempli , sa force fut amortie ; mais avec le temps il se tourna en une peste, aftn que la vie de oe malheureux ne servit qu'à prolonger ses donleurs. Le venin commençant à agir lui consumait les entrailles avec des tourmens qui le portaient jusqu'à la fureur, de sorte que, quatre jours avant sa mort, il prenait de la terre et la mangeait; il se battait la tète contre les murailles avec tant de violence que ses yeux sortirent de leur place. Enfin, devenu aveugle, il vit Dieu 2nvlronné de ses anges qui lui faisaient son procès. U s'écriait, comme ceux qui sont au milieu des tourmens, que ce n'était pas lui, mais les autres qui étaient coupables; puis il avouait son crime, et priait le Christ avec larmes d'avoir égard à son repentir. Ainsi il rendit son âme criminelle au milieu des tourmens et de ces funestes gémissemens.
L. Cest ainsi que Dieu se vengea de ses ennemis dont les enfons même ne furent pas épargnés; car premièrement, Licinius fit mourirValère, à qui Maximin avait pardonné dans sa colère, et mtae dans son désespoir. Gandidianus ^ que
* Fils it Galériiit et d'une coBcubtue.
Valéria stérile avait adopté, eut une pareille des* tinée. Cette dame, ayant appris que Gandidianus n'était point mort, se déguisa et se mêla parmi sa suite pour voir le succès de ses aventures. Mais comme on vit qu'on lui faisait beaucoup d'honneur à Nicomédie, on s'en défit. Valéria, ayant appris la mort de Gandidianus, se sauva. Licinius fit encore condamnera la mort Sévérien, fils de Sévère. On l'accusa d'avoir eu dessein de s'emparer de l'empire. Sévérien était en âge de porter les armes; il s'était Irouvéau combat et avait suivi Maximin dans sa fiiite. Tous ceux-ci s'attachèrent à la fortune de ce prince parce que Licinius leur était suspect. Valéria seule avait suivi le parti de Licinius, et voulait lui céder tout ce qu'elle avait à prétendre de la succession du vieux Maximin, faveur qu'elle avait refosée à Maximin. Licinius fit encore mourir le fils aine de Maximien, âgé de huit ans, et sa fille âgée de sept ans. U est vrai qu'auparavant on précipita leur mère dans TOronte, au lieu même où elle avait fait périr plusieurs femmes vertueuses. Ainsi , par un juste jugement de Dieu , tous ces impies furent traités de la même façon qu'ils avaient traité les autres.
U. Vatérifty dégiûsée, après avoir erré en piuaienrs provinoes l'espace de qiinie asois, Ait en» fin reooaiiue et prise aveesamère à Thessatontque> et toutes deux furent ecMidainiiéeeà te liiart. Oalee mena au suppliée en grand appareii; personne ne pouvait r^îiser dea laroaea au malheur de deux dames d'une eonditioB si élevée. On leur eoupa la tète et en jeta leurs eorpe dans la mer. Ainsi leur veKu et leur eonditîoa fut cause de leur ruine.
LU. Toute cette histoire est fondée sur le rapport de personnes dignes de foi. J'ai cru devoir raconter les choses de la même manière qu'elles se sont peseées, afin de conserver la mémoire de tous ces féme»K évéttemei», et peur qn'un futur historien ne poisse eonrooipre la vé* rite en passant soua silence les crimes de UM d'empereurs, et la veogeenoe que Dieu enaprise. Gombiende grâce lui devona-nous rendre d'avoir daigné jeter Tceil sor son troupera détruit ou dissipé par tant de lospa ravissans, de ravoir rassemblé et rassuré, d'avoir exterminé lea monstres qui avalent si longtemps désolé aea pâturages et ses bergff iesl Où sont maintenant ces noms de Jovienet dlierculien, autrcfoie ai