SCÈNE 4re
Colombine assise à gauche brode ; Cassandre, en robe de chambre, assis à droite, près d'une table, sonne Pierrot.
Pierrot ouvre la porte du fond et ne bronche pas et dit : « Oui, oui, tu peux sonner, mon vieux. »
Cassandre sonne et resonne.
Enfin Pierrot se décide, et, à pas lents et allongés, vient se placer à la droite de Cassandre.
Cassandre l'apercevant :
— Que fais-tu là, animal, pourquoi me faire attendre?
— Mais, j'étais là, j'attends vos ordres.
Gassandre est pris d'une quinte de toux.
— Donne-moi ma tisane.
Pierrot va au fond et prend sur une table, une tasse dans laquelle il verse la tisane, puis prend du sucre; au lieu de le mettre dans la tasse, il le mange.
Cassandre s'impatiente.
Alors, Pierrot prend la cuillère, remue et remue comme pour faire fondre le sucre.
Il présente la tasse à Cassandre qui boit et rejette la tisane.
— Attendez, lui dit Pierrot, je vais vous donner votre sirop. Il va le chercher au fond, et, tout en descendant, en boit une partie.
Cassandre s'en aperçoit :
— Comment, tu bois. mon sirop?
— Moi, Monsieur, vous n'avez pas bien vu.
Alors, Cassandre prend la fiole et lui fait voir une marque qu'il avait faite.
— Vous vous trompez, Monsieur.
Il reprend la fiole, boit de nouveau, efface la marque et en refait une autre avec un morceau de craie qu'il a dans sa poche, puis il montre la fiole à Cassandre.
— Vous voyez, Monsieur, vous n'y voyez plus clair.
— Allons nous promener, dit Cassandre, habille-moi. Pierrot lui met son habit de travers. (Jeu de scène prolongé.) Il lui met son chapeau si fort sur la tête que toute
la poudre s'envole et que Cassandre est aveuglé.
Pierrot lui présente sa canne si maladroitement qu'elle entre dans l'œil de Cassandre déjà aveuglé par la poudre.
— Allons, sortons, dit Cassandre.
Il prend le bras de Colombine, mais Pierrot se substitue à sa place et sort avec Cassandre qui n'y voit plus clair.