‹ Papa la vertu; pièceChapitre 37 sur 129 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

GLORIEUSE

Dites qu’il me terrifie surtout, monsieur le major! Gomment une femme peut-elle avoir la hardiesse d’affronter un pareil danger ?

C’est ça justement qui est beau! Un homme reculerait! Mais, elle, pas une hésitation, pas un très-» sainement!

GLORIEUSE

Tu sais, Pierre... je veux tout regarder... je ne VOUS ferai pas grâce d'un serpent à sonnettes.

PIERRE

Nous sommes à ta disposition, Glorieuse! Et je m'amuse de te voir t'amuser.

Ils s’éloignent.

TOURBANYÈS, à madame Ricôme qui arrive avec sa fille.

Gomment, madame la mairesse, vous aussi à la ménagerie parisienne... Et avec mademoiselle Ricôme !

MADAME RICOME.

Mon mari est absent, et j’avais promis, depuis un an, à Apollonie, de lui montrer la foire.

GROIXAILLES.

Vous VOUS sauvez déjà?

TIENNETTE

La patronne nous renvoie.

GROIXAILLES.

Envoyez-la au bain.

DAUNINE, naïvement.

Elle n’y va qu’auxf grandes f^es.

GROIXAILLES.

Excellent détail!... Alors, bonne nuit, mes poulettes...

TIENNETTE

Faudra-t-il bassiner le lit de mon lieutenant?

GROIXAILLESj gaiement.

• Tu es donc frileuse?

A ce mot Tiennette et Dauninô se sauvent en éclatant de rire.

TOURBANYÈSj qui a entendu.

Décidément, ça ne traîne pas en longueur avec vous.

PIERRELUGUE, toisant. Groixailles.

Tempérament sanguin! Nature passionnée!

TOURBANYÈS.

Enfin ! C'est de votre âge !

PIERRELUGUE.

Oh! il n'y a pas besoin d'être jeune pour être inflammable. J'en sais qui pourraient être son père et qui brûlent comme un fagot de sapin.

Qui donc?

PIERRELUGUE.

Papa la Vertu, parbleu!

TOURBANYÈS, sursautant..

Vous voulez rire, Pierrelugue?

PIERRELUGUE.

Vous ne l'avez donc pas regardé pendant que les lions se ruaient furieusement hors des flammes, vous n'avez pas vu cette face livide, ces yeux de fou, ce corps qui tremblait et s'effondrait... Et avec quelle

Page 1