‹ Papa la vertu; pièceChapitre 51 sur 129 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

au sort, nous luttions parfois contre les aigles et contre les loups, nous aidions nos chiens, à coups de bâton et à coups de pierres... Et, des fois on reculait, à bout de forces, on laissait ces voleurs gorgés de sang, emporter leur proie... Mais si tu avais été des nôtres, ils eussent rampé vers toi soumis, craintifs, ensorcelés.

SÉLIKA, flattée.

Tu crois?

GANTABEILLE.

Les premiers soirs, j'en avais la mort dans Tâme de te voir aux prises avec les fauves, je fermais les yeux.

SÉLIKA, l'interrompant, d'une voix de volupté.

Pas besoin d'avoir peur, les lions m'aiment et je les aimel... Ils cherchent mes mains pour les lécher... leurs bons yeux implorent des caresses, leur corps tressaille, lorsque je me roule sur eux... Et ça m’amuse tant, de rendre les lionnes jalouses... de les fouailler, de les défier !... (eUo tend de nouveau son verre à Gantaheiiie.) Allons! bois dans mon verre, tu sauras ce que je pense... (Elle jette le verre de Gantabeille, qui se brise.) Pas besoin de deux verres pour des amoureux !...

(Elle s'asseoit sur les genoux de l'adjudant et, du bout des doigts# lui écarte les moustaches comme pour lui baiser la bouche.) Alors, ce ne sera pas seulement du plaisir pour une pauvre petite fois?.

GANTABEILLE, grisé par les caresses et le champagne.

Pour tout ce qui nous reste de temps à vivre !.

SÉLIKA

T'engage pas trop !

GANTABEILLE.

Je t’appartiens !... Je t'épouserai, si tu le veux !

SÉLIKA^ effaroe.

M'épouser !

GANTABEILLE.

Pourquoi pas?.. Je n'ai presque plus de service à faire pour avoir droit à la retraite... J'apporterai les quatre sous que je possède... Nous les mettrons dans la ménagerie...

Il est rigolo !

GANTABEILLEj complètement gris, s'entêtant.

Bien sûr !.. Avec ce qui est placé à la caisse d'épargne et ma pension^ j'aurai de quoi me retirer chez nous et sans trimer^ dans une maison neuve où il y aura toujours du vin dans le cellier et du pain dans la huche !

SÉLIKA

T'as du mérite I

GANTABEILLEj se rengorgeant.

On a gonflé le bas de laine sou par sou^ depuis la guerre!... Et puis, on pourrait gagner le gros lot!...

SÉLIGA.

Avec quoi ?

GANTABEILLE, d'une voix empâtée.

Quatre obligations de la ville de Paris^ ma petite, qui ne doivent rien à personne !

SÉLIKAj plus tentative, plus enjôleuse.

Qu’est-ce que ça me fait que tu aies du poignon ou que tu sois pauvre ?. Je? t’aime et je te veux !

GANTABEILLE.

Tais-toi ! tu me rends fou!

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