ACTE QUATRIÈME
PROSPER, lisant.
A Batignolles : Les Deux Orphelines^ à Montmartre : Roger la Honte, Lazare le Pâtre, à Montparnasse...
SÉLIKA
A la bonne heure !... V'ià des spectacles ! Ah ! Montmartre... La fête de la Butte avec les chevaux de hois^ les Montagnes russes... Et les boulevards extérieurs^ les bistros de la rue Lepic, c'était autrement rigolo que leur sacrée Espagne!... Quand reverrons-nous tout ça ?
PROSPER
Pas de sitôt^ puisqu'on se trotte pour l'Amérique... Le climat est plus sain pour nous... Pas vrai, Papa la Vertu?
GANTABEILLE^ comme si cette question le réveillait brusquement.
Oui... Non... Je ne sais pas bien... Je n'écoutais pas ce que vous disiez... C'est drôle^ depuis quelque temps^ j’ai comme des absences... On dirait des vides qui me sont venus dans le cerveau...
PROSPER
Connu, mon vieux ! Des fuites de gaz ! A votre âge le bonheur ça fait cet effet-là.
GANTABEILLE.
Mais on est d'aplomb quand même et les bras sont encore solides... (s'approchant à mi-voix.) Et dites, monsieur Prosper^ dans le journal, avez-vous lu quelque chose sur mon affaire ?
PROSPER
Pas un mot ! Un militaire qui mange la grenouille, ça ne préoccupe pas le pays!... Si vous étiez seulement député, à la bonne heure!... Mais je ne sais
pas ce que j’ai dans le gosier... Y a-t-il encore à boire ?
Oui... j’ai pris un panier...
Il prend une bouteille de champagne dans un panier.
SÉLIKA^ à voix basse.
Prosper... Et ce -qui te regarde, toi... La mort de la petite... En parle-t-on?
PROSPER, même jeu.
Gomment veux-tu?... Puisqu’il est impossible de rien découvrir... A mon âge on sait travailler... (Haut à Gantabeiiie.) Passez-moi la demoiselle... Le beau sexe ça me connaît î (il décoiffe la bouteille de champagne et s’approchant de Sélika, lui verse à boire.) Ficlitrel...
T’as de rudes turquoises aux oreilles... G’est-il encore l’autre qui s’est fendu de ces cailloux?
SÉLIKA
Oui, mon p’tit... Pas plus tard qu’hier soir... L’écrin était sous l'oreiller.
Elle les a retirées de ses oreilles et les frotte avec ravissement.
PROSPER
Ah !... Tu ne te refuses rien... G’est comme pendant les huit jours où je vous ai laissés seuls^ en avez-vous acheté des galurins à panaches et des robes à traîne et des jupons à falbalas!
SÉLIKA
Tu n’aurais pas voulu que je parte pour New- York frusquée comme une pauvresse. Je connais les Américains. Avant tout ils veulent du linge !
PROSPER, tenant sa bouteille et son verre.
Et c’est-il aussi pour les Américains tous les gueu-