‹ Pape et Concile au XIXe siècleChapitre 4 sur 28 · CHAPITRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME

LE SYLLâBUS

I. Les promesses de 1854 elles lamentations de 1864. —Premier pas; second pas. — * Le fail devenu le droit. — Le dogme de Tomnipotence papale,

II. Égale autorité, dès lors, de tous les articles. -— Curieuses diversités dans la forme. — Peu de mesure et peu de dignité.

m. L'Écriture Sainte omise. — Pourquoi. — Audace étrange, mais logique. — Quelle religion sort de là.

IV. Les étonnés et les non étonnés. — L'Encyclique et le Syllabus déjà vieux, mais nouveaux par la hardiesse. — Quelques traits. — Le dernier article. — Incroyable, mais vrai. — TueZf tuez toujours 1

V. Est-ce du courage ? — Rapetissements ; misères ; armes fournies à l'incrédulité.

C*est donc le 8 décembre 1864, juste dix ans après la publication du dogme étrange dont le pape, dans sa bulle, se promettait de si beaux résultats, que TEncyclique a été publiée.

Parmi les rapprochements auxquels cette date a donné lieu^ il en est un qui ne pouvait guère mieux

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échapper, me semble-t-il, aux amis qu'aux enne* mis de Pie IX.

Ces magnifiques résultats promis, en 1864, à l'Immaculée Conception, — Tincrédulité vaincue, l'hérésie écrasée, l'Église et la papauté triomphantes,

— où sont-ils ? L'Encyclique, préface du Syllabus, est un chant de deuil. Le pape gémit, comme chrétien, sur l'envahissement des doctrines antichré-> tiennes ; il gémit surtout, comme pape, sur l'envahissement des doctrines antiromaines. Que s'estil donc passé ? Comment toutes ces prophéties, si triomphalement amplifiées dans les mandements de tant d'évéques^ se sont-elles trouvées lettre morte} Serait-ce que la Vierge, malgré le fameux décret, n'est pas contente? Faudra4-il qu'une divinisation plus nette encore la détermine à remplir enfin les promesses que le pape avait faites en son nom? Singulière manière d'honorer la mère du Christ, l'humble et pieuse femme, que de la représenter aspirant au trône du ciel, et permettant à qui l'y fera monter de promettre en son nom n'importo quoi ! Le pape, en 1864, promet moins. Il se borne à dire, en recommandant, selon Tusagc, d'invoquer avant tout la Vierge, que c'est elle qui a détruit^ dans le monde entier^ toutes les hé^ésies^

— ces mêmes hérésies qu'il a représentées, peu

auparavant, comme plus audacieuses et plus dangereuses que jamais.

Laissons ces vaines phrases, que les rédacteurs de l'Encyclique ne se sont pas même inquiétés de mettre d'accord. Le grand rapprochement entre 1884 et 1864, le voici :

En 18S4, pour la première fois, un dogme e?t créé par le pape. Non que les papes n'en eussent créé plus d'un; mais, jusque-là, c'était au nom de rÉglise, et le droit de l'Église subsistait. Cette fois donc, en 1854, ce ne sera plus l'Église, mais le pape, le pape seul. Il réunira bien, autour de lui, deux cents évéques, mais en les prévenant, nous l'avons vu, qu'ils ne seront point un concile. Quelques prélats, peut-être celui dont nous avons parlé, hasarderont quelques observations. On passera outre, et le fait accompli s'acheminera paisiblement à devenir le droit.

Or, le fait tranformé en droit, — n'est-ce pas l'histoire des papes? C'est celle des rois. Créés primitivement par les peuples, ils arrivèrent tous, un peu plus tôt, un peu plus tard, à se dire régnant pardroit divin. Ainsi a fait la papauté pour chacun des pouvoirs que le temps, les circonstances, les hommes, ont remis ou laissés tomber entre ses mains; ainsi a-t-elle fait, en 1864, non pour quelques

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détails (le 1 autorité papale, mais pour l'essence même de cette autorité.

Toute l'omnipotence que le pape avait exercée, en fait, dix ans auparavant, toute celle que des occasions moins saillantes, mais habilement exploitées, lui avaient permis d'exercer dès lors, — le voici donc, dans TEncyclique, se l'attribuant ouvertement, et le mot de dogme est appliqué, pour la première fois, à la doctrine ultramontaine de la pleine puissance, divinement donnée au pape par Noêre-Seigneur Jésus-Christ, de guider, de régir et de gouverner l'Église. Cette pleine puissance qu'il- vient d'appeler un dogme, le pape ordonne de la considérer comme également pleine en toutes choses. Défense donc de penser que le pape ne puisse décréter seul un article de foi ; défense également de ne se croire obligé envers lui que par ses décrets de foi, et de ne pas recevoir avec la même soumission tous ses décrets disciplinaires, tous ses € jugements sur les droits et les intérêts de l'Église »

Le résultat immédiat de cette dernière dé«^ fense, c'est de placer sur le même rang toutes les injonctions de TEncyclique, toutes lea condamna^ tiens Gii Syllabus qui y fait suite. Ainsi, nier Dieu (art, 1*') ou nier le pape ; nier lu Providence (art. 8) ou ne pas être bien sûr (art. 7B et 76) qu'il faille au pape une royauté temporelle; être hégélien, panthéiste (art. 1'"), ou accorder (art. 18) que le protestantisme est' une des formes possibles de* la reli^ gion chrétienne; faire du Christ un mythe (art. 7) ou croire au salut des protestants et seulement Tespérer (art. 17); nier, enfin, toute révélation» toute religion (art. 4, 6, 7), ou élever le moindre doute sur un seul point de doctrine ou de fait dé* terminé par le pape, — c'est, de par le pape, tout un.

Mais non, ce n*est pas tout un. Avec ce manque absolu de proportion qui caractérise le style de ces étranges pièces, avec cette naïveté qui, en dépit de la pompe des formes, laisse voir où sont les vrais soucis, — maintes fois la grosse épithète çst pour

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le péché antiromain, la phrase simple pour ce qui n* offense que Dieu, ne compromet que le salut des âmes. On sent, dans ce dernier cas, je ne veux pas dire le métier, mais la tâche, la charge ; le pape en dit juste assez pour qu'on ne Taccuse pas d'oublier qu'il s'agit du ciel. Mais, quand il s'agit de la terre, je veux dire de la papauté, de l'Église, droits méconnus, institutions menacées, — on sent, alors, un cœur plein, une sourde colère, colère d<y vieillard avec ses incohérences, ses redites, colère aussi, dirait-on, déjeune homme, avec toutes ses imprudences. Le Syllabus, quoique relativement calme, a des mots curieux» reflets évidents de cette colère. Le panthéisme et le naturalisme, — erreur$^ tout uniment; les Sociétés bibliques, — invention pesii^ /enaW/e. Hais, dans TËncyclique, c'est du premier mot au dernier qu'on est frappé de ce manque de mesure, de ce fébrile va-et-vient qui se heurte à tout, ébrèche tout. Deux fois, par exemple, le comble de la perversité des incrédules, c'est de s'associer « aux aberrations des hérétiques » ; — et voilà les hérétiques, gens qui croient, mais qui ne croient pas au pape, mis plus bas que ceux qui ne croient à rien. Ne parlons plus, si Ton veut, des épithètes, toujours fortes, toujours terribles, toujours tombant comme grêle sur Tidée ou l'homme

à condamner. J'ai remarqué une autre chose. Tous ceux que le pape accuse d'enseigner des erreurs, il les accuse en même temps de mentir. Qu'est-ce que cela veut dire? Ceux qui attaquent l'Évangile seraient donc, au fond, des chrétiens, et, ceux qui attaquent le catholicisme, dès catholiques? Car, enfin, mentir^ c'est dire ce qu'on ne pense pas. Point de sens donc dans ce mot. Il est là, comme ailleurs tant d'autres, pour arrondir la phrase; c'est un dernier coup de pinceau, ou de poignard, ou d'épingle, comme on voudra. Toujours est-il que c'est bien peu digne, et que de pareilles boutades sentent plus le prône de village qu'une lettre urbi et orbi.

Laissons ces misères. Le mot sur les Sociétés bi« bliques appellerait une observation plus grave.

Je vois dans TEncy clique un certain nombre de citations. Combien de la Bible? Une seule, prise d'un psaume, et sans aucune portée dogmatique. Heureux le peuple dont f Éternel est le Dieu ! Si l'Encyclique ne renfermait ailleurs, une seule fois,

en passant, les mois Saintes Écritures^ on pourrait la lire d'un bout à l'autre sans se douter qu'un livre existe qui est à la base de la foi dont elle se dit l'expression.

S'étonner de cette omission, ce serait naïf, car ce serait croire que le pape aurait pu, s'il l'eût voulu, appuyer l'Encyclique sur la Bible. Il l'aurait pu^ sans doute, pour les parties chrétiennes; mais, encore une fois, son cœur n'est pas là, et, d'ailleurs, on aurait alors trop remarqué l'absence de la Bible dans les parties romaines et papales.

Il est vrai que l'on peut, au besoin, payer d'audace, et c'est ce que fait le pape dans cet unique endroit où il nomme les Écritures. C'est l'endroit, en effet, ou il répète avec bonheur, après Grégoire XVI, qu'il y a délire à vouloir la liberté de conscience. Voilà ce que les Ecril/mes^ selon lui, enseignent, proclament. Où? Comment? Il ne le dit pas. Et pourquoi, après tout, s'inquiéterait-il de le dire ? Puisque vous devez croire le pape alors même qu'il parle sans aucun appel à la Bible, comment ne le croiriez vous pas quand il veut bien vous dire que c'est elle qui parle par sa bouche? C'est l'avis de l'abbé Gerbel, dans son Coup d*ceil sur la Controverse chrétienne . Selon lui, citer rÉcriture, c'est faiblesse, c'est abandon de l'autorité de l'Église. Le

Concile (le Trente, il est vrai, pensait aulrement, et, partout où il peut citer rÉçriture, il la cite. Mais nous n'en sommes plus là. Allez au Syllabus, et vous lirez (art. 21) qu'à TÉglise appartient le droit < de définir dogmatiquement que la religion catholique est la seule vraie ». Comme TÉglise, aujour-*d^hui, c'est le pape, la traduction de cet article est nécessairement ceci : « Au pape appartient le droit de déclarer que le pape a raison, toujours raisoui et il n'a que faire, dès lors, de citer TÉcriture. »

Si le procédé est logique, romainement logique, ce n'en est pas moins un des traits de l'évolution doctrinale qui s'accomplit parallèlement à l'évolution hiérarchique.

Il y a longtemps, sans doute, que TÉglise ro^ maine sMnquiète peu de la Bible; jamais pourtant on ne l'avait vue, à ce point, s'en dégager, s'en passer. La pressurer, la tordre, c'était encore une espèce d'hommage, car c*était au moins reconnais ire qu'une Église chrétienne a besoin d'elle. L'Encyclique inaugura donc une autre ère, ouverte silencieusement depuis longtemps, ouverte avec éclat lors de l'Immaculée Conception, mais dont nous avons maintenant, dans l'Encyclique, lemani'^ fesle, et, dans le Syllabus, le programme.

Du manifeste et du programme ressort une reli-

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gion dont Tévéque de Rome ne serait pas seulement le grand prêtre, mais le révélateur, le législateur, le prophète, plus que Moïse chez les Juifs, plus même que Mahomet chez les mahométans, car le Coran est beaucoup moins plein de Mahomet que ne sont pleines du pape, de sa personne, de ses droits, toutes les pièces venues de Rome depuis vingt ans. Mais, avec l'Encyclique de 1864, nous avons la consécration formelle, la définition^ comme on dit, de cette suprême indépendance que la papauté s'attribue en regard de la Bible et de Dieu même; c'est le grand vassal arrivant à n'avoir plus au-dessus de lui qu'un suzerain lointain, un nom, une théorie, une abstraction. L'Encyclique est le dernier mot de la papauté sur elle-même, du vicaire de Jésus-Christ achevant d'éconduire Jésus-Christ.

Voilà pourquoi cette pièce est à la fois nouvelle et vieille, pourquoi des gens en ont été étonnés, confondus, et, d'autres, pas du tout.

Je suis, quant à moi, de ces derniers. Je pourrais dire que j'ai connu TEncyclique avant qu'elle

fut écrite ; je pourrais même dire que je l'ai écrite avant le pape, et que ce n'était pas difficile, le pape me la dictant par tout Tensemble et tous les détails de ses actes, de ses paroles. Beaucoup de gens, pourtant, quoique peu amis du pape, me trouvaient téméraire, injuste; des journaux catholiques affectaient beaucoup d'indignation. Le pape s'arroger tous les anciens droits de l'Église! Calomnie. L'Église s absorber, s'anéantir dans le pape! Absurdité. La foi indistinctement exigée pour toute espèce de décisions papales! La proclamation d'un état de choses où le pape aurait dans sa main esprits et corps, où les rois ne seraient que des gendarmes à ses ordres pour comprimer, châtier ! Mensonge encore, absurdité encore. Voilà ce que l'on disait. Le pensait-on? Ce que je voyais clairement, moi, si loin de Rome, pouvait-on, de si près, ne pas le voir? Ce qu'on allait accueillir comme souverainement vrai, sage, beau, saint, pouvait-on réellement s'indigner que le pape fut accusé d'y penser? Mais c'est une tactique familière aux champions de Rome. Jusqu'au jour où carrément on avoue, — on nie,* on proteste et on s'indigne.

Uuoi qu'il en soit, je sais absous, car le pape en a dit bien plus que je ne lui en faisais dire, bien plus que je n'aurais cru pouvoir lui en faire dire.

Oui, je le déclare, quand on nVaurait permis de rédiger moi-même tout de bon le manifeste que j'aurais ensuite à combattre, je n'aurais pas osé le faire tel ; j'aurais craint d'être injuste. Ainsi, à ce point de vue, je suis de ceux que l'Encyclique a surpris.

Elle m'a surpris dans les choses mêmes auxquelles je m'attendais, car jamais je ne me serais attendu à les trouver si crûment exprimées. Le pape a évidemment taché de rendre impossibk toute atténuation, tout arrangement de sa. pensée. Nous verrons qu'il n'a réussi qu'à multiplier les tours de force auxquels ses amis étaient condamnés, dès longtemps, pour l'excuser quelque peu devant le siècle.

L'Encyclique m'a surpris aussi par bien des choses que je ne sctogeais pas à y chercher, non que je les crusse étrangères à la pensée du pape, mais parce que je ne croyais pas/ju'il pût oser les dire. Puis, je l'avoue, il me semblait impossible que Pie IX, tout pape qu'il est, ne fut pas devenu, en quelque petite mesure, un homme de notre temps, capable au moins d'accepter certaines données de l'expérience et de Uhistoire. « Dans cette famille Mastaï, disait Grégoire XVI, tout le monde est libéral, jusqu'aux chats; » et le futur Pie IX,

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. ainsi noté, attendit assez longtemps le chapeau. Je sais bien qu'aux yeux de Grégoire XVI, on était facilement libéral, révolutionnaire; mais enfin, cela prouve au moins que Tarchevèque Mastaï était plus libéral que d'autres, plus éclairé aussi. Jamais donc je ne me serais attendu à cette défense d'admettre ou que les papes aient parfois dépassé leur pouvoir (Syllabus, art. 23), ou que leur pouvoir n'ait pasété, dès les premiers temps de l'Église, ce qu'il a été plus tard (art. 34). Jamais je ne me serais figuré un pape du dix-neuvième siècle défendant de penser (art. 13) que les méthodes scolastiques ne soient pas excellentes à toujours. Jamais je ne l'aurais cru assez aveugle ou assez imprudent pour proclamer (art. 30) que le clergé ne doit pas payer <i'impôts, que le clergé, soit au criminel, soit au civil, doit avoir (art. 31) ses tribunaux propres; que le mariage civil n'est pas même un contrat civil, mais (art. .73) un contrat radicalement nul. Jamais, enfin, quoique bien convaincu de son peu de sympathie pour la civilisation moderne, jamais je n'aurais imaginé de formuler ce peu de sympathie par cette phrase brutale qui clôt le Syllabus : // est faux que le pontife romain puisse et doive se réconcilier avec le progrès^ le libéralisme et la civilisation moderne.

Cette phrase a paru si étrange, si énorme, que j*ai vu de grands ennemis du pape hésiter à la prendre dans son sens naturel. « Évidemment, disaient-ils, Pi« IX entend le libéralisme sans frein, la civilisation aux raffinements immoraux, le progrès, enfin, comme le comprennent ceux qui en font une religion et le seul but de l'homme. » — Je voudrais le croire; je ne puis. Si la phrase dit cela, elle ne dit rien, et Tanathème tombe dans le vide. Qui a jamais dit que le pape dût se réconcilier avec le libéralisme incrédule, avec le progrès immoral? Qui a eu la pensée de lui demander, dans ce sens, d'être de son siècle et de marcher? Encore un coup, s'il a dit cela, il n'a rien dit, et la dernière des quatre-vingts condamnations du Syllabus, au lieu d'être la plus générale et la plus nette, n'enfonce qu'une porte ouverte, ne contredit que ce que jamais on n'a dit. Non, non! point d'équivoque. C'est bien à la civilisation moderne, au progrès, au libéralisme, au meilleur comme au plus mauvais, que le pape, en finissant^ a décoché sa dernière flèche, La preuve n'en est-elle pas dans tout le reste ? Nous montrerà-t-on une seule phrase^ Un seul mot, qui soit l'éloge, Tabsolution seulement, de la plus innocente idée modertie? Et ce derniei* article n'est-il pas, de fond et de forme^ le courbn-

nement naturel de cet effréné pêle-mêle, la suprême sentence de tous les délits énumérés? Le pape, évidemment, s'est enivré de ce grand carnage d'idées; il a besoin de finir par un grand coup. Que ce grand coup tombe un peu au hasard, que des choses décidément innocentes, même à Rome, restent sur le carreau, peu lui importe. C'est l'histoire de Tinquisiteur à Béziers : « Tuez, tuez toujours! Dieu saura bien reconnaître les siens. » Guerre donc, guerre à mort à toutes les idées modernes! Les bonnes, s'il y en a, auront toujours eu l'immense tort d'être sœurs des mauvaises, et, les mauvaises, c/esl tout ce qui gêne ou peut gêner Tautorité du pape, telle que le pape Tentend.

Quel spectacle que cette croisade insensée et que ce combat dévergondé ! On a dit que le pape se montrait au moins courageux. Si un courage à ce point fiévreux, aveugle, est encore du courage, le pape en a beaucoup, assurément; mais de pareilles allures seraient tout aussi bien celles de la peur. On a dit qu'une gloire au moins lui reste et lui

restera, celle d'avoir solennellement protesté en faveur des grandes doctrines dont la ruine serait celle de toute religion, de toute moralité. Mais, d'abord, cette gloire-là, il la partage avec une foule de gens qui avaient dit avant lui, mieux que lui, ces dernières choses, et sans se croire des héros. Puis croyez-vous qu'il leur ait fait grand bien, à ces doctrines éternellement saintes, en les accolant de la sorte à tout ce qui peut le mieux rebuter les hommes du siècle, les plus sages comme les plus égarés ? Croyez-vous que les ennemis de la religion et de la morale ne soient pas tout heureux de trouver là le christianisme se rapetissant, s* étiolant, au contact des réclamations, des protestations, des lamentations pontificales? Un incrédule qui se serait amusé, pour travestir les grandes idées chrétiennes, à y rattacher, à y accrocher tout ce que le pape y accroche, aurait-il pu faire mieux? La morale, elle aussi, la grande morale évangélique, à quoi la voyons-nous aboutir dans l'écrit du pape? Dans une première phrase, juste et forte, il s'élèvera contre ceux qui ôtent à Tordre social les bases éternelles de la foi, de la justice; dans les suivantes, le comble de leur perversité, de leur folie, c'est.,, d'être ennemis des couvents, de blâmer la multiplicité des fêtes et la mendicité organisée. Voilà

comment le pape est le champion des grands principes. Il ne sait que les déclarer inséparables des petits, des plus contestés, des plus contestables. Que le christianisme, après cela, au lieu d'attirer les non croyants, leur soit de plus en plus inacceptable, odieux ; que des gens encore croyants, même encore catholiques, soient poussés dans les bras des incrédules, — n'importe! Périsse le christianisme, s'il ne veut traîner indéfiniment tout ce que Rome a jeté sur son dos !

Voilà le dernier mot de ces deux fameuses pièces qjii, en décembre 1864, ont « traversé les deux mondes comme un sillon de lumière i, a dit un évéque enthousiaste.

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