‹ Papiers d'autrefois [par] Paul et Victor GlachantChapitre 4 sur 35 · XIV PRÉFACE · texte numérisé non relu

XIV PRÉFACE

il y a un autre que lui. Ce n’est pas chose où il retrouve sa main, son geste, son empreinte. Ce n’est pas sur ce chiffon d’atelier qu il aime à continuer de penser et de sentir, et de peindre et de se peindre.

Le travail de Lamartine s’arrête au papier exclusivement, parce qu'il vit d’une vie intérieure intense; — le travail de Hugo est très actif sur le papier parce qu’il a besoin de se projeter lui-même à l’extérieur pour se bien voir, mais s'arrête à l’épreuve exclusivement, parce qu’il n’aime plus à se voir dans un travail où autrui a eu sa part ; — le travail de Balzac enfin, homme d’action, ou qui croit l’être, homme en dehors et d’une expansion formidable, s’accommode bien de cette feuille imprimée qui est déjà chose mêlée à la vie commune, à la vie publique, à la grande agitation universelle.

Et il est à supposer que je m’égare; mais tout cela est un peu probable et fait toujours un peu réfléchir. Il se peut, le contraire se peut, et c’est toujours de quoi raisonner, qui est chose innocente.

Vous trouverez encore dans ce volume un joli portrait de ce pauvre Dübner, qui fut un homme irascible, insupportable, plein de bonne volonté,

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et très honnête homme. Tous y trouverez ses idées sur l’éducation, et particulièrement sur renseignement de la grammaire. Je ne sais s’il avait raison; mais il est toujours bien doux de penser qu’il y avait un homme qui savait du grec autant qu homme de France, et qui était sûr qu’on pouvait l’apprendre fort bien en trois ou quatre ans, et que toute la syntaxe, tant latine que grecque, pouvait tenir en cinq ou six pages, un peu tassées.

Il se peut, après tout; et de ce que vous avez appris le grec, que vous savez admirablement, en un peu plus de temps que cela, à ce que je crois, il n’en faut pas conclure à mépriser l’excellent Dübner. Il était convaincu qu’on apprend une langue à la lire, à en lire beaucoup, à en lire des

volumes avec une ardente vélocité, sans s’être attardé au fatras des grammairiens subtils et prolixes. A la vérité, il vivait depuis trente ans en France; il avait lu quelque millier de volumes français, et il abondait en solécismes considérables et en fautes d orthographe imposantes . Cela pourrait, à la rigueur, être retourné un peu contre lui. Mais il ne faut pas abuser des arguments ad. hominem, lesquels sont trop peu chai itables pour être probants, ou, du moins, pour être parfaitement légitimes.

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Etudions donc Frédéric Dübner avec ce lée:er scepticisme qui n’exclut pas complètement la confiance. Tout compte fait, il voulait surtout qu’on lût beaucoup de grec et de latin dans les classes, au lieu de s’alourdir sur quelques lignes par jour, scrutées à fond, et de s’y endormir un tantinet. Il n’avait pas tout le tort. Il avait au moins ce mérite d’être en réaction contre des habitudes où il n’est pas absolument prouvé que la paresse n’eût point sa part. C’était toujours cela, et en cela c’était fort bon. On n’accusera pas au moins Dübner d’avoir été paresseux. Il ne 1 était point dans ses méthodes parce qu’il était furieusement loin de l’être dans sa conduite. Il a donné un coup d’éperon assez salutaire. J’ai vu revivre, avec plaisir, sa bonne figure fruste, loyale et un peu crispée de bon travailleur irascible et obstiné dans le volume de MM. Paul et Victor Glachant.

Que vous dirai-je de plus, Monsieur le Doyen, si ce n’est que le manuscrit de MM. Paul et. Victor Glachant est digne de toute votre estime et que vous ne sauriez mieux faire que donner le permis d imprimer, ce qui sera un service rendu non seulement aux auteurs, mais encore au public?...

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Mais je m’aperçois qu’entraîné par l’habitude j’ai pris pour un manuscrit de thèse 1 ouvrage que MM. Glachant avaient soumis à mon examen, et que je viens de faire un rapport qui, sans doute, a un objet, mais qui n’a pas de destinataire et que je n’ai aucune raison d envoyer à M. le Doyen de la Faculté des Lettres. C’est une pièce qui me reste sur les bras. Mes chers amis, Paul et Victor Glachant, permettez-moi de vous l’envoyer telle quelle. Vous en ferez ce que vous voudrez. Vous ne douterez pas, au moins, de la parfaite sincérité de ce papier. Les rapports àM.le Doyen sont toujours sincères et à l’abri de tout soupçon de flatterie. Ils sont même quelquefois sévères. Si celui-ci ne l’est pas, ce sera à vous, s’il vous plaît, qu’il faudra vous en prendre.

Émile Faguet.

Ce fac-similé reproduit, d’après un autographe qui est en notre possession, le second feuillet de la fameuse proclamation des proscrits de Jersey, rédigée par Victor Hugo, et publiée par lui dans les Actes et Paroles. C’est la minute authentique, écrite de la main du poète, et signée par le comité. L’une de ces signatures est presque d’un illettré. On remarquera que la feuille a été déchirée en trois morceaux. — L’écriture se rapporte à la deuxième période de la vie littéraire de Victor Hugo, contemporaine des Châtiments (cf. le chapitre sur les manuscrits de Victor Hugo, pp. 43 et 46).

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