LES ORIENTALES
C’est le plus ancien des trente-quatre volumes : il est tout entier de la première écriture. Il porte, sur la feuille de garde, la date {29 octobre 1 892) à laquelle il fut remis au département des manuscrits, et, au folio 2, les passages traduits de Sadi, qui furent rétablis dans les notes de l’édition ne varietur. Chaque pièce est datée exactement, eL ces dates ont été répétées dans ladite édition. Les deux préfaces paraissent avoir été mises au net. Celle de la septième édition porte en marge cette prescription : « Imprimer cette préface avant l’autre, avec un caractère différent ». Enfin, l’ouvrage se termine par une table soigneusement recopiée, avec le
1. Volume de 10 1 feuillets, 29 octobre 1892, 2548 cote, lre pièce. M8 Gatine, notaire. Mss de V. Hugo, n° 1. Don 3017.
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compte des vers. Le manuscrit est presque complet. Il manque seulement la pièce IV (Enthousiasme), les pièces VI ( Cri de guerre du Mufti), XIX (Sara la baigneuse ), XXIII (La Ville prise), XXXIII (Fantômes), XXXIV (. Mazeppa ) et XXXV (Le Danube en colère). La pièce I (Le Feu du Ciel) est incomplète (tout ce qui précède la division VIII manque), ainsi que la pièce XXII (Vœu), dont les cinq premières strophes subsistent seules. A partir de La Douleur du Pacha (n° VII), le numérotage a été changé. Notons, en passant, que la pièce X des éditions (Clair de lune ) se trouve, sans doute par une erreur de collage, après le n” XI (Le Voile). Enfin, les épigraphes manquent presque partout. Il est probable qu’elles ont été ajoutées au dernier moment, par système. En effet, l’épigraphe et le commentaire étaient fort à la mode en 1829, et un peu après : on peut s’en convaincre par la lecture du Gaspard de la Nuit d’Aloysius Bertrand, des premières poésies de Théophile Gautier, et des Méditations de Lamartine.
I. Le Feu du Ciel, longue pièce qui sert d'introduction aux Orientales, offre un curieux exemple de ce que nous appellerons tout à l’heure, chez Victor Hugo, le développement successif. La huitième partie — la seule que contienne le manuscrit — est venue du premier jet, en cinq strophes. 11 y en a, dans l’édition définitive, douze. Cinq ont été ajoutées en marge. Deux manquent : ce sont celles qui commencent par : « Plus loin il charrie... » et « Le grand
LES MANUSCRITS DE VICTOR HUGO. 21
prêtre arrive... » L'ordre même des strophes a été remanié.
II. Canaris. Cette pièce n’est primitivement que de vingt et une strophes. « Malte arborait sa croix... » manque dans le manuscrit. Les strophes 19 et 20, à tendances politiques, sont ajoutées au bas de la page, ainsi que la strophe 12, en marge. Le fait est typique, en tant qu’il montre que le souci de Y actualité croit chez le jeune romantique à mesure qu’il termine et amende ses vers.
III. Les têtes du Sérail. Ici, le manuscrit est remplacé par un fragment du Journal des Débats (où la pièce fut d’abord publiée en feuilleton), avec quelques corrections et cette date de la main du poète : juin 1826 L La note sur le tombeau de Botzaris est ainsi libellée : « Une lettre de Corfou, que nous avons sous les yeux, affirme que les Turcs, vainqueurs de Missolonghi, ont ouvert le tombeau de Marcos Botzaris, ce Léonidas moderne. C'était sans doute pour y prendre une tête de plus. »
V. Navarin. Véritable brouillon, à sérieusement approfondir pour le grammairien et le graphologue.
VII. La Douleur du Pacha , qui portait d’abord le n° 6, est écrite sur papier à lettres. C’est visiblement une copie. — Il en est de même de la Chanson de Pirates (n° VIII).
i. Presque tous les papiers d’Hugo son! datés, et ces dates sont instructives; aussi aurons-nous soin de les spécifier fréquemment par la suite.
PAPIERS D’AUTREFOIS
IX. La Captive. Les vers en sont écrits sur un double feuillet de fort papier bleu doré sur tranche, qui semble arraché d’un album. Le titre primitif était : La fille d' Europe. L’ordre des strophes a été entièrement modifié.
XL Le Voile. La pièce était d’abord intitulée : Les quatre frères. — Ici, le lecteur commence à s’apercevoir que le manuscrit des Orientales est également divertissant à lire au recto et au verso. Le Voile , effectivement, est écrit au dos de deux lettres inédites, dont l’une est de Sainte-Beuve. Il nous a paru amusant de la transcrire : « Monsieur , Monsieur Victor Hugo , rue Notre- Dame-des-Champs, IL — Ce jeudi. — Mon cher Victor, Hier, en rentrant à la maison, j ai trouvé à ma porte une lettre du médecin de Galloix, qui me disait que la translation à la maison de santé de M. Dubois était indispensable. En conséquence, j’ai envoyé ce matin réclamer de M. Jouffroy la somme qu'il avait à sa disposition : c’était tout juste pour la quinzaine. J’ai donc été enlever Galloix et l’ai emmené à la maison de santé où il est avec de quoi vivre et se substanter [sic) pour quinze jours. Il paraît bien décidé à partir pour Genève dès qu’il le pourra. Si votre demande à M. de Marti gnac pouvait se faire maintenant, ce serait le cas ou jamais, et cela lui servirait de viatique. Après quoi, ayant fait tout ce qui dépendait de nous, nous n’aurons plus rien à faire qu’à prier pour lui. Tout à vous, Sainte-Beuve. »
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N’est-elle pas touchante, cette lettre tout intime? Pauvre romantique, sombré dans la folie! Les prières du sceptique Sainte-Beuve l ont-elles aidé à se « substanter » au moral? Et Y. Hugo, qui n’était pas encore olympien, ne dut-il pas compatir à ce malheui plus vivement que tout autre? On se souvient, en effet, que son frère Eugène était atteint déjà de la maladie mentale dont il ne devait mourir qu’en 1837.
L’autre lettre, qui semble émaner d’un journaliste bourguignon (Th. foisset), a trait aux lelations des romantiques débutants avec les gazettes de province. Il y est parlé d’un article du Provincial sur les poésies de M. de Chateaubriand, de 1 insertion de quelques pages de Ch. Nodier sur la Bourgogne, destinées au Voyage pittoresque , et d’une étude projetée sur les œuvres de Sainte-Beuve.
XII. La Sultane favorite est écrite aussi sur un feuillet d’album, marron cette fois. Elle est corrigée surtout vers la fin.