PERO LOPEZ
Bruxelles, 7 février i565.
Le seul passage de cette lettre qui oflre quelque intérêt est celui dont la traduction va suivre. Le reste est consacré exclusivement à des affaires particulières ou k des nouvelles sans aucune importance , relatives à des personnages plus ou moins connus.
M. d*Egmont est parti de Cambrai le 3i janvier dernier; il eût mieux fait de quitter plus tôt cette ville, car il nous aurait épargné Taventure arrivée à Tévéque avec M. de Bréderode. On Ta racontée de tant de manières différentes, qu'on ne sait à quelle version s'en tenir : la mienne vient de M. de Culembourg, qui pa-
' Employé pendant plusieurs années où il mourut au mois d*avril i566. (Voir dans les bureaux du gouvernement gêné- tome Vil, page 600.) rai des Pays-Bas, il retourna en Espagne,
calles, aunque tambien creo que no deve de deziiio todo por anior de Brederoda. Dize que aviendo todos muy bien bevido, ^n la média comida abaxo se travâron muchos propositos asi de los obispos nuevos como de la pension de los iv*" Bonnes (jue M. de Cambray ofrecia â M. de Havricourt, quando pretendia el obispado, reprochàndoselo el Brederoda que se comia los quatro miJl florines que eran de su hermano; y saltavan de un prop6sito en otro, con gran porfîa y vozes, hasta que yvan à quitar los manteles, y entônces dize que estavan entrellos très 6 quatro hablando en la partida de M. d'Egmont, y que dezia M. de Brederoda que era mal hecho dexarle partir un hombre tan principal desta tierra , y si le acaecia por el camino alguna desgracia que perdian estos estados mucho , y que no quedava otro como él en muchas léguas de aqui. Dizen que respondio M. de Cambray (y yo creo que yronicamente) : « No faltari algun « nuevo M. d^Egmont. » Oido lo quai por Brederoda se enfad6 de manera que muy encendido dixo en frances, blasfemando : t Y como
TRADUCTION
rait plus modéré que le grand nombre, quoique pourtant je soupçonne quil ne raconte pas tout, par égard pour Bréderode. Il dit que les seigneurs ayant tous déjà bu copieusement certain jour, divers propos s^engagèrent pendant la dernière partie du repas , tant au sujet des évéques nouveaux que de la pension de quatre mille florins ofiferte par M. de Cambrai à M. d'Havricourt, à Tépoque où ce dernier sollicitait le siège épiscopal de cette ville, Bréderode reprochant à M. de Cambrai de manger ces quatre mille florins, qui appartenaient à son frère. Passant ensuite d'un propos à un autre avec beaucoup de chaleur et de cris, ils étaient arrivés au moment où f on a coutume de lever les nappes, lorsque trois ou quatre d'entre eux s'étant niis à parler du prochain départ de M. d'Ëgmont, M. de Bréderode fit observer qu'il n'était pas convenable de laisser partir un personnage d'aussi haute importapce pour le pays, parce que, dans le cas où il lui arriverait quelque malheur dans son voyage , la Flandre ferait une perte immense , et qu'on ne trouverait point à le remplacer : sur quoi M. de Cambrai ayant répondu (ironiquement, à mon avis) , • Rassurez-vous, il se présentera bien quelque « Egmont nouveau , » Bréderode entra dans une telle colère, que, tout hors de lui-
« es menesler que suframos este â este clérigo? » Y M. de Culembourg le dixo al obispo : cEsso que dezis se puede mejor dezir por vos, « porque si vos os muriésedes se hallarian bien presto otros quynyen- « tos como vos para ser obispo de Cambray. » En esto M. de Cambray tomo una copa con vino, y por atajar las plàticaç, bevi6 à M. de Brederoda, el quai no la quiso acetar; y desto se enoj6 mucho M. de Cambray, y dixo que queria saber que razon avia que le rehusase ; quel siempre le avia hecho servicio y plazer en lo que avia podido. Respondiôle Brederoda muy en colera que no queria acetarlo, ni bever mas. Con lo quai se enoj6 mas M. de Cambray, y repitia muchas vezes que queria saber el porqué le avian de rehusar, y dixo : « Pues yo soy hombre de bien , aunque pesé à todo el mundo. • Dizenme que M. d^Egmont le dixo ent6nces que le rogava no apretase mas sobrello i Brederoda porque estava bien bevido, y que M. de Cambray tom6 i la plàtica y que queria saber por que razon le
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même, il dit en français, et non sans blasphémer : « Comment faut-il que nous sap- « portions de pareilles choses de ce prêtre? ■ M. de Culembourg s^empre^a d'ajouter ensuite, parlant à Tévêque : « C'est plutôt à nous à vous appliquer ce que vous
• venez de dire : car si vous veniez à mourir, on trouverait bien facilement cinq « cents sujets de votre mérite pour vous remplacer sur le siège de Cambrai. > En ce moment le prélat prit un verre de vin , et, pour couper court à toutes ces discussions, porta la santé de M. de Bréderode, qui ne voulut pas Taccepter. M. de Cambrai, vivement piqué de ce refus, lui dit qu'il voulait en connaître le motif, d'autant plus qu'il n'avait jamais cessé de lui être utile et agréable, .autant que possible, en toute circonstance. Bréderode se borna à lui répondre en colère,
• qu'il ne voulait point accepter cette santé ni boire davantage. > Ce nouveau refus piqua plus encore M. de Cambrai, qui répéta plusieurs fois qu'il voulait en connaître le motif, et dit : « Sachez que je suis un honnête honune, quand même « tout le monde soutiendrait le contraire. > On rapporte qu'en ce moment M. d'Egmont le pria de ne pas presser davantage Bréderode sur ce point, parce que le vin lui avait porté à la tête, et que le prélat, nonobstant cet avis, étant revenu à la charge, et ayant déclaré qu'il voulait absolument connaStre les
avian de rehusar. Entonces M. de Brederoda se embravecio inucho, y tomo el plato con que se querian lavar las manos y arrojole hàzia M. de Cambray. Tocole el plato en les pecbos y mojôle; levantâse el obispo y dixo : « Cômo desta manera me an de tratar, y para csto « me an combidadoP (porque coroian en la citadella), pues deudos y « àmigos tengo que aùn podràn responder por mi. > En eisto se levante de la mesa el hijo del condé de Mansfelt, y allegose al obispo y començole à decir que no lo tomase dé mala parte ni toviese enojo, porque su tio no lo avia hecho con màla intencion; y estava muy cerca del obispo, el quai enfadado, y con mùcha razon, le émpuxo con el braço , y dixo : « Quitaos alla este moço que me quiere « predicar? » Enjoose desto este mancebo y levantô la mano, hablando muy descortesmente , y sin duda me an dicbo que si no le tuvieran que le yba â tratar muy mal, porque hizo ademanes de alçar el puno y aun de querer echar mano al punal. Y con esto M. d'Egmont y los
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motifs d'un refus aussi désobligeant, M. de Bréderode, échauffé au dernier point, saisit le bassin dans lequel on devait se laver les mains et le lança vers M. de Cambrai. Ce vase Vayant touché à la poitrine etTeau s'étant répandue sur ses vêtements, il se leva, et,s'adressant à tous : • Comment, dit-il, c'est ainsi qu'on me • traite , et c'est pour m^nsulter ainsi que Ton m'a invité ! » (Le repas avait lieu à la citadelle.) « Eh bieni sachez que j'ai des parents et des amis qui répondent pour « moi. > En ce moment le fils du comte de Mansfeld se leva de table, et, s'approchant de M. de Cambrai , le pria de vouloir bien ne point prendre cette affaire en mauvaise part et de ne point s'en ofienser, parce que son oncle n'avait eu aucune mauvaise intention. En disant cela il se trouvait très-près du prélat, qui, mécontent, à juste titre, le repoussa avec le bras en disant : « Otez-vous de là] Quel est « ce jeune homme qui veut idme prêcher? » Irrité de ce geste, le jeune seigneur leva la main sur lui, accompagnant cette action de paroles grossières, et l'aurait maltraité si on ne l'eût retenu aussitôt, car il fit le geste de lever le poing, et même de porter la main à son poignard ; mais M. d'Egmont et les autres les séparèrent. L'appartement se trouvait alors par malheur rempli d'une foule de gens qui ont raconté le fait de tant de manières , que c'est une honte véritable. Le
088 PAPIERS D'ÉTAT DU CARDINAL DE GRANVELLE. demas se pusiéron de por medk). Estava el aposento lieno de gente que lo an pregonado de tantas suertes que es una gran vergûença. Otro dia fué M. d'Egmont solo i corner con ei obispo, y persuadiôle mucho que fuesen amigos, y à la noche vino M. de Brederoda y les demas à cenar con el obispo; àntes de cenar se metiéron en un aposento M. de Carabray, Egmont, Hochstrate, Culemboui^ y Brederoda, y estuviéron bien una hora alla dentro, en donde deviéron de tratar de reconciliacion, y saliéron à cenar y no estubiéron média hora & la tabla que luego se &é cada uno à su casa. Esto es lo que me a contado M. de Culembouiç. De qualquier manera que sea a sido muy ruyn negocio y muy desyergonçado, y que sonàra muy mal aun inier barbaros, quanto mas entre christianos.
TRADUGTIOIC.
jour suivant, M. d'Egmont alla diner seul avec Févéque et chercha à le calmer; le soir, M. de Bréderode et le reste de la compagnie vinrent souper avec le prélat Avant de se mettre à table, MM. de Cambrai, d^Egmont, d'Hoogstratten , de Culembourg et de Bréderode passèrent dans un appartement séparé , où ils restèrent seuls environ une heure, occupés sans doute de la réconciliation; ils en sortirent ensuite pour souper, et, après être restés à table une demi-heure à peine, chacun s*en retourna chez soi. Telle est la version de M. de Culembourg. De quelque manière que la chose se soit passée, c'est une afiaire déplorable, honteuse, et qui déjà révoltante inter harbaros, le devient au dernier point parmi des chrétiens ^
* Voir aussi sur cette scène scandaleuse subséquente, du ^à mars (Md. XVU, 90
la lettre d'un anonyme et celle de Bordey ^ 9^ ) « Pj^ro Lopei désigne le comte de
au cardinal , cette dernière du 1 2 , et Tautre Hoogstratten comme le véritable auteur du
du 3 février précédent. ( Mémoires de Grah- scandale. relie, XVI, i65 et 2^1 .) Dans une dépêche