Papiers d'état du cardinal de Granvelle
Monsieur, j'ay ce matin receu des lectres de messrs de la court l qui me ont envoie copie de celles que leur ont escript messrs de Fribourg et de leur responce, et m'en a escript monsr de Gastel, ainsi que verrez par la copie des siennes, cy-joincte avec les dessusdictes ; c'est conformant à ce que (comme avez entendu) messrs les gouverneurs de Besançon m'en escripvirent cy-devant, de la persuasion qu'entendoit faire l'ambassadeur du roy2 envers messrs des lighues. Vous véez que nul des autres quanthons n'en escripvent, sinon lesdicts Srs de Fribourg, et que leur lectre est de si longue date que du xne du passé , sans en avoir depuis entendu aucune chose d'autre coustel ; et si tiens que monsr de Chastelroillaud en heust bien lieu quelques nouvelles dont il n'eust failly m'advertir, suivant ses bonnes coustumes, par où je n'en sçay quasi bonnement que résoldre, sinon dire que lesdicts Srs ne le font sans quelque occasion. Je tiens que lesdicts Srs de la court vous auront adverti du tout : et toutesfois n'ayje voulu faillir vous envoier encoires les susdictes copies par manière de duplicat, vous priant me faire entendre vostre bon advis sur le
1 (Du parlement, à Dole.) 2 Le sieur de Marche-Ferrières.
tout, et mémorer, s'il vous pi et, quelque mynute de ce qu'il vous semblera j'en doige escripre à l'empereur ou autre, si congnoissez estre requis; car lesdicts Srs de Fribourg ny autres ne m'en ont point escript. J'ay fait response ausdicts Srs de la court conforme à cecy, et que l'on pouvoit bien penser que telle emprinse1, si elle se faisoit, ne seroit du sceu ou consentement de ceulx de ce pays, qui de leur pouvoir y vouldroient obvier et à telz passaiges, autant qu'il leur seroit possible, pour le bien et repoz dudict pays et observance de la neutralité; et fust esté plésir qu'on en beust beu advertisseni ent au temps du parlement du maistre des comptes Viron, car ce beust esté meilleur moien pour le faire entendre et à mendres fraiz, cbose que l'on a ton sj ours recommandé, selon que savez. J'en escripviz doiz le commencement à monsr de Cbastelroillaud et au trésorier de Salins, en adjoustance de leur instruction pour le véaige des ligbues; mais leur cbarge n'est encoires exécutée, et vous prie m'escripre semblablement qui il vous semblera Ion doige envoier, aussi où se prandi ont les deniers et comment; à ce que j'en eosuyve vostre bon advis : car vous savez la peine où l'on est d'estre sans receveur général , et que l'on ne scet bonnement à cuy s'adresser pour les affaires. J'ay ce jourd'buy parlé à ung personnaige de ce lieu venant du coustel de Paris qui m'a dit comme en ces festes de Pentbecouste le roy y estoit, et la royne est escoucbée d'une lille2; monsr de Nevers3 est à Cbaulmont, aussi madame de Nevers et beaucop d'autres bons personnaiges, et sont quasi tous les jours à courir le cerf, sans qu'il soit nouvelle de gendarmerie à présent, depuis ledici Paris jusques à Lengres, où que ledici Sr de Nevers n'a encoires esté, combien on l'y attend de jour à autre; et les bandes qu'estoienl silices lisières et en Montsaulgeonnois partirent doiz il y a buit jours,
' Il s'agissait sans doute du passage, s François Pr, duc de Nevers, descen-
par le comté de Bourgogne, de soldats daflt de Philippe le Hardi, duc de Bour-
enròlés au service du roi de France, sous gogne. Il avait épousé Marie de Bourbon -
ta conduite de Scherlel. Vendôme, sœur d'Antoine , roi de Navarre ,
1 Marguerite de Valois, qui devint, en et décéda en i56i. 15-72, la première femme de Henri IV.
et sont devers Neufchastel, en Lorraine. J'espère que si avez quelques nouvelles des pays d'embas, prendrez ceste peine de m'en faire part De Champlitte, le ixe de juing i553.