‹ Papiers d'état du cardinal de Granvelle (volume 3)Chapitre 100 sur 127 · AU CONNÉTABLE DE MONTMORENCY · texte numérisé non relu

AU CONNÉTABLE DE MONTMORENCY

(Ambassades de Renard, V, 96.)

Marseille, ià août [1 556].

Monseigneur, je vous ay dernièrement escript le trouble advenu dedans le chasteau de Nyce, et fait entendre que l'on m'avoit adverty que le prieur de Lombardie estoit prisonnier. Depuis j'ai sceu que, quant à l'emprisonnement dudict prieur, il n'en est riens, mais seulement fut faict prisonnier ung appelé le Sr de Mantón, savoisien, par mandement exprès de don Fernande, qui y envoya deux gentilzhommes, subgects de monsr de Savoye, qui remonstrèrent audict prieur, de la part de l'empereur, comme ledict de Mantón et aulcuns du chasteau menoient quelque praticque. Et fut lors renforcée la garnison dudict chasteau, ledict prieur demeuré chief et capitaine, mais non le plus fort : car la plus grande partie de ladicte garnison sont Savoisiens et Nissardz, qui n'endureront y mectre par ledict prieur gens ayans advantaige sur eulx.

L'on m'escript que aux environs de Nyce ont mis, de la part de monsr de Savoye, gens dedans les forteresses, ce qui correspond à ce que je vous ay escript que don Fernande avoit délibéré s'en saisir; je ne puis encores sçavoir à quelles fins ilz font ces menées. Mais s'il estoit ainsi que ledict don Fernande voulsit mectre à exécution ceste délibération, celaseroit aussi tost fait que dict : car, il est à une journée près de tout ledict pays, oultre que par tout la rivière de Gennes

1 Claude de Savoie, comte de Tende, «fidèle serviteur du roi et ami du pauvre gouverneur et sénéchal de Provence, fut «peuple.» (T. II, p. 2o3, note.) toujours, suivant un auteur contemporain,

ont renforcé leurs garnisons, qui pourroient servir en cest affaire. Le capitaine Thaveines1 est à Antiboul, auquel je mande qu'il face faire bon guet sur ceste frontière-là, et que ce pendant je vous advertiray.

Davantaige, l'on m'asseure , suyvant ce queje vous ay escript par ci-devant, que André Dorie a charge de l'empereur de nous déclairer la guerre de deçà , au cas que nous favorisons et recepvons en ce pays Dargutte-Rays2, ne aucuns des vaisseaulx du Grant-Seigneur, et son ambassadeur, comme l'on m'escript, l'a déclairé à la seignorie de Gennes. Il se dit que ledict Dorie est vers l'Affricque avec ses quarante-deux gallères; et quant à Dargute-Rays , il est arrivé depuis hier ung brigantin venant d'Espaigne, et ay parlé avec quelques gentilzhommes espaignols de dessus, qui m'ont dit que ledit Dargutte, n'a pas Ion-temps, estoit en la coste d'Espaigne, où il a pillé et prins plusieurs gens, et qu'ilz ont entendu qu'il estoit de présent vers une flumaire 3 pour passer vers le saphy et roy de Marroques qui l'a mandé.

Par deux pacquetz du roy ay reçu lettres adressantes au roy d'Argel, queje luy feray seurement tenir; car dedans trois jours part une navirç de ceste ville pour Argel, palronizée par gens de bien, qui est ce qui s'offre pour ceste heure.

Monseigneur, je supplie le Créateur vous donner en parfaicte santé très-longue vie. De Marseille, ce xniie d'aoust.

Si Dargutte-Rays arrivoit en ces mers, nonobstant toutes ces nouvelles, sy ne laisseroy-je à lui faire faire tel traictement qu'il a pieu au roy m'escripre, jusques à ce que aultrement je saicìie son vouloir.

Vostre humble et obéissant frère et serviteur.

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