‹ Papiers d'état du cardinal de GranvelleChapitre 115 sur 153 · RÉPLIQUES DE L’EMPEREUR · texte numérisé non relu

RÉPLIQUES DE L’EMPEREUR

L’empereur scet très-bon grey au roy très-chrestien, son bon frère, et luy mercie affectueusement de la bonne volunté qu’il a desmonstré ès alliances mencionnées en cestuy escript, èsquelles ledi et sieur empereur, dois qu’il fut adverty par feue madame l’archiduchesse et tante, que Dieu face paix qu’elles lui avoient esté proposées , et que nions, l’admirai de France en parfit à sa majesté, avec lectres de la main dudict sieur roy très-chrestien , en la ville de Plaisance, lorsque la paix fut jurée , désiroyt volentiers d’envoier plain pouvoir à ladicte dame l’archi duchesse , pour entendre à celles qui seroient trouvées convenables , sans

chose par escript.qui depuis fut signifié au roy, luy estant à Cambray, lequel , pour le singulier désir et affection qu’il a de vivre en perpétuelle amitié avec ses bons frères , l’empereur et le roy des Romains, et de conjoindre et estraindre leur amytié d’un lyen indissoluble, se condescendit de très-bon cueur et de franche volunté au contenu dudict mémoire; et quelque temps après luy fut rapporté que son bon frère l’avoit sensiblement pour agréable, qui luy fut ung si grand aise et contentement que plus ne pouvoit estro. Et pour y mectre une fin et conclusion , envoya en Flandres le général bavard par devers feue madame l’archiduchesse, avec suffisans mémoires et instructions pour prendre une finale résolution ; et sur cela ledici sieur roy a veu et bien entendu les responces à luy faictes et après baillées par escripl par ledict sieur de Prael, ambassadeur dudict empereur, de la part de son maistre.

Et pour la réplique de ce que dessus quant au mariage de nions, le daulphin et de madame l’infante d’Espaigne, ledict sieur eust esté merveilleusement ayse et content que ledict mariage se fust faict, pour l’affection

1 ( Demeurera ?)

plus de considération , ny s’arrester à la disparité que peult estre des eages. Et ayant entendu la charge du général Bayard , pour estre survenu le trespas de ladicte dame archiduchesse , n’a voulu ledict sieur empereur délaisser d’en respondre et faire entendre plainement son intention par ledict sieur de Praet , par laquelle ledict sieur roy très-chrestien , son bon frère , a peu congnoistre la correspondance de bonne affection à la direction et bon effect desdictes alliances, non point pour plus estroict lyen d’amytié d’entre eulx, qu’il tient, selon les traictez faiz , attenance d’entr’eulx et mesmes avec l’alliance de la royne très-chrestienne, estre et debvoir demeurer entière , sincère , ferme et indissoluble à tousjours, et qu’elle se derniera 1 et suyvra et observera entre leurs successeurs, comme ledici sieur empereur le désire sur toutes choses; mais afin de riens délaisser que puisse empourter satisfaction et tesmoingnaige en tout et par tout de bonne et cordiale volunté que, comme qu’il soit desdictes alliances , ne fauldra en riens quelconques, en l’endroit dudicl sieur empereur et du roy des Romains son frère , envers ledict sieur roy trèschrestien et les siens.

Il semble que l’excuse faicte de la part de l’empereur sur le mariage proposé d’entre monsieur le daulphin et la princesse infante d’Espaigne, pour raison de celluy desjà traicté entre ledict sieur le daulphin et la princesse

et amour fraternelle qu’il a envers icelluy sieur empereur, son bon frère ; et fault entendre une chose que, quant au traicté de Madri! , ouquel est faicte mention du mariage de mondit sieur le daulphin et l’infante de Portugal, ledict sieur n’a pas esté le premier qui s’est advisé de parler du mariage d’icelluy sieur daulphin et de madicte dame l’infante d’Espagne , ains fut cela projecté de mesdictes deux dames, ainsi que dit est, ce que ledict sieur trouva lors bon pour les causes plus à plain déclairées ci-dessus, et mesmement que l’on pourvoyoit, en ce faisant, à ladicte dame infante de Portugal de l’ung de messieurs ses aultres enfans; et aussi quant ledict sieur empereur se consentirait , nul ne pourrait prétendre intérest ne injure luy estre faicte , d’austant qu’iceulx sieurs empereur et ray sont seulement contrahans audict traicté de Madril , duquel quand bon leur semblera à eux , se peuvent , quanta ce point, départir. Et treuveroit luy sieur, pour conclusion , beaucoup plus à propos que le mariage de mondici sieur le daulphin se feist avec madicte dame l’infante d’Espaigne que avec celle de Portugal , suyvant ledict pourparlé et ce qu’en a esté dit, de par ledict sieur empereur, par le sieur de la Chaux , luy estant dernièrement par deçà.

infante de Portugal , doibt estre bien prinse, comme convenable à l'honnesteté et raison , et observance des choses traictées; et à bien veoir le traicté de Madril , lesdicts sieurs empereur et roy très-chrestien ne sont seulx contrahans : ains y est entrevenue principale contrallante ladicte royne très-chrestienne, à laquelle, comme mère, l’affaire empourte, voyre pourroit estre grandement imputé , non seulement à elle , pour révérence de son premier mary et considération à la maison de Portugal , mais aussi audict sieur empe reur, à cause de consanguinité et afhnité qu’il y a, de préférer le mariage de ladicte infante d’Espaigne sa fdle à celle de Portugal , puisque mesmes cedici mariage de Portugal a esté ratisfié par le traicté de Cambray. Oultre et daventaige que, à bien peser et à entendre les articles suigans, faisans mention des mariages d’entre messieurs les ducz d’Orléans et d’Angolesme , ladicte infante de Portugal demeure sans party; et jamais ledict sieur empereur n’a entendu que madicte dame l’archiduchesse eust presté l’oreille à Cambray pour desroguer audict mariage lors ratisfié, et moings en eust oncques chargé le feu sieur de la Chaux : car en tous advénemens, l’exigence de bonne amytié et l’importance de la chose requéraient le consentement du roy de Portugal; et confie l’empereur que ledict sieur roy très-chrestien prendra ce qu’en a esté desjà respondu et contenu cy-dessus en la sincère et bonne considération dont le faict procède.

Page 1