‹ Papiers d'état du cardinal de GranvelleChapitre 30 sur 153 · AUX ÉLECTEURS DE L’EMPIRE D'ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

AUX ÉLECTEURS DE L’EMPIRE D'ALLEMAGNE

(Mémoires de Granvelle, I, 63.)

ÎÔIÇ).

Vous avez esté advertis par ci-devant par aucuns noz députez 1 qu’avons envoyés fers vous , et principalement par nostre cousin le

1 Les ambassadeurs de Charles auprès des électeurs étaient Mathieu Lang, évêque de Gurck, devenu plus tard archevêque de Salzbourg; Frédéric,. comte pa-

latin ; Casimir, marquis de Brandebourg ; Eberard, évêque de Liège; Bernard, évêque de Trente; Henri, comte de Nassau; Maximilien de Bergen, Bourcard de Plana ,

conte Henri de Nassau , de la requeste qu’il vous a faict en nostre nom à cause de l’empire qui est présentement vaccant ; et affin que cognoiscez encores mieulx nostre intention et le fond de nostre vouloir de ce que nous muelt à aspirer audict empire, derechicff vous avons bien voulu advertir par ces présentes :

Premièrement, comme sçavez, il at pieu à Dieu nostre Créateur, par bonne , vraye et légittime succession , nous faire parvenir aux royaulmes délaissez par feu, de glorieuse mémoire, nostre bon seigneur et grant-père le roi domp Fernand d’Arragon1, dont à présent, la sienne grâce et mercy2, en sommes paisiblement joyssans. Et pour ce que depuis xl ou l ans en çà, n’at eu roi ne prince chrestien qui at faict tant de guerre à l’honneur, prouffit et utilité de la chrestienté, aux infidèles et ennemis de nostre foy, que ledict roi d’Arragon, et sommes en ce mesme vouloir de suyvre les traces d’icelluy; aussi, il n’y at rien si notoire ne plus vray que si Dieu nous faisoit ceste grâce de parvenir à la dignité et majesté impérialle, nous pourrions tant plus aysément exécuter le bon vouloir en quoy nous sommes ; car ce que nostredict grant-père roy d’Arragon a faict en plusieurs années contre les infidèles, par l’ayde et puissance de ceste noble nation germanicque , nous ferions ung gros exploict sur lesdicts infidèles en brieff temps, avec l’ayde des subjectz des royaulmes et autres païs que possédons à présent. Car nostre vray intention et vouloir est de nourrir et mectre paix par toute la chrestienté, et de dresser tolallement nostre force et puissance à la deffension , conservation et augmentation de nostre foy.

Pareillement , nous vous advertissons que si nous n’estions de la vraye rasse et origine de la nation germanicque , et si nous n’avions bon fondement de patrimoine, terres et seigneuries en ladicte nation, nous ne nous vouldrions aucunement entreprendre ne ingérer d’as-

Cyprien de Serelein, Paul de Armstorff, Jacques de Villinger, Nicolas Ziegler et Jean Renner. Leurs pleins pouvoirs sont datés de Barcelone, le 8 mars i5ig.

L’élection eut lieu le 28 juin suivant.

1 Ferdinand 1e Catholique était mort le 2 3 janvier i5i6.

2 (Par sa grâce et merci.}

pirer audict empire ; mais vous cognoiscez assez que nostre vray estocque et premier fleuron de nostre noblesse vient de la maison d’Austrice , dont à présent nous en sommes vray successeur et héritier; et que, de très-glorieuse mémoire, nostre bisayeul Frédérich troisième , et Maximilian nostre ayeul , nagaires trespassé \ à cui Dieu par sa grâce face mercy et pardon , ont longuement gouverné la nation germanicque en estât, dignité et majesté d’empereur, et de quelle sorte et concluicte nous nous en rapportons à vous et à toute ladicte nation. Si c’est le vouloir de Dieu que soyons leur successeur, nous nous conduyrons en ensuyvant les vestiges d’iceulx, en sorte et façon que la liberté de la nation germanicque, tant en spirituel que temporel, ne sera seulement conservée mais augmentée, tant en général que en particulier, dont espérons que nous n’en aurons reprosche devant Dieu, ne le monde : et s’il y a chose préjudiciable à ladicte liberté germanicque , vous promettons en foy et parolle de roy, de la redresser et mectre en son estât deu , comme il appartient , et n’y espargnerons nostre corps , noz estatz et biens

1 Maximilien décéda le 12 janvier i5i9, à l’âge de soixante ans. Il était lils de l’empereur Frédéric III et d’Eléonore de Portugal.

papiers d’état. — i.

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