DU DUC DE LTNFANTADO A CH ARLES-QU INT
20 juin 1528.
Sacrée majesté catholique et impériale , votre lettre que j’ai reçue m’a fait connaître vos ordres. En vérité , si mon âge le permettait, je préférerais prendre pour mon propre compte l’affaire dont il s’agit, plutôt que de donner mon opinion sur une chose qui, déjà fort grave lors même qu’elle n’intéresserait que l’honneur du moindre des hommes , le devient encore bien plus lorsqu’il est question du plus grand prince de la chrétienté. Ce n’est donc point à titre d’avertissement que je vais exprimer mon avis, mais comme indication pure et simple de ce queje ferais moi-même en une circonstance analogue : c’est à son courage , à sa prudence seuls que votre majesté doit demander ici conseil , et aux personnes aussi
nombre de consejo , mas como aviso de lo que yo haria si tal caso por mi passára con otro de mi medida, diré á vuestra magestad mi opinion, y el consejo quedará para la gran prudencia y coraçon de v. magestad y para los que mas esperiencia y juicio alcançâren en estos vuestros reynos , que serán muchos. Y digo , muy poderoso sor, assi que esta cosa presuppongo que por mí a passado, y este con quién tengo debate me a desafiado, diciendo que dije á sus mensageros palabras que tocaban á su honnra, que era no aver cumplido lo que conmigo avia assentado, lo qual si él dijesse que si le mantendria lo contrario , él me responde que entrará en battalla conmigo para me defender lo que digo , de manera que está aquí la averiguación de lo que dije, y de lo que él dice que me defenderá. A mí, sor, me parece que ni yo pido justo en lo que dije , ni él en lo que me responde , porque la declaración desto no está en el juicio de las armas, mas está en la verdad de las escrituras que entre nos otros an passado, y en el juicio de sabios y caballeros ; porque este debate es claro y descubierto que qualquier buen juicio lo averiguará, y la averiguación
TRADUCTION
éclairées que remplies d’expérience qui se trouvent en grand nombre dans son royaume.
Je suppose donc pour le moment que c’est de moi qu’il s’agit : l’homme avec lequel je suis en contestation m’a défié parce qu’il me reproche d’avoir dit aux envoyés de sa part des paroles qui le blessent dans son honneur, telles , par exemple, que de l’accuser d’avoir manqué aux conditions arrêtées entre nous; je lui réponds que s’il persiste dans une telle imputation, je lui soutiendrai le contraire l’épée à la main , et lui à son tour réplique en me défiant à un combat singulier, pour prouver ce qu’il avance ; de manière que c’est aux armes à trancher la difficulté qui nous divise sur ce que j’ai dit ou n’ai pas dit.
Il me semble, seigneur, que nous avons tort tous deux, moi dans ma demande et lui dans sa réponse, parce que la décision d’un tel différend ne doit point être remise au sort des armes, mais dépend uniquement de l’existence et de l’authenticité des traités faits entre nous , ainsi que de l’arbitrage des hommes de science et d’honneur consultés sur ce sujet. Il estcteir en effet qu’un jugement sain suffit
PAPIERS D’ÉTAT no es jurisdicción de las armas, que en lo que las armas tienen jurisdicción es en las cosas escuras y encubiertas que no se pueden justamente declarar, y estas tales son del juicio de las armas, porque allí Dios, que es el verdadero juez, acclara y descubre la verdad, dando la vitoria al que la trae. Pero donde ay palabras y escrituras por donde se puede muy bien averiguar y jusgar, no me parece que justamente ay lugar de venir á las manos con mi enemigo, sin que primero la declaración y averiguación se haga por los términos que el mismo debate requiere y demanda, porque lo al seria soberbia é injusta demanda é injusta respuesta. Pero averiguado esto, y acabado por estos términos que é dicho, daria yo á mi enemigo que él buscasse nunca querella, y á esta yo le satisfaria por la manera y medida que él quisiesse, si tanta gana tenia de berse en campo conmigo; y esta ley y la ternia entre caballeros como yo y passaria por ella assy.
TRADUCTION
pour terminer la contestation, ce que les armes ne sauraient jamais faire. La juridiction des armes s’étend exclusivement aux choses obscures et embrouillées , où les règles ordinaires de la justice sont en défaut : c’est dans des cas pareils que l’on y a recours, parce qu’alors Dieu, qui est le juge infaillible, manifeste la vérité en donnant la victoire à celui qui a le bon droit de son côté. Mais dès lors que je puis invoquer des serments et des actes authentiques, je ne pense pas qu’il me soit permis d’en venir aux mains avec mon adversaire, avant d’avoir au préalable employé les voies ordinaires de la justice. Toute autre conduite serait illégale et violente. Après m’être ainsi conformé aux règles , j’ôterais à mon ennemi tout prétexte à une nouvelle querelle, en lui donnant satisfaction de la manière qui lui conviendrait le mieux , s’il voulait absolument entrer en lice avec moi.
Telle me semble devoir être en pareil cas la règle de conduite des personnes de ma qualité , et je serais le premier à m’y soumettre. J’ignore si, pour ce qui les concerne , des princes aussi puissants que vos deux majestés, la reconnaissent, mais il me semble, suivant mes faibles lumières, que cette loi de l’honneur s’applique aux princes, quelque grands qu’ils soient, aussi bien qu’aux chevaliers, et que la différence de rangs n’en établit aucune quant au résultat. Il serait vrai-
No sé si la de los príncipes tan poderosos como v. magestades excede á esto , pero de mi mal juicio creo, poderoso señor, (pie esta ley de honnra se estiende á los príncipes por grandes que son, y á los caballeros que somos de una misma maña, y no difiere en la calidad á uno mas que á otro. Bueno seria, señor, que deuda tan grande y tan nombrada en el mundo y sabida, que el rey de Francia os la pague con desaliar va real persona ; desta manera si esto assy pasasse , haría ley vuestra magestad en sus reynos que todas las deudas conocidas passen por el rigor de las armas, lo qual seria sacrificio de sangre mas que ley de misericordia ni de justicia. Todo esto escribo á v. m8d porque ayuda á mi propósito, á laquai supplico crea de mí que si yo otra cosa alcançasse mas cercana á la verdad, yo avisára á v. m8d con la fidelidad que os debo, porque esto en parte de lealtad á todos los grandes de vuestros reynos nos toca.
TRADUCTION
ment singulier, seigneur, qu’une dette aussi grave, aussi universellement reconnue que celle contractée par le roi de France envers votre majesté fût acquittée par le moyen d’un duel. Si un fait semblable pouvait s’accomplir impunément , bien des individus ne pourraient-ils pas s’en autoriser pour soumettre au jugement des armes le payement des dettes les plus évidentes, ce qui serait plutôt un sacrifice de sang qu’une loi de justice et de miséricorde?
J’entre dans ces détails avec votre majesté, parce qu’ils se rattachent à mon sujet, et je la supplie de croire que si je connaissais quelque chose de plus à propos dans la circonstance, je lui en ferais part avec la fidélité que je lui dois, parce que tous les grands du royaume sont également intéressés à l’observation des lois que l’honneur dicte en pareil cas.