DE L'ABBÉ DE SAINT-SIMON
AU CARDINAL DUBOIS
A Villalmanzo, le 17 décembre 1721.
Monseigneur,
La part que V. E. veut bien prendre a ce qui regarde M. le Duc de St-Simon et la place que les bontés de S. A. R. et Tamitié de V. E. lui ont procurée icy ne me permettent pas de différer un moment de lui rendre compte de Tallarme que nous avons eti et dont nous ne sommes pas encore quittes. L. M. C. etoient parties de Madrid comptant n'arriver a Lerma que le 43 Dec. au soir; M. de St-Simon s'etoit arrangé sur ce pied la pour se trouver le même jour a la descente de leur carrosse; a Valladolid nous apprîmes que L. M. G. avoient avancé leur journées et qu'elles dévoient arriver le 1 1 . Cette nouvelle fit prendre a M. de St-Simon la resolution de partir le lendemain à la pointe du jour, au lieu de séjourner a Valladolid comme il l'avoit projette pour se reposer de la fatigue outrée dont il étoit excédé. Pour pouvoir arriver en même temps que L. M. il fallut forcer % jours de marche, qui achevèrent de l'excéder, de façon qu'en arrivant icy il fut pris d'un grand mal de tête auquel la fièvre succéda et ensuitte une assez grande sueur a la fin de la quelle il parut quelques rougeurs, qui firent soupçonner du venin. Dans ce premier moment je fus a Lerma avertir M. le M. de Grimaido et le P. Daubenton de la crainte ou nous étions. Je dois a cette occasion rendre compte a V. E. de tout ce que je reçus de politesse et d'offres obligeantes de leur part, et de marques de bonté de L. M. a qui ces deux
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personnes en furent sur le champ rendre compte ; le Roy ordonna sur le cbamp que son P. Médecin allai sar le moment s'enfermer avec M. de St-Simon, et qu'on Taidat do tous les secours possibles; quelque représentation qu'on lui fit qu'il ne lui restoit ni a la Reine aucun autre médecin, cet ordre subsista avec les témoignages les plus flatteurs de bonté pour M. de St-Simon ; depuis ce premier moment L. M. C. ont témoigné toute Tinquietude possible de sa santé.
Depuis l'irruption de la petite verolle, le pen d'accidens qui avoient précédé, comme le mal de tète et l'assoupissement, ont absolument cessé, la fièvre a toujours été en diminuant, et ne reste actuellement que dans le degré nécessaire pour soutenir l'effort de la maladie. Nous regardons aujourd'hui la maladie comme finie, ou au moins l'état actuel de M. de St-Simon nous est un sur garant d'une heureuse issue; il ne reste plus d*inquietude a M. Higuins P. médecin. Après avoir rendu un compte exact a V. E. de nos allarmes sur M. de S.-S.,je la supplie d'agréer quo je lui fasse part des mesures que je prends pour empêcher que la triste nouvelle de ce qui nous arrive ne vienne a M** la D. de Si-Si mon par des voies indirectes et qui seroient capables de la jetter dans des horreurs infiniment préjudiciables a sa santé et peut être a sa vie. Je me flatte que V. E. entrera d'autant plus volontiers dans les vues que j'ay Thonneur de lui proposer qu'elle n'ignore ni la façon dont M. et M** de St-Simon vivent ensemble, ni la sensibilité excessive qui a plus d'une fois réduite M"*' de St-Simon à^des états pitoiables dans les diflerents malheurs qui lui sont arrivés.
Je compte faire partir, samedi SO, après midi, un courrier qui doit arriver a Paris, vendredi S6, a l'entrée de la nuit, au plus tard ; mais dans la crainte que quelque contre temps ne retarde Tarrivée du courrier, et qu'il ne soit précédé par Tordinaire» j'ai l'honneur d'écrire a Y. E. pour la supplier de la part de H. de S.-S.« avec la dernière instance, de vouloir bien faire retarder la distribution publique des lettres d'Espagne de quelques heures jusqu'à Tarrivée de notre courrier qui descendra a la porte de Y. E. ^.
1. Voir la lettre de Saint-Simon datée du 13 Janvier ITtt, dans laquelle le Duc remercie Dubois d*avoir fait retarder la distribution des lettres dans Paris pour que la nouvelle de la maladie de son mari B*arriv&t pas brusquement à la duchesse.