‹ Papiers inédits du duc de Saint-SimonChapitre 32 sur 91 · Volume 308. De la main du Duc · texte numérisé non relu

Volume 308. De la main du Duc

moy et, qu'encore que jy doive les honneurs et les prévenances sans nombre et sans exemple que j'y reçois au caractère et a la commission dont je suis honoré, je ne laisse pas de remarquer très distinctement que j'ay eu le bonheur de m'en acquitter au gré de L. M. G. Outre ce qui est rendu au personnage, je vois dans le Roy et la Reyne d'Espagne une attention de bonté suivie qui tiendroit un volume a vous en marquer touttes les distinctions personnelles. Je me contenteray de vous faire remarquer qu'ils ne me voyent jamais aux rares moments de cour sans me parler, que la Reyne m'ordonna avant hier, sur une honnesteté que je luy fis à l'occasion d'une audiance de l'Ambass'" de Malthe, de la voir quand je voudrois sans m'arrester aux usages et de ne pas craindre d'abuser de cette liberté ; quelle, n'y le Roy, ne m'ont point veu sans me demander avec un air naturel d'empressement et d'inquiétude des nouvelles de mon fils et entrer dans tous les détails, jusque la qu'hier, au miUeu de sa joye et de la lecture des lettres que le courrier avoit apportées et dont il estoit uniquement question, elle s'interrompit tout a coup pour me demander de ses nouvelles et demeura assez de temps sur ce propos avec un air d'agitation et d'inquiétude. Ils arresterent hier un courrier de ma livrée sur leur chemin pour en savoir des nouvelles et me firent renseigner par luy leur joye de ce qu'il m'en apportoit de bonnes.

Elle s'est informée avec empressement si j'estois content d'eux et a mis des gens en campagne pour le scavoir, enfin un air de bonté, de sincérité, de familiarité, d'estre à l'aise avec moy de suitte, des prévenances.

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des façons si je l'ose dire d'amilié de l'un et de l'autre me repondent qu'ils seront très aises d'avoir a obliger S. A. R. en me faisant les grâces en question et qui sont icy attendues pour le moins autant qu'a Paris sans qu'il y ait un mot de vérité a ce qui a été mandé la dessus a V. E. avant mon départ et qu'elle voulut bien avoir la confience de me monstrer.

Je dois ajoutter qu'outre la p""^ visitte que personne sans exception n'a refusé de me rendre ce qui va au personnage quoy qu'inusité pour plusieurs, et les p" compliments au Palais, je n'y puis paroistre un instant que je n'y sois aussy tost environné de ce qu'il y a de plus grand avec un empressement qui est toujours le mesme, que les visites redoublent, que la santé de mon fils a fait l'occupation de tout le monde, que M. le Duc d'Arcos m'envoya avant hier une bouteille d'un remède pretieux sans que j'y eusse pensé et qu'il est vray qu'il ne se peut rien ajouster à mes attentions pour plaire n'y aux marques que reçois que j'ay le bonheur d'y réussir.

J'en dirois davantage a V. E., surtout, a l'égard de M. le M. de Grimaldo et d'une autre personne qu'elle aime mais qui m'a précisément demandé de ne le point nommer dans mes lettres et que vous saurez bien deviner, si je ne me souvenois d'un conte ridicule de feu M. de Senlis qui disoit que M. le Prince estoit le meilleur homme du monde, qu'il lui faisoit mille amitiés, qu'il le venoit voir et cela pour lui mesme sans que ce fust a cause de son frère. Je crains donc de tomber dans ce mesme ridicule ; mais je vois par l'honneur de vostre lettre que les bontés de S. A. R. attendent un

véhicule d'icy pour m'y faire ressentir l'effet si principal pour moy dont il luy a plu de m'asseurer de sa part et aux vostres d'y mettre le sceau.

Je dois donc vous rendre compte de ce qui se passe icy a mon égard, et, dans une circonstance pareille, je ne dois pas moins la vérité a moy mesme qu'a V. E.

J'ose donc me promettre par l'extérieur que je vois que les dépesches de cette cour ne contiendront rien qui empêche un prompt effet de l'amitié de S. A. R. et de la vostre ; je n'ay point l'honneur de luy escrire que en badinerie légère; je compte entièrement et franchement sur vous et je m'attends avec une ferme confiance que vous ne commencez point aussy parfaittement un ouvrage pour ne le pas achever, de mesme que vous n'ignorés point le qui cito dat bis dut, et que ne trouvant icy rien moins que des obstacles personnels, une conjuncture aussy unique, des grâces déjà répandues sur M. de Maulevrier, je ne tarderay pas a éprouver les vostres que je recevray de la main de V. E. avec une double joye et une reconnaissance sans borne; je la conjure d'y compter absolument et elle me connoist d'assez longue main pour ne pas doutter qu'elle ne le puisse, ainsy que sur mon attachement le plus inviolable et le plus respectueux

Le Duc de Si-Shnon.

J'oubliois deux choses : l'une que la Reine a témoigné souhaitter que dans le choix qui me seroit donné dans le voisinage de Lerma je prisse le lieu le plus proche sans égard au plus commode pour que je pusse les voir

plus souvent mais sans vouloir que cela parust venir d'elle pour ne me pas gêner ni incommoder, et a esté ravie d'apprendre que des auparavant j'avois déjà préféré la proximité a toutte autre condition

L'autre : que deux seigneurs se sont très spécialement distingués icy en cette occasion, M. de Bedmarpar des effusions de joye et de reconnoissance pour la France et d'attachement pour elle, M. de Popoli par beaucoup de reserve. 11 est l'unique qui se soit contenté de m'envoyer un compliment sous prétexte d'assiduité près du Prince; j'en ay usé de mesme avec luy.

Ce 29 a 10 heures du soir.

Les expéditions que Y. E. trouvera cy-jointes ne font que de m'arriver, ce aussy tost je ferme le paquet : j'envoye le courrier qui vous le porte par le lieu ou est cette cour afïïn qu'il se puisse charger dd ce que M. le M. Grimaldo voudra vous écrire et des réponses qui seront peut être faites a ce que votre courrier a apporté.

M. de La Farre arriva hier, et a dis né avec moy, aujourd'huy M. de Liria me la enlevé icy; je m'en remettray en possession a Lerma.

Mil très humbles et très sincères respects.

XXYl

AU CARDIXAL DUBOIS*.

De Madrid, 30 novembre 1721.

M. le M. de Maulevrler prit hier la peine de me venir apporter tout tard le contract original et les autres expéditions ce concernant et me pressa de faire partir le courrier. Je voulus attendre que j'eusse receu de M. le M. de Giimaldo les réponses a ce que le dernier courrier de V. E. a apporté, mais il me dit que ce ministre s'attendoit que le mien passeroit ou il se trouveroit a la suitte du Roy d'Espagne pour prendre de lui mesme les dittes réponses et qu'il le lui avoit écrit ainsy le matin mesme, a luy M. de Maulevrler.

Je despechay donc mon courrier aussy tost avec ordre d'aller trouver M. de Grimaldo et de ne pas passer outre avant qu'il n'eust receu les siens. Actuellement je reçois une lettre de M. Grimaldo qui ne m'en dit pas un mot et qui m'envoye les réponses a ce que vostre d' courrier a porté icy et me prie de les joindre a mon pacquet pour les envoyer par mon courrier ; ce contre temps le retardera de 2â heures, car je ne puis autre chose qu'espérer que M. Grimaldo recevant mon courrier despéché cette nuit verra par la lettre dont je l'ay chargé pour luy que je compte qu'il l'attend pour luy donner ses despeches et fondé sur quoy j'y compte

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