AU MARQUIS DE GRIMALDO
Le !'='■ décembre 1721.
Monsieur
M. le M. de la Farre capitaine des gardes de Monseigneur le duc d'Orléans, a esté, comme vous sçavez, dépêché icy, par ce prince, vers L. M. G. pour avoir l'honneur de leur faire les compliments de sa part sur les occurences présentes, suivant l'usage appartenant a
1. Volume 299. Minute conservée en double et avec force ratures par Saint Simon qui paraît s'être donné beaucoup de mal pour écrire une lettre qui ne voulût rien dire.
son rang, et plus encore pour témoigner l'extrême et respectueuse gratitude de l'honneur qu'il a plû a L. M. G. faire a la Princesse sa fille de la choisir pour épouse de Monseigneur le Prince des Asturies ; c'est ce qui a engagé M^'" le Régent a désirer, que cette reconnaissance se produise au dehors par des actions de grâces publiques de sa part.
Il a l'honneur d'estre de la même maison et famille que S. M. G. et d'avoir esté, a ce titre, traitté comme Infant d'Espagne quand il y est venu.
La qualité de frère qu'il a l'honneur de donner aux héritiers présomptifs de couronnes, qui la reçoivent de luy sans difliculté, est une distinction si singulière, et si relevée, qu'il ne s'en peut une plus grande dans un prince qui n'est pas Roy.
Touttes ces raisons me font espérer que le Roy d'Espagne voudra bien recevoir publiquement M. le M. de la Farre, non pas avec les honneurs des Ambassadeurs des testes couronnées, qu'il ne peut prétendre, mais bien avec ceux que Y. E. jugera les plus convenables dans l'occurrence présente.
G'est a l'affection que V. E. a fait paroistre pour porter l'union présente au point ou nous avons la joye de la voir, a son respect pour l'Auguste Maison du Roy son maistre, et a tout ce que meritte un prince qui a mamtenant l'honneur d'estre admis dans celuy des bonnes grâces et de l'aUiance si intime de S. M. G., que j'espère que V. E. voudra bien accommoder son expérience sur le cérémonial pour que la réception reponde a la conjoncture présente. Les intentions de V. E. sont si pures en tout, sa dehcatesse si exacte et ses viies si
justes, qu'en si abandonnant, on ne peut jamais manquer, et je le fais avec d'autant plus de confiance que, celle du Roy d'Espagne ne pouvant estre plus hautement marquée pour M. le Duc d'Orléans par l'alliance qu'il luy fait l'honneur de prendre avec luy, V. E. ne sera point détournée par le service de S. M. G. de le faire honorer par elle en tout ce qui sera possible ; je croysmême me pouvoir flatter que le Roy et la Reine d'Espagne voudront bien s'y porter d'eux-même, et par amitié personnelle et la confusion de leurs ennemis communs, et par lagrandeur de Maisons qui sçavent entendre et sentir avec tant de justesse et de dignité. Je crois pouvoir asseurer Y. E. qu'en même temps que rien n'est plus grand pour S. A. R. que l'honneur de cette alliarrce, si directe avec L. M. C, rien aussy ne luy sera plus doux que d'en éprouver des suittes si sensibles, et que Ms"" le Régent sçaurâ un gré infini a l'adresse des expédients que vous sçauriez bien proposer, et aura une reconnu proportionnée à la bonté du Roy d'Espagne a les vouloir bien prendre.
Après avoir eu l'honneur de m'expliquer ainsy confidament a Y. E. comme au plus digne instrument de cette union, qui fait toutte notre joye commune comme elle sera nôtre commune grandeur, j'abandonne tous les détails de l'exécution, avec cette même confiance, a la bonté de L. M. G. et a la sagesse et aux bonnes intentions de Y. E. Après de telles viies, je n'ay garde de me flatter, qu'un regard jette sur moy put y aider de quelque chose, n'y avoir assez meritte auprès d'elle pour qu'elle put se représenter, a cette occasion, a quel point elle me touche personnellement, par mon atta-
chement, si particulier a S. A. R. et par la nouvelle et infin'* reconnaissance que je luy dois, de l'employ, si flatteur en tout genre, dont elle m'a fait honnorer icy par le Roy mon Maistre, et qui m'y rendra témoin presque occulaire de lareception de l'envoyé de S. A. R. pour lequel l'ordre que V. E. a envoyé, a M. le M. de la Farre, de joindre et de suivre la cour m'est d'un très bon augure.
Je supplie Y. E. de trouver bon que je commence déjà a luy faire icy mes très humbles remerciments de cet empressem' de voir M. le M. de la Farre, d'en vouloir bien porter ma reconnaissance avec mon très profond respect aux pieds de L. M. G. et d'estre entièrement persuadé des sentiments avec les quels je vous honnore et suis parfaittement, M-"", de V. E., etc.
Le Duc de St-Sùnon.