I. Volume 314. De la main du Duc
reconnoissance et plus que le nec plus ultra de mes finances, de l'impatience de M' de S. Simon et de la mienne, je serois extrêmement embarrassé et affligé s'il me falloit rester plus longtemps. Vous sçavez que vous m'avez accordé de n'estre chargé d'aucune affaire pour n'estre point arresté par leurs suiltes et leurs queues après le mariage. Je n'en ay donc aucune entre les mains; M. de Maulevrier a continué toujours de les faire comme il avoit accoutumé avant mon arrivée; c'est luy qui en a le fil et la suitte tant pour les Iraitter, s'il demeure, que pour en mettre un successeur au fait, si vous lui en destinez un. Encore que j'aye receu mes lettres de créance et toutte liberté vous avez sur moy la double autorité de voslre Ministère et celle de vos bienfaits. Quoy que je respecte la première, je redoutte bien plus la seconde contre la quelle je n'ay que vous même comme défenseur. N'en abusez donc pas, je vous en conjure, et couronnez les par un retour dont la promptitude ne m'est pas moins effectivement nécessaire qu'elle est désirée ardamment. Je me flatte néanmoins que je ne trouveray rien dans les dépêches que V. E. m'annonce qui m'arreste plus que quelques jours aux termes propres de sa lettre et que je ne me trouveray point dans la nécessité d'attendre la réponse de celle-cy.
Vos bontés ingénieuses en tout ont sceu me frayer icy un chemin de roses qui joint aux grâces du jJ^sse volant a fait tout mon mérite. Jusqu'à l'acceuil que j'y ay continuellement et généralement receu, jusqu'aux regrets dont on me flatte, tout doit estre reporté en hommage a Y. E. et je le luy fais entier de tout mon cœur.
Après l'impatience de famille et de nécessité, car je me suis réservé la franchise avec vous, après celle de me retrouver auprès de S. A. R., nulle autre ne me presse tant que celle de vous dire moy mesme tout ce que je sens pour Y. E. et a quel point je luy suis tendrement, totalement et respectueusement attaché.
Le Duc de St-Simon.
Je crois sçavoir de bon lieu que l'armement de Barcelonne regarde les Indes. Je présentay, il y a deux jours, suivant vos ordres un mémoire au Roy d'Espagne sur l'affaire qui a amené M. de Coulange icy, en l'expliquant ; il fut favorablement receu et je scay par M. de Grimaldo et par une autre voye que Y. E. sçait ne pas vouloir estre nommée que S. M. C. est bien disposée a cet égard, mais il faut passer par des consultes et un petit coup d'éperon de votre part fera pencher la balance.
M. de la Farre est parti ce matin ; nous avons vescû en grande amitié ensemble et je ne pourrois vous en dire trop de bien si Y. E. ne le connoissoit mieux que moy.
Je n'ay pu voir M. de Grimaldo qu'aujourd'huy depuis sa maladie et dès aujourd'huy je luy ai présenté M. de Ghavigny et ce soir a L. M. C. J'espère que pour le peu qu'il y a qu'il est icy il est content de moy.