Volume
2. Il s'agit ici de Belle-Isle et de la sortie de Noailles du conseil de Rcpence.
fallut insister pour le voir; je luy remis les lettres de V. E. et je îuy dis un mot de ce qui s'est passé a l'arrivée de l'Infante Reine ; il approuva mon voyage a Balzaïn, et que je remisse auparavant, au Prince et a la Princesse qui sont restés a Madrid, les lettres que je venois de recevoir pour eux. Je le fis au sortir de chez luy et je partis hier matin pour un des plus pénibles voyages qui se puissent faire en ce pays-cy, que je sçavay et que je trouvay bien tel, et que 10 heures plustost de l'arrivée du courrier, m'auroit épargné. Je remarque cela a V. E. pour luy faire comprendre que les matières les moins agréables, les montagnes les plus rudes, et les neiges les plus hautes, malgré la saison, que je comptois bien ne pouvoir passer que sur mie mule, comme je fis, ne retarderont jamais mon devoir envers S. A. Pi. et mes obligations envers vous.
Je me trouvay a l'arrivée du Pioy de la Granja, a Balzaïn, Je le suivis dans sa chanibre, avec la Reine, et j'eus l'honneur de luy présenter les lettres dont j'étois chargé, avec la relation de l'arrivée de l'Infante Reine, que je crus luy devoir laisser, pour que la voyant plus a loisir elle luy fit plus d'impression, et de l'entretenir ensuitte, quelque peu. M. le Duc de Larco, m'offrit fort obligeament un lit, mais comme luy même n'a icy que ce qu'il y apporte, et que je ne crus pas que, pour un voyage de deux jours de séjour, il fut de superflus, je pris le parti de le remercier et de venir coucher icy. Mon projet étoit de faire mes lettres en arrivant, et de vous renvoyer le courrier ce matin, mais j'arrivay a plus de 10 heures du
soir, si mort de froid, de faim et de lassitude, qu'il me fut impossible; ce matin, la curiosité devoir Segovie, puisque je m'y trouvois, m'a séduit, et comme d'écrire ce matin n'auroit gagné que 12 heures plus tost que d'écrire ce soir, j'ay cru en pouvoir user de la sorte. Je ne scay si je m'en dois repentir, ou non, parce que le Roy et la Reine, m'ont prié, si ce terme se peut dire, de retarder le courrier pour porter leurs réponses, qui ne peuvent se faire qu'a Madrid.
J'ai eu l'honneur de les suivre toutte la journée dans leurs travaux de la Granja , après avoir diné chez M. le Duc de Larco et de recevoir de L. M. G. à Tord" mil marques de bonté.
Je ne dois rien dissimuler a Y. E. et c''est ce qui me fait luy répondre franchement que la commission qu'elle me donne d'accréditer icy M. de Chavigny est encore plus difficile que vous ne l'estimez vous même. Je ne doulte pas, que les préventions qu'il trouve icy ne soient l'ouvrage de ceux qui ne désirent rien moins que l'union des deux couronnes et des deux cours, en quelque pays qu'ils habitent, et je vous diray a ma honte, que quelque soins que j'aye véritablement pris pour luy applanir ces voyes, tant devant que depuis son arrivée, je n'y ai pas beaucoup avancé. Je me suis bien gardé de luy laisser rien sentir de ce que je vois sur ce qui le regarde pour ne le point dégoûter, et je me remets à ce qu'il vous en pourra écrire, sans que je luy en aye parlé, sur la façon dont je vis avec luy, pour essayer par mon exemple de luy attirer plus d'agréments; il n'a pourtant pas laissé d'estre visité, même par des seigneurs principaux et d'estre receu.
honnêtement, partout ou il s'est présenté; mais la défiance est extrême, et elle augmente a mesure qu'on luy reconnoit plus d'esprit. A l'égard de ce qui ne se voit pas, j'en ay parlé sans affectation, avec estime et avec affection, comme d'un homme qui a les vôtres et qui les nieritte, et avant hier j'en parlay expressément a M. deGrimaldo sur ce pied la; j'ajoutay, que estant sur le point de mon départ, et M. de Maulevrier comptant me suivre de fort près, je ne voyois pas qu'il fut possible que M. de Chavigny ne fut pas chargé des choses de la plus grande confiance, même pendant le reste du séjour de gens qui s'en vont, certainement pendant l'intervale d'Ambassadeur et très vraysemblablement après l'arrivée de celuy qui doit l'être, jusqu'à ce qu'il ait été assez goûté icy et se trouve suffisament instruit pour marcher de luy même. J'ajouttay a ces considérations tout ce que je crûs pouvoir servir au dessin que je m'étois proposé sans pourtant montrer aucun doutte qu'on ne prit en luy icy toutte sorte de confiance. Je souhaitie avoir reussy, mais, ce seront les effets qui feront voir ce qu'on s'en doit promettre. A l'égard du Roy et de la Reine, je n'ay pas assez de présomption pour espérer beaucoup de mon témoignage; mais, quand j'en aurois, il me seroit très difficile de la mettre en usage, parcequ'on ne les voit qu'en Audiance, et que hors de la, on ne leur parle point. A celle que je prendray d'eux en particulier, pour prendre congé, j'auray lieu de m'en acquitter, parceque c'en sera la place naturelle, et je vous asseure qu'alors je ne m'y épargneray pas.
Je puis vous asseurer, avec une vérité exacte et lit-
31Zi LETTRES ET DÉPÊCHES
terale, qu'excepté M™^ de St-Simon qui m'a mandé en un seul mot court et précis les deux faits, et nôtre ami commun qui m'a écrit par Banière, qui que ce soit, sans aucune exception, ne m'a, direct' ni indirectement, rien mandé de ce qui s'est passé au conseil de Régence, et que je n'en ay de ma part écrit n'y fait entendre quoy que ce soit a personne qu'a ces deux la; cela est maintenant trop ancien pour croire qu'on m'en écrive puisqu'on ne l'a pas fait, jusqu'à présent, mais si on le fait, je vous puis asseurer que je manderay tout court et que je ne reponds point la dessus ; il n'y a eu a cette occasion qu'un mot, sans la nommer, de part ni d'autre, de M. le G' de Rohan, a moy et de moy a lui, glissé dans une lettre de luy et dans ma réponse, sur touttes autres choses. Y. E. peut v^oir par la combien j'ay prévenus ses dessins pour ne prendre aucune idée du pays ou je suis, j'ay même poussé cette espèce de religion de silence, jusqu'à joindre tant de brefié et une transition si prompte a autre chose, a la politesse dont on doit toujours accompagner ses réponses que plusieurs personnes de cette cour, qui m'en ont parlés, n'en ont pu tirer aucune justification pour les faits, ny aucune lumière sur ma façon de penser.
Pour ne m'en pas tenir avec V. E. dans les mêmes termes, j'auray l'honneur de vous dire que, independament de ce que vous me faittes celuy de me mander, je ne puis gueres allier, que dans un seul point, !a conduitte de quelques personnes si contraires aux plus chers interests de la dignité dont elles sont revesliies, dans l'affaire qui portoit le nom de M. le Duc de la Force, avec ce qu'elles monlrent aujourd'huy de si sen-
sible, pour cette même dip;nité, dans l'occasion présente ; mais quant a ceux, qui l'ont toujours uniformément soutenue, il seroit difficile de croire qu'ils pussent cesser de penser et de sentir sur cela uniformément, et quand avec tout le respect possible, et touttes les mesures qui sont dues, on s'en tiendra a cela, V. E. écrit trop épiscopalement a ses diocezains, pour pouvoir avoir poid et poid, mesure et mesure; je ne scay point, hors les deux faits, ce qui s'est passé. Je scay seulement, et bien a mes dépens, quel personnage est celuy que vous me désignez, je connois bien l'autre aussy, qu'il a regagné depuis quelque temps; si S. A. R. les a traittés comme ses meilleurs serviteurs, et quelle croye devoir changer de conduitte, a leur égard, il seroit bien douloureux pour ceux qui ne leur ont ressemblés en rien d'être enveloppé dans leur disgrâce, pour une cause commune, et dans la quelle, toutte leur conduitte doit faire connoitre qu'il ont agi de bonne foy. Ce sont la les seules reflections que je puis faire de l'éloignement ou je suis. Y. E. me parle d'une manière trop flatteuse de l'usage dont elle croit que je pourrois être et icy et a Paris. Pour icy, je la conjure de se souvenir, que S. \. R. m'a fait la grâce de me promettre, et vous aussy, que je n'y serois chargé d'aucune affaire de peur que les queues ne me retinssent, et que, mes fonctions faittes, et mes grâces obtenues, par vôtre moyen et par la protection de S. A. R., je reviendrois sur le champ, que dès Lerma, en estât de le faire, ce que j'aurois exécuté sans la méscéance d'un départ au moment des grâces reçues, je n'ay été jusqu'à présent chargé d'aucunes affaires, et que libre
de tout point, j'ay toujours eu l'honneur de vous mander que je partirois en ce temps -cy, que ma famille, que mes finances, que mon impatience, si elle se pouvoit compter pour quelque chose, ne me permettroient pas de diiïerer plus longtemps a profitter de ma liberté et que j'ay siparfaittement compté partir dans les premiers jours de la semaine prochaine que j'étois sorti de chez moy, lorsque Banière y est arrivé, pour commancer mes adieux dans la ville, pour les avoir finis au retour de L. M. C. a Madrid, et prendre d'elles mon audiance de congé immédiatement après.
Pour a Paris, quoy que tout ce que vous me faittes l'honneur de me dire soit très capable de m' enivrer, je conserve neantmolns assez de bon sens pour ne m'y juger pas capable de grand chose, mais tout ce que je puis vous dire, avec la plus grande vérité, c'est que je sens trop ce que je dois a S. A. P». et ce que je luy suis depuis tant d'années, pour que rien puisse alToiblir aucuns de mes sentiments pour elle. Par ces mesmes raisons, je vous suplie d'estre bien pleinement persuadé que rien ne diminuera en moy ma reconnoissance pour vous et ne me séparera de vostre personne. Encore une fois je conjure Vôtre E. d'y compter pleinement et sur mon plus entier et respectueux attachement.
Le Duc de St-Simon.
J'oubliois de vous marquer, que je laissay au M'* del Surco, sous gouverneur du P''*', la relation que vous m'avez fait l'honneur de m'envoyer de l'arrivée de l'Infante Reine, et qu'il me la renvoya, au bout d'une
heure, après en avoir lire une copie, comme je luy avois dit qu'il le pouvoit faire, parceque j'ay cru qu'on ne pouvoit trop répandre ce qui s'est passé en cette occasion.
Samedi 14, a 11 heures du soir.
Dans ce moment, M. le M. de Grimaldo m'envoye les lettres cy-joinles, que j'ay l'honneur de vous depescher sur le champ par Banière.
LYII