SUISSE
Les hommes politiques, en Suisse, discutent s'il convient à la République de prendre part au congrès sur la question romaine.
La majorité paraît résolue de décliner l'invitation, en se fondant sur la neutralité de la Suisse et sur les dispositions formelles de l'article 2 de la consti' tution fédérale de 1848.
PARIS
La Bourse a monté hier, par suite de l'impression résultant de la partie de l'exposé de la situation de l'Empire qui traite de nos finances. On croit à l'ajournemciil d'un emprunt et à la possibilité de suffire aux besoins avec les ressources ordinaires de la trésorerie.
De tft une hausse sur h rente française, et les autres valeurs en subissent l'influence.
€ette hausse serait bi«n plus sensible sans les graves préoccupations qui pèsent sur l'opinion publique.
On est toujours soucieux de l'Italie. Les inquiétudes qui naguère tenaient aux complications allemandes sont aujourd'hui entretenues par les affaires de Rome.
Mais, si vives que soient ces préoccupations, elles le sont moins encore peut-être que celles résultant des dispositions de l'esprit public.
On ne peut, en effet, qu'en être vivement frappé.
Partout c'est un débordement de critiques amôres, de défiances injustes, d'appréhensions inquiètes.
Si l'Empereur a conservé son autorité auprès des masses, on ne saurait nier que, dans les classes dirigeantes, on luit fait une guerre aussi acharnée qu'imprévoyante.
Le respect de l'autorité est affaibli, la calomnie s'attaque à tout.
L'Empereur et l'Impératrice sont le but principal vers lequel sont dirigés les traits les plus empoisonnés delà faction orléaniste.
Il y a à Bruxelles des sicaires de mensonge et de calomnie qui, chaque jour, reçoivent d'agents orléanistes le salaire de leur lâcheté.
Le ton de la petite presse a passé dans les conversations et dans les mœurs ; la chronique scandaleuse défraye les cercles et les salons; les forces conservatrices se divisent et s'abandonnent, et l'on sent au-dessus d'elles les appétits excités, les passions qui fermentent, et une soif immodérée de bienêtre et de jouissances matérielles.
L'œuvre des libres penseurs et de la morale indépendante se poursuit au grand jour ; il suffit de vouloir mourir sans prêtre et être inhumé sans aucune cérémonie du culte pour être exalté par certaines feuilles publiques.
Tout récemment, à Bourges, une femme du peuple, à Orange,'un docteur en médecine, ont ainsi obtenu les éloges de la presse dite libérale et occasionné des manifestations dont le caractère anarchique, en dehors même de toute conviction religieuse, effraye les uns et démoralise les autres. ' Dans la réunion qui a eu lieu chez M. Marie, on s'est surtout occupé de l'attitude que devait prendre l'opposition de gauche au prochain renouvellement du Corps législatif.
Il a été posé en principe que Ton devait s'appliquer à faire prévaloir les idées de conciliation.
C'est sur celte base qur î'on discutera dans la prochaine réunion la composition même de la liste.
On paraît disposé à appuyer à Paris la candidature de M. Thiers et celle de M. É. Ollivier.
Un seul des députés de Paris, M. Darimon, serait exclu. Hier de douloureux accidents se sont produits à l'Exposition universelle. Un homme d'équipe a été broyé sous le poids d'une caisse, deux autres ont été blessés assez grièvement.
-isoles fourneaux du Prince Impérial ont débité hier 34,430 portions, dont ^lf,^98 rations de pain.
Le préfet de police,
J.-M. PlETRI.
Cabinet du PriTct de poHoe.
Paris, le 28 septembre 1869.
PARIS
Au passage de l'Opéra, on escomptait hier en hausse le discours de l'Empereur ei les déclarations libérales qu'il doit contenir, d'après tous les bruits qui circulent à ce sujet.
D'un autre côté, il paraît certain que tout projet de manifestation est abandonné pour le 29 novembre, et l'on s'accorde même à croire que le lendemain sera fort calme. On se demande toutefois avec anxiété ce que va faire la Cliambre et quelle sera l'attitude, quelle sera la force de la majorité. A entendre la plupart des députés, ceux au moins, et c'est le plus grand nombre, qui n'ont point de préoccupations personnelles et d'arrière-pensée ambitieuse, le besoin de rétablir l'union et de marcher d'accord, malgré des dissentiments réels sur des questions particulières, est généralement senti. En présence des périls qui menacent l'ordre social, on s'excite à les dominer par une loyale et patriotique entente.
Mais sur les questions de personnes, les préférences et les répugnances s'accusent et persistent à s'affirmer. Ce que les journaux disent des réunions particulières des membres du Corps législatif, les détails, plus circonstanciés encore, que colportent les chroniqueurs des salons et des journaux jettent une triste lumière sur ces hésitations et sur ces rivalités.
On espère toutefois que la majorité conservatrice issue du dernier scrutift ne sera pas réduite à l'impuissance, et qu'elle ne rendra pas inévitable une dissolution qui pourrait amener de graves événements.
La gauche parlementaire, quoique moins nombreuse, n'échappe pas à ces divisions intestines, et dans les réunions, qui se succèdent, rop[)Osition des vues et des principes amène des discussions prolongées qui n'aboutissent toujours pas à une entente. MM. Favrc et Picard restent à la tête d'un groupe nettement opposé à la politique du radicalisme.
Les partisans de Blanqui, Tridon et ses amis, continuent leurs préparatifs révolutionnaires. Les meneurs assurent que l'organisation est complète et que le jour de l'action n'est pas éloigné.
Le Rappel a vu baisser de moilié son tirage. Le Réveil a augmenté le sien d'un tiers, mais la situation financière de ce journal est toujours précaire.
Le comité électoral de M. Cent, ayant 2,000 francs de dettes, a obtenu que que MM. Bancel, Pelletan et Esquiros feraient à son profit des conférences.
Les réunions privées se multiplient, et, au dire de ceux qui les organisent el
les fréquentent, elles produisent tous les effets des anciennes sociétés secrètes, et fournissent les mêmes moyens d'action.
On joint ici un compte rendu des deux réunions électorales tenues ru« Saint-Martin et boulevard de la Chapelle.
Dans la première, M. Glais-Bizoin, vivement interpellé, n'a point catégori» queraent répondu aux questions qui lui étaient faites sur son radicalisme. On lui a demandé l'engagement de donner sa démission au bout de deux ou trois ans pour remédier à la trop longue durée du mandat. Ces sommations embar rassaient beaucoup le candidat, à qui la patience a fini par échapper et qui a déclaré qu'il serait un trait d'union entre les diverses nuances de la gauche • qu'il irait s'asseoir près de M. Picard. « M. Picard a trahi, » ont crié de nombreuses voix, « et nous ne voulons pas d'un « député qui lui ressemble, s
La séance a été marquée par un incident orageux. Le président ayant aperçu deux assistants qui prenaient des notes, les a mandés au bureau, où ils ont été traînés. Un sieur Nathan a prétendu les reconnaître pour des agents de la préfecture. L'un d'eux a justifié d'une carte d'électeur, l'autre n'a pu en produire, et le président, en le fouillant, a sorti de sa poche un casse-tête. On crie alors de tous côtés : « Tuez-lft, étranglez-le. » Le tumulte est à so? comble. L'individu donne au présideRî son nom et son adresse. Le commissaire de police saisit l'arme et dresse contre le délinquant un procès-verbal qui va être transmis à la justice. Le calme se rétablit enfin, et l'assemblée se sépare à l'heure accoutumée.
On a déji'i parlé, dans les rapports antérieurs, de l'agitation qui se proiu;. dans le département du Nord, des passions politiques qui se mêlent aux récri minations intéressées des fabricants et à celles des ouvriers qu'ils excitent On a signalé l'envoi d'émissaires que le comité belge de l'Association inter nationale a chargés d'exploiter cette situation. Voici les passages les plus saillants d'une lettre qu'écrit à ce sujet un correspondant, qui subit évidemment l'impression du milieu dont il est entouré, et qui présente les choses comme il les voit et la situation comme il la juge :
« Je suis navré de ce que je vois, de ce que j'entends autour de moi. La » méfiance et la désaffection croissent d'heure en heure dans ce pays, et l'on » y parle de la chute de l'Empire comme d'un fait nécessaire, imminent. » Qu'on vous le dise, d'ailleurs, ou qu'on vous le cache, tenez le fait pour » certain.
> Tout le monde dit que M. Leroux a eu la main forcée par M. Rouher dans » cette fatale mesure de la composition de la commission d'enquête. Lui- » même l'a dit; aussi M. Rouher est-il l'objet des plus violentes attaques 9 dans notre presse. Un journal ultra-impérialiste de Roiibaix le traite > aujourd'hui de « Polignac de l'Empire. » Vous avez lu sans doute la lettre » de la Chambre de commerce de Roubaix, si insolente et si menaçante pour » le Gouvernement.
» Une coalition formidable s'organise, contre l'Empire, entre les haines » politiques et les haines économiques.
» H y a quelques jours à peine, dans un- restaurant de Paris, M. de Persi-
» gny (Je crois pouvoir garantir le fait) mettait sa main dans celle de Glals- » Bizoin. L'un contre l'Empire, l'autre contre M. Rouher, je le veux bien; » mais M. de Persigny s'exprimait sur la situation dans les termes les plus '■ alarmants. — N'est-ce point un signe du temps ? »
Le Prifet de polie», J.-M. PlETRI,
cxxxvn.
Lettre de M. Walewski, Ministre des Affaires étrangères, à M. Billault, Ministre de l'Intérieur.
30 janvier 485S.
Mon cher Collègue,
Le sieur Garibaldi, que j'ai connu très-particulièrement dans la Plata, s'adresse à moi pour me supplier de lui faire obtenir la permission de traverser la France afin de se rendre en Angleterre, où il a un fils qui est à la mort. Il me donne sa parole d'honneur que son voyage n'a pas d'autre motif, et il s'engage à ne s'arrêter nulle part en France.
Quoique Garibaldi soit une mauvaise tête, je n'hésite pas à vous assurer que c'est un homme d'honneur; je crois donc qu'on pourrait, sans inconvénient, lui accorder ce qu'il demande. Si vous n'avez pas de raison trèesérieuse pour vous opposer à ce que je lui fasse donner un passe-port à l'effet de se rendre en Angleterre, je tiendrais à ne pas le lui refuser. Il propose lui-même de ne pas voyager sous son nom, mais sous le nom qu'on voudra mettre sur le titre de voyage qui lui sera délivré par notre Consul à Nice.
Veuillez, mon cher Collègue, me répondre un mot sans délai, car le fils de Garibaldi n'a, dit-on, que quelques jours à vivre.
Agréez, etc.
cxxxvm.
Lettre de M. le comte de Lapeyrouse, Préfet du Doubs, au Ministre de l'Intérieur.
Monsieur le Ministre,
Votre Excellence m'a prié de lui faire connaître les fonctionnaires qui Tftlonl activement secondé pendant les dernières élections et ceux dont le concours m'a fait défaut.
Le rapport que j'ai l'honneur de lui adresser concerne exclusivement
messieurs les Sous-Préfets. Je le compléterai par un second travail où j'examinerai la conduite des fonctionnaires des divers ordres.
Je crois devoir, tout d'abord, signaler à Votre Excellence comme ayan. fait preuve d'un zèle et d'un dévouement remarquables M. de Bony, souspréfet de Pontarlier. Déjà, au sujet des affaires de Neuchâtel, j'avais eu l'occasion de reconnaître sa vigilance et son initiative personnelle, mais dans cette circonstance M. de Bony s'est vraiment surpassé ; son arrondissement a voté d'une manière exceptionnelle. J'ose donc, Monsieur le Ministre, recommander c« fonctionnaire à votre bienveillante sollicitude. M. de Bony, qui se trouve <fepuis cinq ans dans une des sous-préfectures les moins favorisées de France, désire un avancement que Votre Excellence ne peufe*' que trouver juste et mérité.
M. Champin, sous-préfet de Baume, a fait preuve, lui aussi, de beaucoup d'activité; il a parfaitement réussi, je dois lui rendre ce témoignage ; mais je ne saurais oublier ce que je mandais à Votre Excellence, le 10 janvier 1856 :
M. Champin, a très-peu détenue
et il résulte de cet ensemble mille bruits fâcheux qui portent atteinte à la considération de l'administration. Dans mon opinion, M. Champin a fait son temps à Baume; il y a rendu des services réels, et je n'hésite pas à proposer à Votre Excellence son déplacement, mais avec avancement.
M. le sous-préfet de Montbéliard a été battu dans trois cantons sur sept, et cet échec, qui ne m'a pas surpris, eût été autrement considérable, si Votre Excellence n'avait eu la sage précaution de modifier sa circonscription. M. Boyer a manqué de sagacité et de jugement ; son tort a été surtout de chercher ses inspirations partout ailleurs qu'auprès de son chef et de consulter ses désirs personnels plutôt que l'opinion de ses administrés. C'est en vain que j'ai cherché à lui ouvrir les yeux.
Aujourd'hui l'arrondissement de Montbéliard est très-divisé, et il n'est pasatk pouvoir de ce sous-préfet, qui a dû racheter son imprévoyance par beaucoup d'énergie et de vigueur, de rétablir l'union dans les esprits. M. Boyer ne se fait pas illusion sur les difficultés de sa position, et il désire, autant par ce motif que pour celui de sa santé, qui est très-délabrée, un changement que je considère comme d'absolue nécessité.
Je suis avec respect, Monsieur le Ministre,de Votre Excellence, le très-hum- \^\e et très-obéissant serviteur.
■ C*^ DE Lapeyrouse,
VkJcrbrooii. le il juillet 18S7.
ihi
Frais de voyage du prince Jérôme Bonaparte, de Saint-Nazaire à Nantes. — Lettre de M. de Mentque, préfet de la Loire-Inférieure, au ministère de l'intérieur.
Mantes, le aeàt 1851.
Monsieur le Ministre,
A la date du 6 août,<i'ai reçu de Votre Excellence une dépêche télégraphique ainsi conçue :
a Le Prince Jérôme arrive, selon toute probabilité, demain samedi, 7 courant, à Saint-Nazaire.
« Veuillez prendre immédiatement les dispositions nécessaires pour assurei convenablement le transport de Son Altesse et de sa suite de Saint-Nazaire à Nantes.
« Mon département se chargera des frais. »
Par une autre dépêche. Votre Excellence me recommandait de recevoir S. A. le Prince Jérôme avec tout l'éclat dû à son rang.
Je pris mes dispositions; un bateau à vapeur fut frété à prix débattu. Je ils marché avec un restaurateur pour que le Prince et sa suite trouvassent à Dord un diner convenable.
Désirant que la présence du Prince fût environnée d'un certain éclat, coramf sous l'aviez ordonné, j'ai fait un arrangement avec un chef d'orchestre poui que vingt musiciens fussent placés sur le bateau; enfin, j'ai fait élever des arcs de triomphe sur plusieurs points.
Le total de ces dépenses, faites uniquement pour le voyage du Prince, de Saint-Nazaire à Nantes, s'est élevé à la somme de 1,828 francs, que j'ai soldée aux différents fournisseurs.
J'ose espérer, Monsieur le Ministre, que vous voudrez bien m'en faire tenir le montant.
Ci-joint les quittances, sauf celles relatives aux arcs de triomphe, qui se ré* partissent sur un trop grand nombre d'individus.
Je suis avec un profond respect, Monsieur le Ministre, de Votre Excellence le très-humble et trùs-obéi^sunt serviteur.
Le Préfet de la Loire-Inférieure, E. DE Mentque.
P. Se Votre Excellence voudra bien remarquer qu'il ne s'agit ici que des dépenses du voyage du Prince, de Saïut-Nazaire à Nantes, selon les prescriptions de la dépêche télégraphique.
Quant à la réception qui a eu lieu à la préfecture, il ne peut en être qucs
4<ib —
lion ici; c'est un grand honneur, donljeresterailoujours profondément recon« naissant.
État des dépenses du voyage de S. A. te Pnnce Jérôme, de Saint-Nazain
à Nantes.
(Ea exécution delà dépêche télégraphique du Bliuistre de l'intérieur, du 6 août lgo-2.]
Nantes h ISô .
Location d'un bateau à vapeur 500 fr.
Ornementation de ce bateau par le tapissier 125
Orchestre sur le bateau , 580
Au maître de poste de Guérande, pour chevaux conservés pour
le Prince , Si
.\u sous-préfet de Paimbœuf, chargé d'une mission pour le Prince,
déboursés en frais de poste 81
Plusieurs arcs de triomphe élevés sur les deux rives du fleuve. . 555 Repas de vingt personnes, à bord du bateau à vapeur, pour le
Prince et sa suite 550
Total 1,828
CXLu
Lettres de curés de campagne à l'Impératrice et au Qrand- Aumônier.
Les deux lettres suivantes font partie du dossier de la Grande-Aumônerie. Ce prêtre dénonçant son collègue, et racontant ses excès de zèle électoral, pour l'empêcher d'obtenir une faveur, donne un spectacle des plus édifiants. Les kUres de CQtte catégorie sont vQDombrables ; mais cet écbanliUon suffira.