‹ Papiers secrets et correspondance du second EmpireChapitre 45 sur 130 · CABINET DU GÉNÉRAL COMMANDANT · texte numérisé non relu

CABINET DU GÉNÉRAL COMMANDANT

Quartier géaéral & Lyon, le i8 leptembra i8C9.

Madame la Comtesse,

J'ai l'honneur de vous accuser réception de la lettre par laquelle, au nom de Sa Majesté l'Impératrice, vous me demandez des renseignements sur une jeune fille qui fait l'objet de la note ci-jointe, que je vous renvoie.

J'ajoute également à cette lettre les renseignements donnés par le maire de la commune habitée par cette jeune fille. Quelque (sic) soit l'opinion de ce fonctionnaire et celle des journalistes, je pense. Madame la Comtesse, que venir en aide à des familles qui n'ont pas craint d'employer l'outrage et la calomnie contre de braves soldats qui ont fait leur devoir, serait du plus fâcheux exemple aux yeux de cette mauvaise population de Saint-Élienne; ce serait un blâme jeté sur l'armée et ce serait dangereux pour l'avenir. Cette opinion est celle du général qui commande à Saint-Ètienne, et je la partage entièrement.

Déjà l'amnistie a fait relâcher 51 ouvriers mineurs qui ont tiré sur la troupe et l'ont insultée, et tous les jours des lettres anonymes, dans le genre de celle que je joins ici, pourront prouver à Sa Majesté les bons sentiments des amnistiés.

Veuillez, je vous prie. Madame la Comtesse, déposer aux pieds de Sa Majesté l'hommage de mon profond respect et agréer pour vous celui de mes sentiments tout dévoués,

Général Ch. de Montauban, comte de Palikao

Voici la note et le certificat du maire de la Ricamarie visés par la lettre de M. Palikao :

Porté par l'importauce du sujet plus que par le mérite de l'écrivain, l'épi-

. I' aode de la Ricamarte a ea beaucoup de retentissement ; il a éli reproduit par toute la presse indépendante, même par l'austère Débats. .Aujourd'hui que l'émotion populaire est en partie calmée dans les bassins hcuillers de Saint-Étienne, une œuvre de charitable pitié ferait une excellente impression sur l'esprit de ces gens ignorants, plutôt que coupables.

Parmi les victimes de la catastrophe, la plus intéressante, sans contredit, est la jeune Jenny Petit, qui a été sauvée par miracle, mais qui ne recouvrera jamais l'usage de son bras gauche. Ne pourrait-elle se trouver sur le passage de Sa Majesté à son retour de Corse ? Ne pourrait-on, dans une certaine mesure, atténuer la portée du malheur qui a frappé cette enfant?

Ce serait, dans toutes les acceptions du mot, une bonne œuvre bien placée.

Et, dans ce cas, le devoir de l'écrivain qui a cherché à attirer la commisération publique sur cette innocente victime de nos discordes sociales serait de célébrer à haute voix tout ce qui serait fait pour soulager un malheur immérité.

DUUUE DE LA RICÂJIÂRIE.

La Ricomarle, lo SB fepUmbre 4869

Monsieur le Géne'ral,

l'ai l'honneur de vous transmettre les renseignements que vous me demandez par votre lettre du 23 du courant, relatifs à la jeune Jenny Petit, blessée dans la collision de la Ricamarie.

Les voici :

1" La jeune Jenny s'est trouvée sur les lieux, attirée par la curiosité;

2** Elle y est allée seule, en suivant la foule qui s'y portait; ses père et mère, ni aucun de ses parents, n'étaient avec elle ;

3» Son état de santé laisse beaucoup à désirer ; ses blessures ne sont pas cicatrisées; elle ne se sert pas de son bras, qu'elle porte toujours en écharpe ;

4o La position de sa famille est malheureuse ; elle n'a joué aucun rôle dans ces événements ; son père est un simple ouvrier aux mines, père de quatre enfants, dont Jenny est la plus âgée; il n'a d'autres moyens d'existence que le produit de son travail.

Agréez, Monsieur le Général, l'assurance de mon profond respect.

Le maire de la Ricamarie,

Inspection générale de 186 . Arrondissement d'Infanterie.

La lettre suivante donne une nouvelle preuve de la faveur dont le général de Failly jouissait à la cour.

Je ne sais si Votre Majesté aura la patience de lire jusqu'au bout les réflexions que m'inspire le décret du 12 août, par suite duquel M. le général de division de Failly, aide de camp de Votre Majesté, est appelé aux fonctions de président du comité d'infanterie, lorsqu'il n'était pas membre de ce comité. Voici deux fois, Sire, que je suis victime de mesures tout à fait nouvelles et qui blessent ma susceptibilité.

En 1859, à l'époque de la guerre d'Italie, Votre Majesté m'appela au commandement d'une division de l'armée de Paris. C'était, me dit Votre Majesté, un poste de conflance. Jusque-là, les généraux de division, dans ma position, n'avaient pas été remplacés dans leur commandement; mais je devins l'exception, ainsi que mon collègue le général Marulaz. Nous fûmes remerciés. L'Empereur, me dit-on, veut voir les officiers généraux passer successivement sous ses yeux. Après quinze mois, ma division fut dissoute, et le général qui venait prendre ma place était précisément celui que j'avais remplacé moi-même.

On me donna pour fiche de consolation une place au comité d'infanterie, que j'occupe depuis sept ans; et jusqu'à ce jour, sans exception, conformément à l'ordonnance royale qui créa les comités, le plus ancien des généraux qui en font partie en a été nommé président. Mon tour était venu, et j'avais lieu d'espérer que je finirais ma carrière avec ce titre honorable, lorsque j'ai appris que Votre Majesté me donnait, en quelque sorte, un brevet d'incapacité en nommant d'emblée président du comité un officier général qui n'en est pas membre.

Cette mesure. Sire, permettez-moi de le dire à Votre Majesté, m'afflige comme m'a affligé l'autre. Il m'en coûte de parler de moi, Sire ; mais je suis de ceux qui ont ofi'ert leur vie et leur épée au prince président de la République, à une époque où les dévouements n'étaient pas si communs qu'aujourd'hui. Colonel du 26", à Paris, quoi que fissent nos généraux, qui nous poussaient à voter pour le général Cavaignac en 1848, mon régiment tout entier, par mon impulsion, vola pour le prince Louis-Napoléon. Plus tard, à Metz, lors du coup d'État, lorsque, par une lettre adressée à M. le général Roguet, je mettais mon dévouement et celui de mon fils au service du prince président, j'empêchai seul, avec mon brave régiment, une contre-révolution d'éclater dans cette ville. Les généraux restèrent inactifs et sans décision, à ce point que M. le général de division Marey-Monge, enfermé dans son quartier général , ne voulut pren-

(1) En marge de la lettre figure l'ADBOtttiOo lOiTanta : l'Smpertur a <tt votrt riclamaHmi 4 n'a DM «rti v«ui kktttr.

dre aucune mesure et donna carte blanche pour agir au seul colonel qui se montra résolu, et ce colonel c'était moi.

Votre Majesté a sans doute ignoré ces détails ; je puis mettre à sa disposition si elle le désire, quelques pages de mes impressions de cette époque; elle saura comment les choses se sont passées à Metz.

M. le général de Saint-Arnaud, alors ministre de la guerre, après m'avoir envoyé par les voies rapides dans les Basses-Alpes pour comprimer l'insurrection., voulut bien récompenser mon dévouement, qui était pourtant tout simple, en me faisant nommer général de brigade.

Plus tard Votre Majesté m'envoya à Rome, et j'en suis revenu général de division, il y a près de dix ans, me trouvant récompensé bien au delà de mon faible mérite. Mais, avec le temps, les choses ont bien changé, et je suis devenu, comme j'ai eu l'honneur de le dire à Votre Majesté, successivement la victime de deux mesures qui m'affligent profondément.

Je n'ai pas, Sire, à m'occuper de l'origine des ofiQciers généraux qui entourent Votre Majesté, mais il m'est permis de faire connaître la mienne à l'Empereur.

Je suis de la seule famille qui, depuis 1800 jusqu'à nos jours, ait produit quatre officiers généraux à l'armée.

Fririon (Mathias), mon grand-oncle, général de division, appelé le Vertueux, secrétaire général du ministère de la guerre, ayant la signature du ministre pendant de longues années, jusqu'en 1814. A cette époque, il refusa de suivre le duc de Feltre à Gand et préféra prendre sa retraite. Il étaitbar on de V Empire.

Fnnon (Nicolas), mon père, général de brigade à Hohenlinden en 1800, général de division à Wagram. Est resté sous sa tente pendant la première Restauration. L'Empereur, en revenant de l'île d'Elbe, le nomma directeur général du recrutement. Il était baron de l'Empire.

Fririon (Joseph), général de brigade à la bataille des Arapiles, l'un des militaires les plus énergiques de son temps. Il refusa de servir les Bourbons et accepta la retraite qui lui fut offerte lorsqu'il était encore dans la vigueur de l'âge, à quarante-cinq ans. Il était baron de VEmpire.

Enfin Fririon (Jules-Joseph), le serviteur actuel de Votre Majesté, qui s'honore d'avoir dti une partie de sa carrière au nom qu'il porte. Mais ce nom, il peut le dire avec fierté, il l'a conservé pur : la droiture et le désintéressement des généraux Fririon sont connus de fonte l'armée.

J'ajouterai que onze Fririon ont, dcpiiis la République et l'Empire, laissé leurs os sur les différents champs de bataille ou contrées de l'Europe, parmi lesquels mon frère aîné en Espagne et mon propre fils aîné en Crimée.

Vis-à-vis de pareils titres, je me permets de demander à Votre Majesté si ma susceptibilité ne doit pas être justement émue, quand, mon ancienneté m'appelant à la présidence du comité d'infanterie, je m'en vois préférer un autre.

Je prie Votre Majesté d'excuser cette longue lettre, mais j'ai dû céder à ma conscience, à la juste susceptibilité des membres de ma famille et à mes devoirs de père,

Je la prie également de vouloir bien agréer l'Iiommage du profond respect et du dévouement sans bornes avec lesquels j'ai l'iionneur d'être. Sire, de Voire Majesté, le très-humble et très-fidèle sujet,

Baron Fkirion.

30, rue Carabacérè}.

Lettre du préfet d'AuriJîeau à- M. Piétri. PRÉFECTURE DES BASSES-PYRÉNÉES.

(Cabinet du préfet.)

Pau, le SO mai 1868.

Mon cher Piétri,

J'ai reçu les 10,000 francs que vous m'avez envoyés de la part de l'Empereur pour les travaux de Biarritz. Jamais ondée plus bienfaisante n'est tombée dans une caisse plus complètement à sec.

J'allais vous les demander pour ne pas interrompre nos travaux, qui, du reste, marchent bien.

Je vous envoie le projet de vente du bois d'Amotz. Si Sa Majesté l'approuve, veuillez me le retourner, afin que je le fasse transcrire sur papier timbré, signé par le maire en triple expédition, et que je vous le renvoie pour le soumettre à la signature de S. M. l'Impératrice, et tout sera dit. Fonds et si^erficie, ça y est.

Vous vous plaignez de la chaleur, mon cher Piétri; vous soupirez après les jmbrages. Sybarite, va! Que diriez-vous, bon Dieu! si, comme nous, vous étiez obligé de partir en tournée pour six semaines, avec la perspective de séances de six heures, 56 degrés de chaleur à l'ombre, le tout au milieu d'une atmosphère d'extraits de conscrit qui a des émotions !

Non, vrai ! la révision au mois de juin et de juillet dans le Midi devrait être défendue. Ma seule consolation, c'est l'espoir que pas mal de nos grands collègues de première deviendront enragés. Ça fera de l'avancement dans le corps. Et notre ministre qui nous recommande d'être aimables touf, plein, de manger beaucoup, de boire davantage, d'embrasser les filles, de courtiser les femmes, de frapper sur le ventre des maris, et de faire la bouche en coîur à tout le monde; il croit, à ce qu'il paraît, que les préfets ne sont pas de la chair, mais du marbre. Et pas même quelques éponges de gratification !

Allez-vous-en récuber sub tegmine fagi.

Moi, je me livre aux gendarmes et à leurs bottes d'ordonnance. Ora pro nohis.

Bien à vous,

G. d'Al;;ibeau.

Formation du cabinet du 2 janvier.

Le dossier que nous publions contient l'histoire tout entière de la crise ministérielle qui, commencée à la lin de .1869, a abouti, le 2 janvier 1870, à h combinaison Emile Ollivier. M. Clément Duvcinois, on le verra par les pièces qui suivent, avait été en quelque sorte chargé de négocier le ministère. Il avait conservé dans ses papiers toutes les pièces relatives à l'affaire, lettres de M. Emile Ollivier, lettres de M. Pietri, copie des lettres qu'il adressait lui-même soit à l'Empereur, soit à M. Ollivier.

Nous indiquons à chaque pièce si le document a été imprimé sur les originaux ou sur les copies.

Lettres de M. Ollivier à M. Duvernois,

r (Autographes.)

La SîoiiUe, par Saint-Tropez (Var), le 2ioclobr« 4800,

Mon cher ami, vous connaissez ma vivo synipailiie pour la personne de l'Empereur ; elle s'est accrue dans ces derniers temps par l'attitude noble, grande, digne d'admiration, qu'il oppose à tant d'injures, d'injustices et de basses indignités. Si donc il ne s'agissait que de lui et de moi, je vous dirais : Qu'il dispose de moi comme il le voudra. Mais je dois me préoccuper, dans l'intérêt de l'empereur lui-même, de l'opinion, de ses exigences et des moyens de les satisfaire.

Or voici ce que mon frère le négociant, esprit calme, lucide, nullement révolutionnaire, me dit dans une lettre que je reçois en même temps que la vôtre :

« Par suite des agitations politiques, marasme complet dans les affaires. » L'opinion publique, en masse, même la plus motlérée, est complètement » hostile au ministère actuel. Il n'inspire pas de confiance. L'opinion publique » est aussi absolument hostile à la convocation tardive du 29 novembre. Quoi » que fasse l'Empereur avec les hommes actuellement au pouvoir, le pays ne » sera jamais satisfait. Il faut des noms nouveaux jouissant de la conliance. > On s'attend toujours à quelque chose pour le 20. Ils sont trop lûc.lies pour » faire quelque chose de sérieux. Ils agiteront quand même. Si l'état des )) choses actuel continue, nulle industrie n'est possible, nous allons à la 1) ruine »

Je ne blâme pas, quant à moi, le retard de la convocation; je ne le crois nullement inconstitutionnel, et j'ajoute qu'après les menaces, convoquer le 20, c'eût été de Tabjection, de l'avilissement; le lendemain il n'y (sic) aurait plus existé d'empire.

Comme l'opinion, toutefois, je crois que le ministère actuel a en lui une cause incurable de faiblesse : c'est son origine extra-parlementaire. Adoptant la politique des H6, l'Empereur eût dû charger l'un d'eux de constituer un

niinistèro. Qu'il relise radmirable cliapilie x du livre III de la Décade de Machiavel; les monarchies ne peuvent suppléer à l'iiileriorité que leur reconnaît le Florentin qu'en adoptant des ministres nouveaux à chaque situation nouvelle.

Tout ceci est de la criiiquc Que faire?

Je lie parle pas des réformes sociales à étudier pour améliorer la condition de ceux qui souffrent, ce qui est le hut principal du Gouvernement; ni des grandes réformes commerciales, criminelles, judiciaires. Je sais que sur tous ces sujets l'Empereur est disposé à tout, et que nul souverain n'a eu le cœur plus populaire ni l'esprit plus ouvert.

Je me tiendrai h l'ordre purement politique. A l'extérieur, je crois que la guerre, loin de rien résoudre, embrouillera tout et comi)romettra tout. Si les commerçants ne la craignaient pas, les esprits seraient beaucoup plus calmes. Le moment (1) d'arrêter la Prusse est passé, irrévocablement passé, et le salut et la grandeur de l'empire ne peuvent plus être cherchés que dans le respect du principe des nationalités. L'Empereur l'a inauguré ; s'il le combat, il sera vaincu par lui ; par conséquent, j'Sdmets qu'on examine s'il y a lieu de s'opposer à l'annexion des États du Sud à la Coirfédération du Nord, sj la Prusse veut l'opérer par la force; je n'admets pas qu'^n s'y opposer sous aucuit prétexte, si cette annexion s'opère par la volonté des populations.

A l'inlérieur, je ne crois plus pcssiblo le maintien de la loi de siîreté générale, de l'article 75 et (2) des candidatures officielles, en principe du moins. Je ne puis aller jusqu'à accorder aux conseils municipaux la nomination des maires, mais j'estime qu'une sérieuse étude doit être commencée pour opérer le plus de décentralisation possible et étendre les libertés communales. En ce qui concerne la liberté de la presse et le droit de réunion, il n'y a qu'à persévérer dans la politique actuelle : elle est excellente. Dans quelques mois on en (5) constatera les résultats : les irréconciliables se seront mangés entre eux; la presse se sera discréditée, usée par ses excès, le Gouvernement se sera accru de ce que ses ennemis auront perdu, et, s'il est contraint de réprimer une émeute, il pourra le faire sans péril, car il n'y a que les gouvernements libres qui ne soient pas affaiblis par une répression même nécessaire.

En d'autres termes, en présence des conservateurs inertes et déconcertés, il y a deux courants ardents, celui de la révolution, celui de la liberté. S'ils s'unissent définitivement, le péril commencera. La sagesse est de les opposer l'un à l'autre, et de vaincre le premier par le second, les conservateurs devenant la réserve qui décidera de la journée.

Si l'Empereur n'est pas de mon avis sur ces divers points, je ne puis lui être d'aucune utilité; s'il pense ainsi, il reste à déterminer comment je pourrai lui être plus utile.

Je ne crois pas que cela soit on m'uniasant à M. Uoulier dans un même

(1) De la faire, rayé.

(2) Du prittciiyc, r^iyé.

(î) yen a, rajé.

minislère. Plis tard ce sera peut-être désirable ; aujourd'hui ce serait un désastre pour tous les deux.

Je ne crois pas davantage que cela soit en m'annexanl au ministère actuel: il semblerait que je trahis mes amis et que j'adhère à l'origine extra-parlementaire du minislère.

Si l'Empereur croit devoir m'employer, qu'il le fasse en tirant de moi le plus de profit possible ; qu'il me charge par une note au Moniteur de former un ministère. Voilà qui frappera les esprits et sera efficace. Dans ce ministère, je proposerai quelques-uns des ministres actuels, Magne surtout, Chasseloup, l€S ministres de la marine et de la guerre : si cela se peut, ce qui est incertain, Forcade, mais pas à l'intérieur. Les autres ministres seraient pris dans les MG. Lesquels? je l'ignore; car je n'ai d'engagements envers personne. Ce serait à régler de manière à ne pas blesser les sentiments personnels de l'Empereur.

Je suis convaincu qu'un ministère ainsi composé aurait une solide majorité; mais, pourque certaines personnesduGouvernementn'aientpasIavelléitéde la lui ôler par l'intrigue, où je me déclare parfaitement incapable, il faudrait que je fusse autorisé à dissoudre la Chambre, si elle ne me suivait pas. Il serait bien entendu que je ferais tout ce qui est humainement possible pour éviter celte extrémité, et j'ai la confiance que je n'y serais pas réduit, précisément parce que j'en aurais le pouvoir.

Dans ces conditions, je suis prêt à prendre la responsabilité de la lutte et à prendre la révolution corps à corps comme ministre.

Sans ces conditions, je continuerai à ne la combattre que comme tirailleur : vous savez que c'est le rôle de ma prédilection.

Vous voyez que je m'explique avec une entière sincérité. Il en sera toujours ainsi chaque fois que vous m'interrogerez. Mes impressions sont celles d'un solitaire : peut-être se modifieront-elles quand je me serai plus directement mis en contact de nouveau avec les hommes et avec les choses.

A vous de tout cœur.

Emile Ollivier.

P. S. Je reçois votre seconde lettre. Je n'ai pas le temps d'y répondre : à demain. Un seul mot : je ne pose pas des conditions, j'examine simplement ce qui est utile ou non à lia cause commune. Je trouverais indigne de profiler des embarras pour s'imposer, et je n'y pense pas.

La Houtie, par Saiut-Tropez (Var), 2o octobre 18ft9«

Mon cher ami,

Je reçois voire seconde lettre.

Je vous ai indiqué uellinioiit hier dans «luelles conditions je croyais que

mon arcof^sion aux affaires pourrait être utile dans ce moment. PIin j'y réfléchis, moins je conçois que j'y entre autrement. Imaginez quelle sera ma situation entre une cour, pour laquelle je suis un étranger et un ennemi, et une Chambre qui, composée en partie de créatures de Roulier, sera sourdement excitée par lui contre moi. Si je ne prenais pas mes slîretés, je serais impuissant et 1 idicule.

Mais à mon avis la meilleure combinaison ne serait pas celle que je vous ai indiquée hier. Le mieux serait de laisser le ministère tel qu'il est jusqu'à la réunion de la Chambre ; je lui viendrai eh aide contre les irréconciliables; les groupes et les partis s'organiseront; en ce qui me concerne, je serai amené à rompre avec la partie pointue du tiers-parti, ce qui me donnera pins de liberté dans mes allures. Alors, naturellement, une multitude de combinaisons s'offriront, et je me prêterai très-volontiers à faciliter celle qui aura le plus de chances.

L'essentiel pour l'Empereur est qu'il donne au pays l'assurance qu'il est sincèrement dans la V6ie parlementaire. Il n'y a pour cela que deux moyens: ou, avant la session, charger quelqu'un de former un cabinet avec un programme déterminé et convenu, ou attendre les débats de la Chambre afin d'appeler ceux qui auront groupé la majorité autour d'eux. Celle dernière conduite me paraîtrait la plus facile et la plus prudente. Si celte solution était adoptée, je ne refuserais nullement de m'entendre avant sur le programme avec l'Empereur, et de me faire ministre in paiiibus, ou in petto.

Quant à un ministère tiers-parti pur, il est impossible. En dehors de quelques individualités, il r/y a dans ce groupe ni talent ni autorité, et la majorité s'insurgerait.

Le rappel de Roun^^' amènerait une révolte dans l'opinion. Elle userait détlnitivement un homme de grande valeur dont le lôie n'est pas fini et qu'il faut tenir en réserve.

Le vrai est non de fortifier le ministère actuel, ce serait un rapiéçage sans valeur, mais de créer un ministère nouveau avec la partie libérale du ministère actuel et la partie sensée des 116.

Toute autre solution ne réussira pas.

11 n'y a de doute dans mon esprit que sur l'époque h laquelle ce nouveau ministère doit être créé. Yaut-il mieux qu'il le soit maintenant? Vaut-il mieux attendre la session? Je vous ai indiqué dans quelles conditions on pourraitlecréer avecmoi de suite. Mais je préférerais (et c'est l'opinion que j'ai exprimée à Magne) qa'on attendit la session. Jusque-là on marche plus ou moins à tâtons. Voyez donc quelle serait ma situation si, un mois après mon arrivée au ministère, la Chambre, organisée par les Mathieu et les David, repoussait notre candidat à la présidence, qui ne saurait être autre que Schneider. Il faudrait se retirer platement sans avoir rien fait, couvert des risées publicjues, ou bien dissoudre, ce qu'il est de bonne politique d'éviter à tout prix.

Si, au contraire, je n'arrive aux affaires que lorsque, la Chambre et moi nous étant tàtés, nous nous serons mis d'accord, il n'y a plus aucune difficulté, et, ayant toute ma sécurité, j'aurai toute ma force.

— laO —

f/idée que mon tomjis v:i s'iisrr on intrigues, en manèges personnels, m'obsi'de et je no puis my plier.

A vous de cœur.

Emile Ollivier.

Kratz arrive ù l'instant. Je vous envoie tout de môme ma lettre.

Lettre de M. Piètri à M. Duvcrnois.

(Autegraphn.)

CompiègDe, ^0 octobre 1869,

Mon cuEn Monpif.l'r DuvEriNOis,

L'Empereur a reçu votre lettre. Sa Majesté me charge de vous dire qu'elle verrait avec plaisir M. Emile Ollivier; mais, pour éviter les indiscrétions des journaux et de tous les petits journalistes qui encombrent tompiègne, il faudrait prendre certaines précautions pour leur écliappei Voici, par conséquent, ce qu'il faudrait faire. M. Emile Ollivier partirait demain soir, lundi, par le train de 8 heures. \\ arriverait à 10 heures 1 minute à Compiègne. Je l'attendrai à' la gare. Il pourrait repartir à 2 heures 50 minutes du matin, pour arriver à Paris à 4 heures 45 minutes du mati

Si M. Emile Ollivier a soin, en arrivant à la gare de Paris, de s'entourer la tête d'un cache-nez, il [.ourra passer inaperçu.

Prévenez-moi, afin que je puisse aller le recevoir à la gare.

Tout à vous.

F PiÉrni.

Lettre de M. Emile Ollivier <i M. Diivemois.

(Auloprrapbe.)

5 novembre 1SC9.

Cheii ami,

iVon possiimus. Plus je réfléchis, moins j'hésite. Prendre des anciens dans un ministère que je formerais serait une preuve de conciliation et de largeur d'esprit ; m'annexer à eux serait une preuve de faiblesse ou de basse ambitian.

La majorité ne serait pas plus désavouée par la translation de Forcade au Commerce qu'elle ne l'a été par la croix de commandeur de Latour du Moulin, que la majorité de 18G3 ne l'a été par le renvoi de- Persigny immédiatement sprès l'élection. Retirer Forcade de l'Intérieur est certes une concessian moins grave que d'avoir congédié Rouher : pourquoi, après avoir consenti à l'une, ne pas se résigner à l'autre? Pourquoi rester toujours entre deux systèmes et ne pas accepter avec résolution les exigences du mécanisme constitutionnel ?

Que perdra l'EiTipereur à se montrer conciliant? Rien. Je ne saurais au contraire, sans perdre toute ma force, accepter la solidarité délections faites selon une méthode que je déconseillerais. Que diraient mes amis? Que diraient Lambrecht, Janzé et tous ceux qui sont restés sur le champ de bataille sous les coups de l'administration Forcade? M'associer à Forcade comme ministre de l'Intérieur m'est aussi impossible que de combattre Schneulo;' comme Président.

Le sens moral abandonne ce peuple : rendons-le-lui par l'exemple, en accomplissant rigoureusement nos devoirs, et quel plus impérieux devoir que la fidélité à l'amitié et le respect de liens politiques? Non possumus.

M. Rouher reviendra ! mais croyez-vous que cela même soit aisé? Ne seraitce pas pour l'Empereur une démarche plus humiliante que d'appeler un homme nouveau et le charger de former une ministère. Au point de vue de l'amour-propre, il ne peut rien y avoir de plus dur pour l'Empereur que le rappel de Rouher, et je doute fort d'ailleurs que Rouher consente à revenir autrement que comme un ministre conslilutionnel avec un programme déterminé. Donc non posiîzwMS, et je repars dimanche pour Saint-Tropez, lime reste de cette négociation avortée la satisfaction de vous avoir mieux connu et d'avoir mieux mesuré l'étendue de votre intelligence.

Affectueusement vôtre.

Signé : Emile Ollivier.

Lettre de M. Pictri à M. Duvernois.

(Écrite de la main de M. Conti, chef du cabinet de TEmpereur, et signée de M. Piéiri).

Conipiègne, 7 notenibre 1800.

Mon cher Monsieur Duvernois,

Je vous envoie la réponse de l'Empereur à une lettre que M. Emile Ollivier lui a adressée hier. La lettre est décachetée pour que vous en preniez connaissance. Après l'avoir lue, vous pouvez la fermer et la remettre à M. Ollivier.

Je suis heureux que l'Empereur vous charge d'être l'intermédiaire de cette

correspondance, parce que vous pourrez de nouveau développer les raisons

données par Sa Majesté et empêcher peut-être que M. Ollivier n'obéisse^

malgré lui, à des intrigues qui n'ont pas toutes le bien du pays pour principal

mobile.

Tout à vous.

Signé : F. Piétri.

Lettre de M. Clément Duvernois à Napoléon.

(Copie gardée par M. Duvernois).

Paris, le 8 novembre 1869.

Sire , J'ai remis ce matin à xM. É. Ollivier la lettre de l'Empereur, et je dois rendre compte à Votre Majesté de l'impression que j'ai recueillie.

Ollivier a été profondHiiienl tniicliô, et je ne serais pa^-, r^nrpris que la réponse lYii une acceplalion, sous auelanc'* réserves que je vais essayer d'exposer.

J'ai démontré, je crois, à M. Ollivier que la pensée d'entrer après l'ouverture des Chambres est une idée fausse. Pour dominer dès le premier jour les éléments divers de la majorité, il faut être ministre et non candidat ministre. C'est mal connaître les hommes que de penser qu'ils élèvent volontiers leurs collègues au pouvoir. Cela est possible dans une Chambre rom|)ue aux habitudes parlementaires et à la discipline. Pour réunir dès la première henre une forte majorité, l'éclat du talent ne suflit pas, il faut le fait accompli. Entre les hésitations d'une fraction de l'ancienne majoriîé sourdement travaillée peut-être par les amis des anciens ministres, les colères de la gauche et les intrigues du tiers-parti, Ollivier pourrait avoir un succès douteux, échec qui le rendrait impossible pour six mois, ou être conduit à contracter des engagements qui le compromettraient. Arriver ministre, c'est, la certitude d'avoir un vote de coniiance et la possibilité de gouverner avec les autres Arriver député, c'est tout jouer sur un discours et peut-être se livrer au tiers-parti.

Ollivier a paru impressionné de ces raisons, et il me semble disposé à entrer vers le 23, c'esl-à-dire la veille de la session, après les élections de Paris, et trop près de la session pour que la presse ait le temps d'user le cabinet.

Sur les questions de principes, je ne vois pas qu'il y ait des difficultés séri<iuses. La note au Moniteir- n'était pas du tout dans la pensée d'OlIivier une précaution contre l'Empereur ou un moyen d'amoindrir le rôle constitutionnel de Votre Majesté. Ollivier est comme moi, sur ce point, de l'école de M. Guizot. II n'admet pas du tout que l'Empereur doive avoir un rôle eliacé, ni que le trône soit un fauteuil vide. 11 désire que l'Empereur gouverne avec l'opinion et dans le sens de l'opinion. 11 ne veut à aucun prix amoindrir un prestige qu'il considère avec raison comme une des meilleures garanties de l'ordre. Son dévouement (un peu tendre) pour Votre Majesté le fortifie encore dans sa conviction. Ollivier ne veut au fond que deux choses qui me semblent raisonnables.

Il veut d'abord que son entrée mette un terme à une anarchie ministérielle dont Votre Majesté a reconnu plusieurs fois les inconvénients. Il ne faut pas qu'un ministre, en s'exposant aux coups de l'opposition, soit affaibli par l'attitude incertaine ou hostile de quelques-uns de ses collègues. A une opposition révolutionnaire disciplinée, il faut opposer un Gouvernement qui ne le soit pas moins. Des ministres luttant les uns contre les autres ouvertement ou sourdement, r.yai)t chacun des coteries dans le Gouvernement et des organes dans la pre>«js, *i'^:^l là, que Votre Majesté me pardonne de le lui dire, un des plus gran«ia périls de la situation. La dignité du Gouvernement en souffre, et l'anaictiie ministérielle est retlétée dans le pays par les diverses branches de l'administration.

Voilà ce qu'Ollivicr veut faire cesser en établissant un accord préalable, non

point en dehors de l'Empereur, mais sous i'autoiité de Votre Majesté. Ce qu'il veut bien constater ensuite, c'est qu'il ne se faulile pas dans rancun cabinet, mais qu"il fait partie d'un cabine! nouveau, dans li;quel d'anciens èlémiMits sont admis. La nouvelle de la démission des ministres et l'appel public d'Ollivier à Compiùgne le satisferaient sur ces deux points.

Ollivier part ce soir pour Saint-Tropez et reviendra dans huit jours. H a raison. Paris ne lui vaut rien. 11 y est obsédé par les intrigants. Il ne doit revenir à Paris que pour aller directement à Compiègne, libre d'engagement. Si j'eusse pu l'ameiiei' directement l'autre jour, tout serait fini maintenant; Ollivier le sent bien, et la preuve, c'est qu'il ne veut parler à personne de la lettre reçue ce matin.

Quant à M. de Forcade, Ollivier l'acceptera. 11 ne croit pas que le départ de M. de Forcade implique le désaveu des élections de 18G9, puisque le départ de M. de Persigny, en 1805, n'a pas impliqué 1« désaveu de la m;)jorité; mais il voit bien que c'est une concession qu'il doit faire. Une demandera que deux choses (du moins il me le disait tout à l'heure) ; il demandera que M. de Forcade accepte le programme soumis à Votre Majesté, et ensuite que M. de Forcade m'accepte comme sous-secrétaire d'État.

Sur le premier point, je n'ai rien à dire. Quant au second, il va sans dire que, si tel était le bon plaisir de l'Empereur, je m'effacerais au dernier moment, après avoir encouragé Ollivier en acceptant d'abord. Il n'y a dans ma pensée qu'un vif désir de bien servir l'Empereur en amenant un rapprochement nécessaire, mais il n'y a aucune préoccupation personnelle. Je suis un rameau obscur du grand arbre. Que l'arbre prospère, je n'ai besoin de rien autre chose.

J'ai l'honneur d'être, Sire, avec le plus profond dévouement, de votre Majesté, le très-humble et ti ès-lidèle sujet.

Signé : Clément Duveunois.

Ollivier écrira ce soir à l'Empereur et fe resterai en correspondance avec lui.

Lettre de M. Ollivier à M. Duvernois.

(Autographe.)

00 novembre 1863.

Cheu ami.

J'ai beaucoup réfléchi chemin faisant; voici où j'en suis.

1» Je me range à votre avis et à celui de Magne. Je crois que le ministère twit être réorganisé avant la sessioji, immédiatement après l'élection de Paris,

2° Pius que jamais je considère comme impossible que j'entre dans une voie de répression à l'égard de la presse. Moi, libéral, je poursuivrais alors que les réactionnaires n*ont pas poursuivi^! cela me coulerait du coup et pour toujours.

J'ai ëcril à l'Empereur dans ce sens. Vous êtes averti : agissez en conséquence et mannoncez dans Le Peuple de manière à effacer l'impression de vos derniers articles. Il faut que, si vous arrivez à l'Intérieur, votre signification soit liberté et non réaction ! Prenez-y garde, manœuvrez hardiment pour cela

et sans retard.

Votre dévoué.

Signé : Emile Ollivier.

11 noTembre. \

Après la lettre de l'Empereur, je supprime la lettre que je lui écrivais. Voici celle que je lui réponds. Je vous l'envoie pour que vous la fassiez parvenir ; remettez-la ouverte ou fermée, suivant ce que vous jugerez le meilleur ; mais lisez-la avant.

Insistez pour Forcade au Conseil d'État : c'est parfait. Il n'est pas humilié par là, et la satisfaction de l'opinion publique de ne pas le voir à l'Intérieur vous aidera habilement {sic) ; travaillez pour que celte combinaison réussisse.

Je partirai d'ici dimanche: j'arriverai d'un trait.

La lettre de l'Empereur est si confiante, si noble, qu'elle triomphe de tous mes scrupules. Je suis décidé et je marche au combat ! Que Dieu bénisse nos armes t

Lettre de M. Ollivier à Napoléon.

(Copie gardée parM. Duvernois.)

Paris, 1î novembre 1869.

SinF.,

Mes journées se passent à réfléchir. Or, voici ce qui m'apparaît de plu> en plus clairement. Votre sénatus-consulte a été une transformation dans les choses; il faut que mon avènement soit une transformation dans les personnes. Tout en respectant les situations acquises, il faut que vous vous efforciez d'attirer à vous le plus grand nombre possible de jeunes hommes, et de donner à ceux que vous ne pouvez employer de suite l'espérance d'être utilisés plus tard. Aussi je considère comme d'une utilité majeure de procurer une élévation subite, éclatante, propre à frapper les imaginations, aux rares hommes de talent de trente ù quarante ans que le dégoût n'a pas jetés encore dans les rangs du parti révolutionnaire.

Voilà pourquoi j'ai proposé à Votre Majesté la nomination de Duvernois au sous-secrétariat d'État de l'Intérieur. Voilà pourquoi je propose aujourd'hui la nomination de M. Philis au secrétariat de la justice. M. Philis a trente-huit ans ; il est avocat; ami et émule de Gambetta et de Ferry, ii s'est séparé d'eux pour me rester fidèle. C'est un orateur vaillant et éprouvé qui ramènera avec énergie les jeunes irréconciliables avec lesquels il s'est mesuré déjà plus d'une fois.

— if)û —

Sa nomination aurait en outre l'avantage d'étal)lir comme précédent que les sous-secrétaires d'État peuvent n'être pas choisis parmi les députés. On se réserverait ainsi un moyen de révéler k la nation des hommes de mérite qui seraient dans l'impossibilité d'arriver au Corps législatif.

Appelez à vous la jeunesse, Sire, elle seule peut sauver votre fils ; les vieillards égoïstes qui vous entourent ne songent qu'à eux.

Ma principale occupation, tant que vous accepterez mon concours, sera de chercher partout des hommes, et, lorsque j'aurai trouvé celui qui pourra mieux '■^ne moi remplir mon office, je vous le désignerai moi-même et je serai bien heureux de lui frayer la route. Cette régénération de notre personnel est urgente, sinon vous péririez d'inanition au milieu de la cohorte incapable et pusillanime de vos fonctionnaires. Il va de soi que je conseille de prendre ce qui est fort dans tous les partis ; mais ceux qui appartiennent à l'opinion libérale ont été jusqu'à ce jour proscrits avec une telle obstination, qu'il y a un long arriéré à solder à leur égard.

Je vous prie, Sire, de me croire votre tout dévoué ex imo.

Signé : É. Olliyier.

Pour ne rien ébruiter, il suffit que je sois à Paris mardi. En quelques jours, dans l'état où en sont les choses, tout sera terminé.

Lettre de M. Emile OUivier à V Empereur.

(Copie gardée par M. Duvernois.)

Page 1