PRESSE PARISIENNE
L'action de la presse locale assurée, il y avait lieu de se préoccuper sérieusement du rôle que la presse de Paris s'efforce déjouer dans les départements.
Pour bien constater les faits matériels, on a eu recours à la statistique ; on a demandé aux préfets un état de tous les journaux de Paris qui pénètrent dans chaque arrondissement. Cet état, qui n'avait jamais été dressé, a révélé que, déduction faite du Journal officiel, le chiffre des abonnés aux journaux de l'opposition dépasse de beaucoup celui des abonnés aux journaux du gouvernement.
L'opposition ne recule pas, en effet, devant des sacrifices importants pour répandre dans les cercles, dans les petits centres, et surtout dans les cabarets, des feuilles démocratiques, particulièrement le Siècle et le National à 5 centimes. Cette propagande redoublera certainement au moment des élections. Nous savons déjà que la Tribune et VÉlecteur se sont entendus avec certains comités dans ce but. Il a paru important de rétablir l'équilibre d'influence, et tout au moins de ne pas laisser la place libre à l'action des adversaires.
Le tableau dressé, en révélant le chiffre considérable d'exemplaires du Petit Journal officiel qui pénètrent dans les départements, démontre en même temps l'extrême importance qu'il y aurait à se servir de ce puissant instrument de publicité. Il a été déjà convenu avec le Ministère d'État qu'une place serait réservée dans le Petit Officiel à une sorte de compte-rendu des faits électoraux. On en usera, il est vrai, avec toute la discrétion qu'exige le caractère de ce journal, mais c'est un auxiliaire qu'il n'est i)as permis de négliger. On avait pensé qu'il serait, possible d'y joindre, dans une certaine mesure, le Moniteur des communes. L'avantage qu'il a d'être placardé peut le rendre utile, et une note à ce sujet a déjà été remise au Ministre.
A côté de la publicité oflicielle, le plan d'action devait naturellement embrasser tous les moyens d'action sur l'opinion publique. Le Pelit Jowniul qui tire à 250,000 exemplaires, n'est pas jjolitique, il est vrai, mais il pénètre dans les classes populaires. M. Millaud, son directeur, d'accord avec .le ser-
vice de la presse, a commencé à publier un certain nombre de portraits personnels des ministres, des membres principaux de la majorité, etc. Ces portraits, très-habilement faits, côtoient la politique sans l'aborder. Ce journal prépare, en outre, la publication d'un roman mililaire dn premier Empire, conçu dans un sens opposé aux déclamations et aux romans politiques de l'opposition dirigés contre l'armée. Ce roman doit nous être donné par le cabinet de l'Empereur. Enfin M. Millaud étudie les moyens de donner les lithographies des divers candidats à un prix des plus minimes. Nous les ferons répandre par le moyen du colportage qui est également organisé et qui vend en ce moment, sans débours pour le Ministère, la Lettre de l'Eippereiir au Ministre d'État, avec un tirage de près de 100,000 exemplaires.
Aucun de ces moyens de propagande populaire, non plus que toutes les publications qui pourront paraître utiles, celles sur les réunions publiques, par exemple, ne sera donc négligé ; mais à ces auxiliaires il convient d'ajouter les feuilles de polémique pour soutenir la discussion quotidienne, et le choix s'est porté sur le Peuple et la Patrie.
Ces deux journaux se sont engagés à réserver chaquc'jour une place importante à la chronique électorale des départements. Celte clironique sera alimentée par les soins du Ministère, qui fournira les renseignements et les articles; un gruupe de rédacteurs, composé dès ù présent de MM. Behaghel, Vitu, et éventuellement de MM. Aurélien SchoU et Adrien Marx, seront chargés de mettre en œuvre les éléments qui leur seront confiés. Une circulaire a été adressée à cet égard aux préfets pour réclamer d'eux l'envoi régulier de ces informations. La rédaction se trouve ainsi constituée à Paris.
Restaient les voies et les moyens de publicité-
Une autre circulaire a été également adressée aux préfets pour prépanT l'envoi des exemplaires de Paris ; sur la demande qui leur a été faite, ils ont dressé pour chaque arrondissement la liste des personnes ou des établissements auxquels ces distributions leur ont paru pouvoir être utilement eîivoyées. Par ce système, les exemplaires partiront directement des bureaux de chaque journal, et le ministère ni la préfecture n'apparaîtront auprès du y.nblic. C'est là exactement le procédé de l'opposition, et il a l'avantage de dégager ie gouvernement.
La plupart de ces listes sont déjà parvenues, et l'on a commencé à en faire usage dans les départements de Seino-et-Oise et Seine-et-Marne.
Quel est maintenant le chiffre des journaux qui devront être expédiés par cette voie? Le journal le Peuple, dont le bon marché facilite l'achat, offre d'envoyer du l"'' mai au 1" juin 18,000 exemplaires par jour, aux adresses indiquées, moyennant 60,000 francs.
La Patrie, avec laquelle il n'est pas nécessaire de faire un autre accord qu'un accord politique, enverra le nombre d'exemplaires qu'on lui demandera, sous une forme intermiitente et suivant les besoins de la polémique, moyennant 125 francs le mille. La différence de prix avec le Peuple est considérable, et c'est pour cette raison qu'on a principalement traité avec le preiiiier journal.
Il est diliicile de chiflrer cette seconde dépense.
Il est plus difficile encore de prévoir le détail de celles qui seront imposées pour la presse parisienne au fur et à mesure que la lutte éleciorale va se développer. Mais l'ensemble de toutes ces dépenses, qui comporteront les indemnités aux rédacteurs indiqués plus haut, outre les frais, l'utilité de certaines publications ou même certaines réimpressions, comme il J'en présente tous les jours, ne nécessitera pas une dépense de moins le 40,000 francs.
C'est donc une seconde somme de 100,000 francs qui, avec la plus stricte modération dans les évaluations, paraît indispensable pour le concours à donner par la presse parisienne dans la lutte électorale sous toutes ses formes.
Ce chififre total de 200,000 francs pourra paraître considérable; mais il est bien inférieur, en réalité, aux sacrifices que la passion politique et les ambitions personnelles déterminent en ce moment de la part des candidatures et des comités hostiles. La publicité joue dès à présent et jouera un rôle si important dans les prochaines élections générales, que les imprimeries de Paris peuvent à peine suffire aux travaux qui leur sont commandés. Le parti conservateur montre en face de celte activité hostile son indolence ordinaire. Il s'en remet au gouvernement du soin de le défendre. L'action toujours si difficile sur la presse parisienne, action qui s'appuie avant tout sur les bons rapports, a besoin d'une sanction, et cette sanction, c'est la certitude que le gouvernement est disposé à faire des sacritices en faveur de ceux qui le servent. L'idée d'un concours matériel ajoute beaucoup, par le temps qui court, à l'influence morale, et bien des défections et des désertions peuvent être évitées en donnant satisfaction à quelques intérêts ou à quelques besoins personnels.
Si cette dernière assertion avait besoin de confirmations on en trouverait la preuve dans l'accord même qui a été conclu avec le Figaro. Cet accord, dont le Ministre lui-même a suivi et dirigé les phases, promet de donner des résultats utiles. 11 a été, comme le sait Son Excellence, une des préoccupations importantes du service, et l'attitude des écrivains qui dirigent ce journal est telle, qu'il était à peine permis de l'espérer.
Avec la France, le Peuple, la Patrie, le Messager de Paris, le Constitutionnel, le Public, le Pays et le Dix- Décembre, le gouvernement se présente aux élections à la tête d'un grand nombre d'organes, divers par l'esprit qui les anime et par l'influence qftMs exercent, mais tous attachés fermement aux principes dynastiques. Des relations quotidiennes sont entretenues avec eux ; chaque jour huit ou dix rédacteurs viennent prendre des instructions au Ministère, et pendant la période électorale, le service se déclare en mesure de faire publier à Paris, aussi bien que dans les départements, tout ce qui pourra convenir au Ministre. Les instruments sont prêts; its obéiront sans peine à une impulsion supérieure.