‹ Papillon, dit Lyonnais le Juste; pièce en trois actesChapitre 18 sur 52 · PER.NU · texte numérisé non relu

PER.NU

Oh ! c'est trop fort ! Je cherchais des champignons.

vÉRTLLAC, méchant.

Allons, je ne discute pas. Vous expliquerez au tribunal que vous vous promeniez comme un bon bourgeois, sans aucune mauvaise idée, sur la lisière de mes bois... des bois, à six heures du matin, les pieds dans la rosée, que vous ignorez qu'il y a des lièvres, que vous ne savez pas, à plus forte raison, que ces bêtes peuvent se prendre au collet. Vous direz vos raisons au tribunal.

r-EHNL-

Enfin, je ne l'ai pas pris le lièvre, je ne l'avais même pas vu quand votre garde m'a arrêté! Je n'ai pas fait de résistance.

Dis donc, la coterie, si tu l'avais vu, le lièvre, tu l'aurais ramassé?

PERNU

Franchement, je ne dis pas non. -^

VKKILLAC

Vous entendez I il avoue...

PERNU

J'avoue rien du tout. Je dis que j'ai trois enfants et qu'il n'y aurait aucune justice à me faire une histoire à tout casser pour un méchant

levraut étranglé que je n'ai même pas ramassé. Ce n'est pas moi qui ai posé le collet.

/ En voilà assez. Tu nous prends pour d'autres. (^ Oi:i est-il ce lièvre?

PERNU

C'est le garde qui l'a.

PAPILLON, au garde.

Va le chercher.

VÉRILLAC, à Villon qui n a pas bougé. Allez chercher le lièvre.

VILLON

Oui, monsieur le président.

y^ PAPILLON, à madame Vé^'illac.

I Celui-là, si vous voulez, il faudra le flanquer à 1 la porte. [A Pernu). Que fais-tu de ton métier?

^ l'ERNU

Scieur de long.

(^ Pourquoi n'as-tu pas été travailler, ce matin?

PERNU

L'ouvrage est fini, Hier, nous avons débité le dernier arbre de la coupe.

PAl'ILLON

Pourquoi restes-tu dans ce pays, puisqu'il n'y a plus rien à faire?

PERNL"

Dans deux jours on commence le débit d'une autre coupe. Puis, je suis marié ici, mon tour de France est terminé.

/ Bon, bon, je comprends. Ça va, ton métier?

PERNU

Mal... Si on travaillait tous les jours, on s'en tirerait à peu près, mais on chôme souvent... la pluie... la neige, les dimanches.

Je connais... avec trois mioches, c'est toujours dur... Quel bois débitez-vous ?

PERXL-

De la haute futaie.

( Quelle essence'

PERNU

C'est du chêne... c'est gras. Ah! gras! la scie passe mal; c'est abattu trop jeune.

C PAPILLON

Et la pierre? Il y en a dans ce pays,

PERNU

Duluffaut!

C PAPILLON

Mauvais! Ça ne se taille pas.

VILLON, le lièvre à la main. Voyez, monsieur le président, c'est un levraut de l'année, ça pèse quatre livres à peine, c'est pitié de tuer des bêtes si jeunes.

PAPILLON, lui prenant le lièvre qu'il donne à Pernu.

Tiens, prends-le, madame te le donne. Tu as eu tort de ne pas colleter un gros lièvre de huit livres pour faire plaisir à monsieur le garde. Tu viendras me trouver quand tu n'auras pas de travail. Je t'enverrai garder le gibier à la place de monsieur, lui ira tirer la scie de long. PERNU, légèrement méprisant.

Oh ! il saurait pas ; il pourrait pas I

(PAPILLON C'est mon avis. Au revoir, mon vieux.

PERNU, jJ^rplexe.

Monsieur le président. . .

Va donc. {A Villon.) Tu l'as amené, ce compagnon, reconduis-le, c'est bien le moins.

PERNU, s'en allant.

Ça, c'est farce ! (Les deux hommes sortent.)

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