SCÈNE II Les Mêmes, PAPILLON
Voilà le compagnon.
BALBINE
l'enfant Papa ! Papa !
BALBLNE
Je suis heureuse de te revoir !
PAPILLON élève Venfant à bout de bras /■ el r embrasse longuement.
l Tu as fini par l'avoir, ton beau képi ?
BALEINE
Il en avait tant envie ! Ça lui va bien, n'est-ce pas ? Mais toi, comme tu es beau, Papillon, je ne t'aurais pas reconnu ?
( Quand as-tu reçu ma lettre ?
BALEINE
Hier soir, je suis partie tout de suite. {L'enfant roule à terre et retourne vers le piano.) Veux-tu bien te tenir tranquille.
/ Laisse-le donc jouer du piano, ce petit, si ça r l'amuse !
BALEINE
Ah ! plutû t que je vais lui permettre d'abîmer quelque chose.
Qu'est-ce que ça fait. Joue donc... tape dessus. (L'enfant obéit.)
BALEINE
Papillon ! voyons, c'est pas sérieux. On va venir.
1 Eh bien, on viendra ! (// rit.)
BALEINE
Tu as trouvé de la besogne dans ce château, et il y en a pour moi, et tu m'as fait venir ! {Papillon approuve de la têle.) C'est vrai ? Ah 1 que tu es gentil, mon Jules, (^'/^e l'embrasse. A Venfanl.) Tais-toi donc !... Veux-tu que nous sortions? J'ai un appétit ! ... Le gamin doit avoir besoin de manger. Je te raconterai, dehors, les choses de là-bas.
Vous allez manger ici l [A Venfanl.) Attention à l'exercice, Riri. {Appelant.) Baptiste I (A Venfant.) Demi-tour à gauche... Ah! tu tournes à droite! {Il rit.) Je t'apprendrai le mouvement... {Appelant.) Baptiste!... (A l'enfant.) Voyons, recommence. Demi-tour à gauche... Marche... Une, deux, une, deux. .. {Baptiste paraît .) Baptiste, apporte de suite à manger.
BAPTISTE
Ici-'
(Oui. Ap. orte du perdreau, du rosbif, de la crème, tout ce qu'il y a à la cuisine. Apporte du bon vin. Fais vite, madame à faim et monsieur aussi. {A Balbine.) Aimes-tu le vieux pomard? BALEINE, rieuse.
Farceur! Bien sûr!
/ Apporte du pomard. Du vieux... Veux-tu du
I Champagne?
BALBINE
Non, c'est de la limonade.
Pas celui d'ici, c'est du bon. Tu vas voir. [A Baptiste.) Apporte du Champagne. {Baptiste sort.)
BALBINE
Tu es fou ! voyons, allons déjeuner. Oii mangestu? Est-ce loin?
(PAPILLON Non, non.
BALBINE
Eh bien, allons-y, le petit a faim.
l'enfant Oui, j'ai faim.
Attends une minute, que diable ! on va apporter ce qu'il faut.
BALBINE
Viens donc!
/ Reprenons notre exercice. Attention. La tête / droife, demi-tour à gauche, marche. Une, deux, I une, deux, là... Tu feras un bon général. [A 1 Baptiste qui apporte un plateau.) Apporte le pla- Vi teau sur la table. Mettez-vous là!
l'enfant Encore, papa
/ Ea avant, une, deux, une, deux. .. (Ze mouvement amène Venfant près de la lahle.) Halte! Et i maintenant, repos. On déjeune. {Baptiste sort.)
Je vois ce que c'est. Les maîtres sont absents. Tu portes leurs habits... Tu bois le vin du château. Tu es d'accord avec les domestiques... J'aime pas ça. Papillon. Songe donc, si on venait.
, PAPILL0.\
/ Mange!
BALEINE
Non, non! Voyons, tu n'as pas honte?
Mange! {H découpe un morceau de poulet.)
BALEINE
Tu sais. Papillon, sérieusement, j'aime pas ces plaisanteries-là! Nous sommes des ouvriers, nous, ce que nous mangeons, nous le gagnons.
Mange! {A V enfant.) Mange, Riri, et laisse dire ta mère qui ne sait ce qu'elle dit.
BALBINE
Est-tu bête! je te dis de déjeuner, t'occupe pas du reste.
(^^ Dans le
BALEINE
Où sont les maîtres?
Il n'y en a qu'un I
BALBINE
Où est-il?
BALBINE
Dans le château?
château.
BALBINE
Et tu oses ?
Parfaitenaent. Mange donc. C'est moi le maître. C'est à moi le château.
Oh!
/ Oui, mapetite...Ilestàmoi,cebeau domaine.. (^Veux-tu que je fasse venir le notaire?...
BALBINE
Si tu n'es pas fou, je n'y comprends rien. PAPILLON, appelant.
I Baptiste! {Baptiste paraît.) Fais dire à M. Palhe, ( mon notaire, que j'ai à lui parler.
BAFllSTE
Oui, monsieur.
BALEINE
Tu me coupes l'appétit. Voyons, ne blague pas. C'est à toi, ce château?
/ Oui. Et les terres qui l'entourent, et il y en a !
BALEINE
Mais comment?
C'est simple 1 j'ai hérité. Tu as bien vu Pernu, l'autre jour?
lîALlilNE
Oui.
C PAPILLON
Eh bien, c'est ça.
11 m"a parlé d'un petit héritage de rien du tout... Il tn'a donné cinq cents francs. Ils sont dans mon sac, je ne pensais pas à te le dire, je suis si bouleversée.
/ 11 t'a menti sur mon ordre.
BALEINE, émue.
C'est vrai... Oh!... mon Papillon, je suis heureuse pour toi, vrai. {Larmes.)
j Tu vas pleurer maintenant, es-tu bête?
dit lyonnais le juste 131
l'enfant Maman ! maman !
PAl'ILLON
Tais-toi, le guerrier... Oui, ma petite, c'est ici mon château. Comment le Irouves-tu?
BALEINE
Je suis renversée... Alors?
PAPILLO.X
Alors, c'est comme ça.
BALEINE
Pourquoi ne m'as-tu pas écrit tout de suite. Ton homme, Pernu, ne m'a rien dit.
/ Je lui avais défendu, encore une fois.
BALEINE
Pourquoi?
(J'étaispassùr, tu comprends. C'était embrouillé. J'avais tant à faire.
BALEINE
Et maintenant?
/ Oh ! maintenant, c'est en règle, c'est à moi.
BALEINE
Mais qui t'a donné ce château?
/ Que tu es curieuse! C'est ta manie. C'est un
/ vieux monsieur qui était mon père et qui m'a reconnu en mourant. M. Destouches. Maintenant, tu en sais autant que moi.
BALBINE
Ton père, M. Destouches... Qu'est-ce que tu me chantes là?
/ La vérité, ma petite. Il paraît que, dans le 1 temps, ma mère a servi ici.
BALEINE
Âh! bon, je comprends. {Temps, embarrassée.) Alors, tu es riche?
/ Énormément... Le plus riche du pays... Qu'est- Ice que tu as ?
BALBINE, temps.
Tu m'aimes toujours, Papillon?
I Parbleu! Tu ne serais pas là si je ne t'aimais I plus. {Entre Pathe.)