SCÈNE V Les Mêmes, MADAME VÉRILLAC, BERTHE, BAPTISTE
MADAME VÉRILLAC
Cette fille ici, c'est abominable. {Baptiste sort. Allant à Balbine qui se lève à son approche.) En même temps que j'apprends votre présence ici, mademoiselle, j'apprends aussi qui vous êtes, BALBINE, timide.
Je suis venue voir M. Papillon. C'est lui qui m'a écrit.
MADAME VÉRILLAC
Vous voulez dire M. Destouches.
BALBINE
Oui, madame... C'est mon bon ami.
MADAME VÉRILLAC
Berthe !... {Berlhe sort sur un signe de sa mère.) Oh ! n'employez pas de mots semblables dans ce salon.
RALBINE
Excusez-moi.
MADAME VÉRILLAC
M. Destouches a bien agi en vous faisant venir. Il est des explications qui se donnent plus aisément de vive voix. Il y a longtemps que vous connaissez M. Destouches ?
RALBINE
Oh! oui, madame, voilà plus do six ans que nous sommes ensemble.
Cet enfant?
BALBINE
Il est ^ lui.
MADAME VÉRILLAC
Je l'ignore.
BALEINE
Oh ! mais, je le sais, moi. Et Papillon aussi le sait.
MADAME VKIULI.AG
11 n'est pas reconnu?
BALBINE
Non. madame, mais...
MADAME VÉRILLAC
Vous voyez bien... N'insistons pas. Vous êtes une personne trop intelligente pour ne pas comprendre la situation sans m'obliger à mettre les points sur les i. La situation de M. Destouches a tellement changé que la vôtre doit changer également. Tout d'abord, vous sentirez qu'après les explications nécessaires votre place n'est plus ici. M. Destouches fera largement les choses avec vous. Et, comme vous n'êtes ni une sotte, ni une méchante personne...
C'est M. Papillon qui vous a dit de me parler...
MADAME VÉRILLAC
La chose s'impose... mon enfant... Voyons, ne vous troublez pas... les événements sont ainsi, rien ne les changera, allez. C'est la vie... c'est la fatalité... Bonne aux uns, dure aux autres. M. Destouches n'épousera pas, ne peut pas épouser la maîtresse de Papillon, tailleur de pierres. C'est une histoire ancienne. Je suis même certaine que si l'on vous proposait de devenir madame Destouches, vous refuseriez, vous seriez gênée, disons le mot : ridicule, malheureuse.. BALEINE, pleurant.
Moi qui l'aime tant!
MADAME VERILLAC
Sans doute, vous l'aimez. Les exigences
sociales sont plus fortes que l'amour. Vous devez renoncer à lui.
BALEINE, en larmes.
Il va se marier ?
MADAME VÉRILLAC
Oui, c'est indispensable, il faut ici une femme du monde pour tenir ce vaste château, pour recevoir... Maintenant, il y a votre enfant à qui vous devez penser avant tout. Il est délicieux, ce bambin. C'est à son avenir que vous devez ce dernier sacrifice; toutes les mères en feraient autant. Vous ferez élever votre fils dans une grande école, on vous en fournira les moyens. 11 deviendra un homme distingué, un ingénieur, un officier. Ce sera un beau colonel un jour. Songez comme vous serez fière de lui, comme vous serez heureuse.
BALBINE
Mon homme!
MADAME VÉRILLAC
D'autre part, vous feriez beaucoup de peine à M. Destouches qui a le droit de compter sur une attitude plus correcte, plus loyale. Il a été longtemps avec vous, m'avez-vous dit?
BALEINE
Six ans passés.
MADAME VÉRILLAC
A plus forte raison. On vous donnera de l'argent.
BALBINE
Je n'en veux pas. Si vous croyez que c'est pour l'argent que je pleure... Je l'aime tant, Papillon... Quand je pense que je ne serai plus avec lui... Ça me brise le cœur... voilà tout... C'est comme s'il était mort. Mon pauvre Papillon!
l'enfant, pleurant.
Maman ! maman !
MADAME VÉRILLAC
Nous vous donnerons...
BALBINE
Non, non, je ne veux rien. Oh! j'ai mal là! mon homme ! mon homme ! {Elle sort en emmenant V enfant.)