SCÈNE VIII
PAPINEAU, NELSON, PACAUD, GEORGE, el deux autres CHEFS DES PATRIOTES.
(Aussitôt que les Patriotes sont sortis, l’on approche la table
vers le milieu de la soène, et l'on s’assied alentour, Papineau en tête, et Nelson à sa droite.)
PAPINEAU.—Maintenant, mes amis, la situation est solennelle. Inutile de’faire un long préambule. Vous savez où nous en sommes, Il s'agit d'adapter un parti, de décider ce que nous allons faire.
NELSON.-—-Je suis tout décidé quant à moi.
| PACAUD.—Et moi aussi!
GEORGE.—-Et moi aussi !
LES AUTRES, à tour de rôle.—Æt moi aussil | PAPINEAU.--Et vous avez décidé...?
| NELSON.—De résister jusqu'à la mort!
| TOUS, excepté Papineau.—C'est cela !
PAPINEAU.--Prenez garde, messieurs; vous assumez une grande responsabilité. Savez-vous que c'est la guerre civile que vous proclamez-là ?
PACAUD.—Parbleu, si nous le savons !
mort pour un grand nombre, la ruine pour des milliérs, et peut-être l’échafaud pour les promoteurs de l'insurrection ?
NELSON.—Nonl!.. c'est l'indépendance ! c'est la gloire! c’est la république ! c’est la liberté !.…
.: TOUS, excepié Papineau el Nelson. Vive la liberté !
PAPINEAU.—Ah! si vous disiez vrai !
PACAUD.—QOui, vive la république canadienne!
Vive notre premier président, Louis-Joseph Papineau !
PAPINEAU.-— Mes amis, c’est de l'enthousiasme, tout cela.
NELSON.—Soit! mais c’est l'enthousiasme qui fait les héros, | |
PACAUD:—Et ce sont les héros qui font les ” grandes choses !
NELSON, deboul—Papineau, écoutez-moi, Nous n'avons plus à hésiter, Les troupes anglaises sont
ut-être en marche à l'heure qu'il est. Un jour ou ’autre elles arriveront ici,—après demain peut-être ; et alors, il faudra, soit lzur résister, soil nous rendre honteusement. Si nous nous rendons, nous, irons tous pourrir dans les prisons de Montréal peñdant des æ&nnées peut-être; puis l'on nots enverra finir notre misérable existence sous quelque climat meurtrier des ‘mors australes, Et le pays—notre pauvre pays !—sera plus écresé, plus bafoué, plus misérable que’ jamais, car il lui manquera ses meilleurs défenseurs. La tyrannie triomphante redoublera, et la population française,-=votre race, monsieur Papineau !— découragés, pour ainsi dire décapitée, pliera à jamais le cou sous le joug ; et, après avoir croupi dans l’ignorance, l’abrutissement, l'ilotisme, finira par disparaître de la face du monde civilisé. Voulez-vous de cette alternative ? 34,4
: PAPINEAU, se levani.—Non ! mille fois non} :NELSON.—Si nous nous défendons, au contraire, le cri de liberté va retentir d’un bout à l'antre du
it-être ; rendre 3, irons jéndant ra finir t meurpauvre sérable défent la poneau !— | jamais s l’ignodispavous de
on} ntraire, ntre du
anse 9 “sage
pays. Les populations se soulèveront comme un seui omme; et, nouveaux Guillaumes Tells, nouveaux Washingtons, nous aurons inscrit nos noms dans l'histoire, parmi les émancipateurs des peuples !
PACAUD.-Bravo!
PAPINEAU.--Et si vous êtes vaincus ?
NELSON.--Nous ne pouvons pas être vaincus! La délivrance de Davignon et de Desmarais va enthousiasmer la population. Les premiers avantages rempos tripleront :: confiance et le courage de nos
ommes. Les trou;es anglaises sont peu nombreuses dans le ::1ys. L’Angleterre, à cette saison de l’année, ne powrra envoyer ni armes ni soldats. Et nous, nous aurons derrière nous... la grande république américaine !.…
TOUS, exceplé Papineau.—-Vive : la : République américaine! :
NELSON.Et puis, après tout, si nous succombions.… si nous étions vaincus... n’oublions pas que le sang versé pour la liberté ne l’est jämais inutilement. C’est une semence féconde qui germe toujours, et qui fleurit tôt ou tard!
PACAUD.-—-Et, quant à moi, j'aime mieux mourir comme un soldat, les arines à la main, que de vivre
plus longtemps la tête sous le talon des bureaucrates !.
TOUS, excepté Papineau.—C'est cela !
NELSON.—Et puis—laissez-moi vous dire, monsieur Papineau,--chaque chose a son temps. , Vous avez, pendant des années, lutté à la tribune et dans les assemblées populaires ; c'est à notre tour de luttér sur un autre terrain, Vous avez joué votre rôle d'homme d'Etat ; le nôtre commence, et c'est celui de soldat! Ce n’est plus le sarcasme ni l’imprécation qu'il faut lancer contre nos adversaires, ce sont des coups de fusils! En êtes-vous, vous autres ?
ES S ee ee ce mm PO mes res — mes
rm | Joe
TOUS, exceplé ns —QOui, oui, oui! (fs $e lèvent),
PAPIN EAU LAMONE: mes pauvres amis, vous lat: rez voulu !.. Le sort en est jeté !..Je ne veux pas être un obstaclé à votre héroïque détermination … mais, quoiril arrive, rappelez-vous que jé /n’ai ‘jaais voulu l’effusion du sang. Nous sommes entre. les mains de Dieu maintenant. Qu'il fasse que nous réussissions !
NELSON. — Bravo... {A se jelte dans es bras de Papineau, ) Maintenant c'est à la vie, à la mort !
PACAUD — Vive Louis-J oseph Papineau!
NELSON.—Ah! mes enfants, le succès est certain maintenant !…
PACAUD.—Pardon! Maintenant le succès n’est pas certain du tout... à moins que nous n’ayons des fonds, et un commissariat régulièrement organisé. Je vous parle en marchand et en banquier, moi. Tout enthousiaste que je suis à mes heures, je ne perds point de vue le côté pratique. {44 $e promène de long en large. )
:NELSON.—Et où voulez-vous que nous les .prenions, ces fonds ?
PACAUD.—J'y ai pensé ; et voici ce que je propo se. Je suis président et principal actionnaire de la
anque du peuple, à Saint-Hyacinthe. Le fait est que toute l'hstitution appartient presque exclusivement à mes frères et à moi. Eh bien, dites un mot : je fais frapper des billets; ét, dans quinze jours au plus, les Patriotes ont trois cent mille piastres à leur disposition. Avec Cela, on a des fusils, de la poudre, des balles, et surtout du pain !
NELSON ft qui vous remboursera, capitaine ! ? PACAUD.—Le gouvernement, parbleu!