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NATURE, HISTOIRE ET INTÉRÊT DE LA COLLECTION

Les papyrus publiés ci-après ont été choisis parmi plusieurs centaines de fragments provenant de l'Institut papyrologique de l'Université de Lille. Rapportés d'Égypte par Prerrs Jouauer à la suite de ses campagnes de fouilles de 1901 et 1902, ils ont été peu à peu extraits des cartonnages en même temps que les papyrus grecs auxquels ils se trouvaient intimement mêlés, ainsi qu'il arrive fréquemment. Pour les questions matérielles, il suffira de renvoyer aux publications des papyrus grecs de Lille et des papyrus de Magdôla.

Parmi les documents actuellement lisibles, en dehors des 33 pièces ici reproduites, il en est encore qui méritent de retenir l'attention. En outre, le déroulement n’est pas terminé et réserve peut-être des surprises. Il y aura là la matière d’un deuxième tome.

Les documents démotiques ont été mis à ma disposition par le Directeur de l’Institut papyrologique, à fins d'études et de publication, en plusieurs fois. Le N°1 m'a été apporté, à titre de spécimen, par Jouaugr, en novembre 1913. J'ai été chercher moi-même à Lille, à la fin de décembre de la même année, un lot important dont sont extraits les N° 2, 8, 5 à 8, 27, 28 et 30 à 33. Le tout a été conservé pendant la guerre au Musée Guimet. Le reste étant demeuré inaccessible pendant l'occupation, un second lot m'est parvenu de Lille à la fin de mars 1920, dont j'ai tiré les N% 4 et 12 à 26. Un troisième lot, arrivé au milieu de juin, a fourni le copieux N° 29. Enfin les N°% 9 à 11 m'ont été remis au milieu de juillet.

Sans anticiper sur les questions de date, on peut dès maintenant isoler deux grandes catégories, les papyrus du IIT° siècle et ceux du IV°, le tout avant J. C. Le premier groupe appartient à une époque bien fournie en documents grecs et égyptiens de nature diverse. Or, si «la période hellénistique », comme l'a dit M. Rosrovrzerr, <est une des plus importantes époques de l’évolution du monde», le premier sièele qui à suivi la conquête macédonienne et a vu fusionner progressivement les civilisations, sollicite au maximum la curiosité, Ici les monuments se présentent souvent par sous-groupes se rapportant à des faits de même ordre. Cela nous met en bonne posture pour saisir les modalités de telle institution et en apercevoir les aspects variés.

Le second groupe, préptolémaïque, montre cette écriture qu’il est convenu d'appeler «démotique archaïque » et dont l'étude constitue une spécialité dans une spécialité. Nos N° 22 à 28 ont leur importance pour l’histoire de la paléographie. En 1909, M. Grrrrire (Rylands, p. 31) rappelait l'existence d’une lacune d'un grand siècle dans la série des contrats démotiques entre Darius I‘ et Alexandre. Quelques rares pièces attribuées hypothétiquement par Revicrour aux règnes d'Artaxerxès [®, d’Amyrtée ou d'Hakoris restaient inédites. Seul, un contrat portant le nom de Darius (reproduit par Revizrour dans sa Chrest. dém., p. 295 sqq et dans son Corpus papyrorum, N° 3) a été assigné avec beaucoup de vraisemblance par cet

auteur au dernier souverain du nom. Mais, précisément parce qu'il s'agit du vaincu d’Arbèles, la lacune SOTTAS, Papyrus démotiques de Lille. 1

se trouve légèrement rétrécie, mais nullement comblée, car le document peut être rattaché paléographiquement au groupe appartenant à la toute première période-ptolémaïque, englobant les règnes des deux Alexandre, d'Arrhidée et du premier Ptolémée. L'écriture y est déjà fixée, à quelques détails près, selon le mode ptolémaïque. On peut en dire presque autant du papyrus Libbey, éerit durant la révolte de Khabbash et dont l'aspect scriptural semble confirmer les déductions des auteurs qui, comme SrrecrceerG, MAsPgro, Gavrarer, contre BruGsox et Grrrrtrx, retardent le règne de Khabbash jusque vers la fin de la période perse. C'est pourquoi les spécimens qui se situent entre Darius I et III doivent être spécialement bienvenus. ;

La publication des papyrus du Caire a fait connaître un certain nombre de fragments remontant à la période envisagée et dont deux sont datés. Le premier (N° 30899—30903), de l’an 6 d'Hakoris, avait déjà été signalé par Revirrour. L'autre (N° 30871) est de l'an 16 de Nectanébès. Le malheur est que ces deux pièces sont demeurées à peu près indéchiffrables, ce qui en réduit beaucoup la valeur, même au point de vue paléographique. La lecture Nht-Hr/-1b] n’est pas même absolument inattaquable, car le trait qui, sur le fac-similé, paraît représenter la partie antérieure de K peut aussi bien être pris pour le

qui accompagne généralement 5, et les traces qu’on trouve ensuite conviennent aussi bien à == qu'au complément de Re Aussi, à moins que l'original ne soit plus clair, peut-on hésiter entre les deux Nectanébo. Autant qu’on en peut juger dans un état de choses aussi défectueux, le caractère archaïque de ces papyrus du Caire, même de celui d'Hakoris, est relativement peu accentué.

On dispose maintenant d’une bonne photographie du papyrus du British Museum que RævizLour, depuis longtemps, attribuait à l'an 5 d'Amyrtée (Revue Égyptologique, XIV, pl. 1—2; cf. H. Gavin, Livre des Rois, IV, p. 159 sq.). Malheureusement, millésime et nom royal y sont tout à fait indistincts. On en est réduit à admettre de confiance que l’identification de Rxevirrour est aussi exacte ici que dans la Chronique démotique, malgré la graphie différente de l'élément AT à ligne 1. Si cette supposition n’est pas infirmée par la compararaison paléographique du document, ainsi daté de 400, avec notre N°22—23, de 371 (v. p. 8), cependant il n’y a pas certitude. Nous n'avions donc jusqu'ici, entre le premier et le dernier Darius, aucun repère de tous points satisfaisant.

Les manuscrits reproduits ci-après aux planches IX à XIV appartiennent à cette époque de transition capitale pour l’histoire de l'écriture. Ils sont peut-être trop fragmentaires pour fournir beaucoup de données à l'histoire des institutions. Mais ils sont précieux pour étudier les origines du formulaire ptolémaïque et, comme ils présentent des passages étendus généralement compréhensibles, leur grande valeur paléographique est indéniable.

Dans l'ensemble l’état de conservation n'est pas excellent. C’est ce qui arrive trop souvent aux papyrus extraits des cartonnages. Mais si nos documents ne peuvent rivaliser, pour l'aspect matériel, avec certaines belles pièces intactes et bien lisibles, du moins possèdent-ils ce mérite primordial d'être exempts

de banalité.

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