‹ Papyrus démotiques de Lille. Tom. IChapitre 10 sur 60 · PROVENANCE DES PAPYRUS · texte numérisé non relu

PROVENANCE DES PAPYRUS

La distinction chronologique déjà signalée paraît coïnecider avec une autre qui à trait aux lieux d'émission. Ainsi qu'on le verra plus loin, les papyrus préptolémaïques doivent être attribués en bloc à Héracléopolis magna, donc à la région limitrophe du Fayoum au midi.

Parmi les localités nommées dans les pièces du ITT° siècle, la Bérénice du N° 6 peut être située avec certitude, sinon avec une précision absolue, aux environs des ruines d'Euhéméria, dans l’ouest de la province. Une autre, Pisaï, mentionnée aux N° 1 et 29, fournirait un repère fixe si la lecture en était certaine et l'identification assurée avec la moderne Ibshawi, à quelque 25 kil. à l'est d'Euhéméria. Sur une Arsinoé, connue par les N°52, 3, 4 et 21, nous n'avons aucune donnée, si ce n’est qu’elle relève du district de Thémistès et peut-être, selon une indication supposée incomplète du N° 2, qu'elle était riveraine du même canal que la Pisaï susnommée. Une -autre raison peut inciter à croire au voisinage des deux localités, c'est que des individus domiciliés dans l’une et l’autre se sont fait établir des contrats par un même Marrès.

Bien que le silence des autres documents en matière de topographie laisse la porte ouverte à bien de suppositions, on sera tenté de grouper les lieux d'émission des pièces ptolémaïques dans l'angle formé par la lisière du désert à l'ouest et la rive sud du Birket Karoun, sans trop s'éloigner du sommet. On voit que les sites où nos documents ont attendu la venue des fouilleurs occupent une position moyenne entre les régions d'émission des deux groupes. Les archives de plusieurs localités de la partie occidentale et méridionale de la province ont dû se trouver centralisées par un marchand de papier en gros. Il est remarquable que dans le lot figure une pièce statistique (notre N° 32) établie par un bureau connaissant de certaines affaires administratives intéressant, semble-t-il, le nome tout entier. Le stock a dû ensuite être réparti entre les fabricants de cartonnages funéraires fixés à Ghôran et Magdôla, ou entre les clients locaux d’un même industriel fournissant tout un canton. En effet le N° 27, qui semble bien former bloc avec les archives d'Héracléopolis, a été trouvé à Magdôla, ainsi que le N° 6, lequel traite des mêmes affaires et est sans doute de la même main que le N° 7, de Ghôran.

On complètera ces considérations avec les données fournies par les papyrus grecs de même provenance. Je n’en ai pas tenu compte à dessein, de crainte de me laisser entraîner hors de mon rayon d'action.

L'ensemble des N°5 22 à 27, et peut-être aussi 28, constitue un groupe homogène en ce qui concerne le lieu d'émission. Le nom même d'Héracléopolis magna se lit sur les N° 22—23 et 26. Dans 22—23, il est question des «dieux d'Héracléopolis», mention trop générale pour être accidentelle. Dans 26 l’objet du contrat est une propriété sise au N. E. d'Héracléopolis. La graphie du nom de la ville répond à l’orthographe 1470 qui est la plus anciennement attestée. La leçon avec ses que l'on retrouve, non seulement postérieurement, au Livre des Morts démotique (éd. Lexa, N° 325), mais, antérieurement, sous Darius [*, aux papyrus Rylands, est connue en hiéroglyphes dès le Moyen Empire. (Cf. Rylands, p. 220, n. 14 et Serue, À. Z., XLIX, p. 16). A noter que la stèle hiéroglyphique de Naples provenant d'Héracléopolis (Urkunden IT, p. 1sqq) et de peu postérieure à nos papyrus, montre la même orthographe qu'eux. Le choix de l’une ou de l’autre forme est donc indépendant de la chronologie et déterminé, soit par des habitudes locales, soit par la nature des documents.

Le dieu Harsaphès, patron d'Héracléopolis, est mentionné aux N°5 22—23 et aussi 27, où l’un des contractants est un fonctionnaire attaché au temple de ce dieu.

Le nom divin est suivi du surnom Somtheus, souvent attribué à Harsaphès, dans 22—23. IT apparaît en outre dans des noms propres théophores, soit seul, soit en composition : Somtheus (22); Semtôouitefnecht (26); Semtôouierdys (27). CE. le nom hiéroglyphique SAR du prince d'Héracléopolis dans la stèle de Naples susmentionnée. g

Le sanctuaire d'Héracléopolis Lo Re 1. | sue (CE. Grrrrrrx, Ehnasye, p. Tsqq) con-

ru: . : TE EC û = CT ë sacré à un Osiris local et dont l'entrée méridionale est assimilée à ir (Livre des Morts, 1*

Chap. 17, $ 13) apparaît dans les dénominations : Osiris de Neref (22—23-—24; cf. Rylands, p. 423); Osiris de Busiris résidant à Neref (22); Harpsenisis de Neref (24). Nous sommes sans nul doute dans cette nécropole située au N. O. de la ville, sur le seuil qui sépare le Fayoum méridional de

la vallée.

LD CR as ’ , Q A Enfin l’éphitète = fréquemment accolée au nom du dieu Harsaphès, se retrouve dans le nom d'homme Harmachoros (22 et 26).

Sur l'importance prise par Héracléopolis durant cette période, et ses relations étroites avec le

Fayoum, cf. Rylands, p. 75 sqq.

Numéros | des Roi régnant Dates initiales ou finales Dates dans le corps des textes papyrus 1 Ptolémée IIT an 4, Athyr depuis l’an 4, Athyr 2 ext. id. an 4—5, Phaménoth 9 depuis l'an 4—5, [Phaménoth 9] 2 int. id. an 4, Phaménoth depuis l'an 4—5, Phaménoth 9 5) id. an 4, Mésoré, 2° épagomène pure “ Ë pes : RPUEE | 34 jours 4 ext. | Ptolémée IT an 38 — 39, Tybi 20 depuis l'an 38 — 39, Tybi 20 4 int id. [an 38 —]39, Tybi 20 depuis l'an [38 — 39, Ty]bi 20 5 Ptolémée III (?) | an 2, Épiphi 20 » al , k depuis l'an 25 = 26, Tybi 9 int. | Ptolémée III an 25 — 26, Tybi ie l'an 26, Athyr 30 9 ext. 1426 Vi UT! MERE ETAT NES jusqu’à l'an 26, Athyr 30 10 id. an 25 — 26, Tybi jusqu’à l’an 26 — 27, Athyr 30 kil id. an 25 — 26, Tybi jusqu’à l’an 26 12290 | Ptolémée 11 le" PP ltexte grec : an 35, Pachons 21 Piotonée Te PEN jan O0) x Îtexte grec : an [10], Épiphi 20 T | 22 Nectanébos an 8, Phaménoth 29 Ptolémée II an 24, Méchir ue : 1 an de 365 jours 32 Pioléméen#tl)# EMA EE APE SE, où an 22 Épiphi jusqu'à Méchir 30 Phaménoth jusqu'à Pa[chons] 30 Payni 10 :

jusqu'à Payni 11 33 Ptolémée IT ou III | an 24 — 25, Phaménoth 18 | | (voir commentaire) |

On trouvera groupées dans ce chapitre et traitées d'ensemble les questions relatives aux dates portées sur les documents. Les disperser dans le commentaire ne pourrait que nuire à la clarté. Il sera dérogé

quelquefois à cette règle, notamment au commentaire des N° 8, 1. 1; 4, 1. 2 et 29, L. 4. Le tableau synop-

tique ei-contre facilitera les comparaisons.

À. Papyrus ptolémaïques.

Parmi les pièces datées, la plus ancienne est de l'an 34 de Philadelphe; la plus récente de l'an 25 d'Évergète I%: Quant aux autres, leurs caractères paléographiques ne les éloignent nullement de cette même période. Ceux des monuments non encore publiés ici qui sont datés confirment cette impression, et montrent que, dans l’ensemble, la collection appartient au règne de Ptolémée IIT, en débordant de quelques années sur celui de son prédécesseur et peut-être aussi de son successeur.

Si les questions de datation sont délicates à toute époque, elles atteignent rarement le même degré de complexité qu’au ITT° siècle av. J. OC. Les deux systèmes parallèles de double datation : année égyptienne et année macédonienne d’une part; années égyptiennes fiscale et régnale de l’autre, ont exercé la sagacité de nombreux papyrologues. Sans remonter au delà de l'étude de M. Boucné-Lecrerca (Lagides, IT, Appendice, p. 379 sqq et IV, Appendice IT, p. 277 sqq), on citera: Wicokex, Grundzüge, Einleitung, p. LVIIsq; J. Lesquier, Archiv, IV, p. 284 sqq et Papyrus de Magdôla, Introduction, p. 34 sqq; Cavarawao, La Chronologie égyptienne au IIIe siècle av. J. C., ap. B. C. H., 1914, p. 5sqq; ©. Encar, On the dating of early ptol. papyri, ap. Annales du Service, XVII, p. 209 sqq et À further note on early ptol. Chronology, ib., XVIII, p. °8sqq. Loin d'envisager l’ensemble des problèmes posés, je me bornerai à celui des années dites fiscales et régnales, et encore en n’en considérant qu'un seul aspect, la manière dont se comportent les documents égyptiens connus depuis peu, en face de l'hypothèse émise jadis par Suyzy et qui tend à s'imposer chaque jour davantage. Je ne me réfererai pas même aux documents à double datation qui ont allongé la liste de Bououé-Læecrerce (IV, p.291) et pour la plupart ont été déjà confrontés avec.la thèse de SmyLy. Seront pourtant introduits dans la discussion les Papyrus démotiques Hauswazpr, publication coûteuse, peu répandue en France, et, sauf erreur, restée inutilisée à ce point de vue. |

On connaît la solution proposée par Smyzyx (The revenues years of Philadelphus, Evergetes T and Philopator, ap. Hermathena, 1906, p. 106 sqq) : l'année fiscale est «comptée à partir de quelque date toute proche de l’équinoxe du printemps». On précise quelquefois davantage : le 1% Méchir. C’est là en quelque sorte, une moyenne, l’équinoxe vernal se déplaçant du 20 Tybi au 10 Méchir environ pendant la période considérée (285—204). Si l’on admet, avec la majorité des auteurs, que dans ces conditions, l'année de règne correspond à l’année vague commençant au 1% Thot, on aboutit à cette conclusion simple que pendant D mois de l’année de règne (Thot, Paophi, Athyr, Choiak et Tybi), les deux années portent le même numéro, tandis que, durant les 7 autres mois, l'année fiscale est en avance d’une unité. Donc, en principe, nous devons trouver des indications de doubles dates seulement pendant les mois de Méchir, Phaménoth, Pharmouthi, Pachons, Payni, Épiphi et Mésoré. La vérification est aisée, du moins en apparence. Une remarque générale est ici nécessaire : malheureusement les saisons Hp et woM comportent en démotique des graphies fort peu distinctes, inconvénient qui résulte de la similitude des succédanés de = et de ex. Des confusions sont toujours possibles et il convient de conclure avec cireonspection quand les noms de mois, sauf ceux des 4 premiers, ne sont pas «recoupés ».

Les N° 1, d'une part, et 12 à 20, de l'autre, confirment la loi. En Athyr, une seule année; en

Pachons, deux années indiquées. Il en est très probablement de même pour le N° 33, bien que la dis-

position du texte laisse planer un très léger doute. Par contre, le N° 10 infirme nettement, puisqu'on y lit : an 26 — 27, Athyr 30.

Entre ces deux extrêmes il y a diverses modalités. Tout d'abord, la date troublante apparaît aux N° 9 et 11, qui sont pour ainsi dire calqués sur le N° 10, avec, à cet endroit, l'indication de la seule année 26. Ici chacun jugera selon son tempérament, les uns admettant une distraction du seribe dans le N° 10, les autres objectant qu'il a pu, dans 9 et 11, user de la faculté d’omettre la double datation, cas fréquent, comme nous allons le voir. Ceux qui tiendront pour valable la date de 10 se réfèreront au dernier document de la liste de Bouoné-Lecrerce, enregistré le 4 Tybi de l'an 12 — 13 de Philopator et qui à été un peu perdu de vue, à ce qu’il semble. La cause paraît encore plus compromise si l’on fait état des dates initiales des N°9, 10, 11 et surtout 4, où le mois de Tybi est accolé à un double millésime. On neutraliserait ces 4 derniers témoignages défavorables en avançant le point de départ d’un mois environ. Pour éliminer la première difficulté, qui d’ailleurs, reste attachée à un exemple unique, il faudrait aller jusqu'à deux mois, plus même si l’on prenait pour base l’équinoxe.

On peut avoir recours encore à d'autres données. Dans le N° 2, daté de Phaménoth, on lit : an 4 dans la scriptura interior, là où la scriptura exterior à : an 4—5, et alors que la scriptura interior ellemême donne plus loin la même date avec : an 4—5. Ainsi l’année fiscale n'est pas indiquée, bien que Méchir soit passé et, d'autre part, le seul millésime exprimé représente l’année régnale. De même le N° 3, daté du 2° épagomène rattaché à Mésoré, ne porte pas : an 4—5, mais : an 4. Comme, en plus, il y a changement d'année entre la fin de Mésoré et la fin de Thot, c'est bien, si la théorie est Juste, de l’année régnale qu'il s'agit. De cela on a confirmation par le texte déjà mentionné de l’an 12, Tybi, en démotique et de l'an 13, Tybi, 4 en grec, et mieux encore, car les faits isolés sont toujours sujets à caution, par le groupe des papyrus Hauswaldt. H. 2, 8 et 9 sont des actes de vente de terrains, du même scribe, datés, en égyptien, de l’an 7 de Ptolémée IIT, mois de Pachons ou de Phaménoth. L'enregistrement grec porte simplement Li pour l’année et respectivement Hayovs 12, Daouoëd x et Ilayowe xÿ. Bien que nous soyons en l'an 7—8, le texte égyptien n’accorde aucune mention à l’année fiscale, introduite seulement dans l'enregistrement. (C’est ainsi que, parmi les autres contrats de vente de la même collection qui, on ne sait pourquoi, n’ont pas été enregistrés, une seule année intervient, même dans H.3 (toujours de la même main), de l'an 2 d'Évergète, Payni; H.12, de l'an 2 de Philopator, Mésoré, et 25, de l'an 7 de Philopator, Mésoré. Par contre nos N° 12 à 20 ont an 34— 35 dans le texte et an 35, Pachons, à l'enregistrement.

Ce faisceau de témoignages fournis par des documents, soit du Fayoum, soit d'Edfou, permet de formuler, avec autant de sécurité que la matière le comporte, les trois propositions suivantes:

1°. Quand, dans le texte démotique, une seule année est mentionnée, c’est l’année régnale.

2%, Quand, dans l'enregistrement grec, une seule année est mentionnée, c’est l'année fiscale.

3°. Dans les documents démotiques, l'indication de l’année fiscale est facultative, même quand son millésime est supérieur d’une unité à celui de l’année régnale.

Outre les exemples déjà signalés, la troisième règle se vérifie dans les N° 5 et 29.

On s’attendrait à trouver le comput par années fiscales spécialement sur celles des pièces qui ont un caractère fiscal plus ou moins accentué. Cette prévision du bon sens peut recevoir de formels démentis. Ainsi les N°% 2 et 4, qui ont trait à des affaires de police, sont pourvus de la double date. Au contraire le N° 21, où la question d'impôts n'intervient pas seulement pour le paiement de l’èyxixhtoy, mais constitue le fond même du contrat, on lit seulement : an 9 de Ptolémée III, Épiphi. Malheureusement l’année est effacée sur l'enregistrement tous [1] érfsie] xx, et les noms des éponymes sont aussi perdus. À moins de déroger aux règles énoncées précédemment, il faut restituer t. Une difficulté se présente à la ligne 8, où il est parlé de l'impôt, de la taxe de l'année 9 qui est l’année 10. Il est bien étrange qu'en parlant

de l’impôt perçu ou à percevoir pour une année, on fasse intervenir l’année régnale.

Doit-on admettre que le hasard seul a présidé au choix des dates 1* Méchir et 30 Tybi, comme limites de validité des statuts du thiase d'Horus-Behoudti à Pisaï (N° 29)? Les documents similaires, il est vrai, indiquent d’autres mois, mais ils appartiennent à la deuxième période ptolémaïque. Au IIT° siècle, on peut avoir fixé, pour l’acquittement de cotisations versées à une caisse de société, les mêmes termes que pour celui des impôts d'état. Il y a peut-être là un appoint sérieux à la thèse discutée.

Le N° 3, précieux à plus d’un titre, peut contribuer efficacement à lever un doute exprimé encore tout récemment par M. Encar (loc. cit. p. 218).- Reconnaissant que les datations par l’année régulière commençant au 1% Thot ont fini par prendre le dessus sur les autres computs, cet auteur se demande dans quelle mesure on les employait à l'époque qui nous occupe. Notre N° 3 montre clairement que pendant les 34 jours qui séparent le 2° épag. du 30 Thot, il y a eu changement d'année. Situer ce changement au 1% Thot est une interprétation d’autant plus acceptable qu'il faudrait admettre autrement que l'anniversaire de l'événement auquel se rattache le début de l’année a eu lieu pendant ce même laps de temps. Cela cadrerait fort mal avec les données du décret de Canope relatives à l'avènement d'Évergète, même en adoptant le système d'intercalation le plus favorable. La preuve n’est pas superflue, puisque trois procédés sont attestés, fixant l’origine des années de règne égyptiennes :

1°. au 1% Thot après l'avènement;

2, au 1* Thot avant l'avènement;

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