FRAGMENT D'UN CODE
mule ἐὰν δὲ ct des 1mpératifs, semblent bien marquer que notre texte est une suite de dispositions légales, un extrait d'un code en vigueur en Égypte.
Une chose est remarquable d'abord, c'est qu'il existe entre ces dispositions et les lois athéniennes des ressemblances tout à fait frappantes. En Égypte et à Athènes, les péripéties de l'affaire sont les mêmes, les mêmes démarches sont nécessaires pour l'introduction de la plainte, le témoignage des esclaves est admis sous les mêmes conditions, le juge prononce les mêmes pénahtés. Bien plus, nous trouvons 101 Îles νομοφύλαχες, magistrats bien connus en Attique. Ils s'appelaient les Onze au ᾿γὸ siècle et ne prirent ce nom de nomophylaques qu’à partir de Démétrios de Phalère, et peut-être sur sa proposition. Cf. Mcier-Schæœmann, der attische Process., pp. 81 sqgq. En somme, sauf quelques divergences de détail, relevées en note, nous pourrions croire que ce fragment contient des extraits de code athénien, si nous ne connaissions sa provenance ct si nous ne lisions au bas de la Col. IT : εἰς ᾿Αλεξάνίδρειαν. Il paraît du moins bien certain que, sinon Île code, du moins les dispositions particulières relatives aux esclaves, que nous avons 10], sont d’origine grecque ct, plus précisément, athénienne. Cette influence d'Athènes sur la civilisation hellénistique n'a rien en soi que de naturel; et, en ce qui concerne particulièrement les Lagides, les règlements de la colonisation militaire en Égypte semblent bien avoir été cmpruntés aux clérouchies athéniennes; cf. Bouché-Leclercq., Zlist. des Lagides, WI, pp. 231 5644.
Peut-on préciser davantage la nature de notre texte? Nous croyons la chose possible. Les lois en vigueur sous les Lagides sont en effet de deux sortes : 11 y ἃ οἱ τῆς γώρας νόυοι ct oi πολιτιχοὶ νόμοι. Les premières sont les anciennes lois indigènes, restées en vigueur après Ha conquête pour toutes les dispositions que les πολιτιχοὶ νόμοι et les ordonnances n'abrogeuient pas. Les secondes, ce sont les lois gouvernementales établies par les Lagides, elles
peuvent être complétées par des ordonnances et des règlements : προστάγματα, διαγράμματα; Cf. Bouché-Leclercq., Z/istoire des Lagides, IV, pp. 75-76. Or, il n’y a pas apparence que notre code, avec ses imitations si frappantes de la loi athénienne, soit un extrait des τῆς ywsas νόμοι; nous sommes donc autorisés à y voir un fragment des πολιτιχοὶ vis. M. Bouché-Leclercq croit même quil est possible d'attribuer notre fragment à Démétrios de Phalère, Selon lui, l'influence d'Athènes n'aurait pas été seulement une action à distance; elle se serait incorporée dans un homme d'État qui, venu d’Attique en Égypte, aurait continué auprès de Ptolémée Soter son rôle de législateur, comme l’aflirme Élien, Var. Hist., II, 47 : νομοθεσίας ἦρξε (cf. Comptes-rendus de l'Acad. des Inscr. 1908, séance du 17 Janvier). Voici d’ailleurs ce quil a bien voulu nous écrire au sujet de cette très pénétrante et très séduisante attribution : « L'indice le plus significatif me parait être la mention des νομοφύλαχες, titre et'fonction empruntés à la Politique d'Aristote, dont Démétrios de Phalère, disciple et ami de Théophraste, peut-être auditeur d’Aristote lui-même (jusqu'en 323 av. J.-C.), devait admirer la doctrine. Cette doctrine, il fut à même de l'appliquer à Athènes et à Alexandrie. À Alexandrie, il y avait urgence à régler la condition des esclaves, les mœurs grecques ne s'accommodant pas sur ce point des coutumes indigèncs. Ptolémée Soter, ayant sous la main un homme d'État ct l’'honorant de sa confiance, ἃ dû l’utiliser, ce me semble, pour cet oflice. Que Démétrios ait pu légiférer au nom de Ptolémée, je n’en doute pas; qu'il lai fait, là est l'hypothèse. En somme, cela revient à dire que je considère le transfert des νομοφύλαχες d'Athènes à Alexandrie, comme la signature de Démétrios de Phalère, — d'autant qu'à mon sens, les vousskaxes différaient des Onze, non seulement par le titre, mais par les attributions. » Enfin, M. Bouché- Leclerecq nous signale aussi que Phanostrate, père de Démétrios, passait pour avoir été l’esclave de Timothée. Ce détail expliquerait alors que Démétrios se fût particulièrement intéressé aux esclaves.