SCÈNE IX
MARTHON.
Je n*iinag;ine rien que de juste , et je gage que ce n'est pas du mari qu'on vous destine que vous ^es amoureuse. Vos parents ont fait un choix pour vops sans vous consulter; vous en avez fait un autre, vous 1, en votre petit particulier, sans prendre leur avis, et vous n'avez pas grand tort: leur monsieur Caton est bien le plus vilain mâtin, le plus disgracié mortel, avec son tic et son Légaiement ; je ne connois que votre cousin, monsieur l'avocat, qui soit encore aussi ridicule.
LnClLE.
^h ! rha. chère Marthon, que tons les hommes ne sont-ils faits comme ces deux-là ?
MARTHOV.
Fort bien, je vous entends. Si tous les hommes ëtoient faits comme eux , votre petit coeur seroit moins agité, n est-ce pas?
LUCILE
Parle bas , ma pauvre Marthon.
MARTHON.
Ëh bien! oui, volontiers; mon dessein n'est pas de vous nuire. Eh bien?
LUCILE
Eh bien ! Marthon, je n'ai rien à te dire.
M ARTHOK.
Je m'en vais parler haut.
LTC IlE.
Eh! non, non , doucement.
M ARTHOtl.
Vouloir qu'on parle bas, et tie rien ayoaer, cela me rrvtjlte. Vous rou{];i8sez : c'est une manière dp sVxpliquer don! je von» saist^on ççré, L#a pudeur .sied à merveille sur le visage d'une jeune personne; c'est dommnççe que la mode en passe. l)h! çn, çà, renie liez- vous ; je sais bien qu*ufi aveu tendre coûte à faire à une fiile Cfui sort da couvent ; mai^s cela viendra : le mot d*aniour vouft ctiarouc'lie à présent, mais l'usa^^e adoucira le mot et la chose, et vous ne l'aurez pas entendu prononcer cinq ou six fois que vous en auree pria l'habitude.
LT7CILE
En effet, Marthon , tu es une personne admirable, et tes discours me donnent une certaine CouHance. Je me sens plus de résolution... Mais y non, je n^aurai jamais la force de te le dire.
M ARTHOir.
Quoi dire ?
LUC1LE
Qu'il est vrai , Marthon , que je crois que j'ai de l'amour.