SCÈNE IX
LU CI LE
UnofBcier^irevenoit d'Allemagne. Sa chaise de poste rompit en chemin ; il prit place dans le carrosse. Je fus surprise en le voyant ; il me parut , embarrasse comme nftoi ; et, tant que nous avons pu nous voir, nous n'avons point cessé de nous regarder l'un Tautre que quand ma mère nous regardoit.
MARTHON.
Les pauvres enfants!
LUC ILE
Il me donnoit la main quand nous descendions du carrosse, et il tne la serroit avec tant d'ardeur...
Vous serriez la sienne?... *
LUC ILE
Non , Marthon ; je n'osois pas encore.
MARTHON.
Cela est bien modesie. Et ti« voqs a-t-il point tjbt quelque bagatelle , glisse quelque petit mot ?
LUCILE
Oui, Marthon ; mais si adroitement , si spirituellement...
M ARTUOtf.
Et comment, encore?
LCCILE.
Il y avoit dans notre même carrosse une jeune fille qui n*avoit point de mère.
HARTHON.
Qu'elle étoit heureuse ! Eh bien ?
LUCILE
Eh bien ! Marthon , il lui disoit les plus jolies choses, les plus tendres, les plus amoureuses; et tout cela, Marthon, en me regardant toujours. Oh ! je voyois bien que c'étoit à moi que cela s'a- ^ dressoit.
MARTHON.
Par bricole ; fort bien, au bout du compte ?
LUCILE. '
Au bout du compte , nous sommes arrivés à Paris ; la fin du voyage nous a séparés ; il n'a point eu depuis de mes nouvelles, ni moi des siennes.
MARTHON.
Voilà une passion qui aura de belles suites ! Allez, mademoiselle, le meilleur parti que vous puissiez prendre, c'est d'oublier ce jeune hommelà, et de ne pas penser que vous l'ayez vu.
LUCILE
Je ne saurois, Marthon ; je l'ai trop regardé; je crois le voir à tous moments, je cherche ses traits, son air, ses regards, ses manières dans tout ce qui s'offre à mes yeux.