‹ Par l'Occident à l'Extrême Orient [microforme]Chapitre 11 sur 57 · MILLE ILES COUVERTES DE FINS, MATSUSHIMA · texte numérisé non relu

MILLE ILES COUVERTES DE FINS, MATSUSHIMA

Souvent l’‘“ Empress”’ est en vue de terre vers midi et jusqu’au soir court le longs des côtes du Japon. Souvent les voyageurs approchent assez près de Kinkwazan, l’île sacrée de la baie de Sendai, pour être à même d’apercevoir les temples à travers des arbres et le pavillon flottant sur le petit phare placé à l'extrémité du cap de l'île. La baie de Sendai avec Kinkwazan (montagne des fleurs d’or) et les mille îles couvertes de pins du Matsushima constitue un des “San Kei,” les trois plus beaux paysages du Japon. Des daims domestiques cir-

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culent et broutent parmi les bosquets des temples et, à l'époque où le Bouddhisme était le maître, nulle femme ne pouvait y jeter les yeux, en-

core moins mettre ses pieds impurs sur le sol sacré de l'île, Matelots et pècheurs vont prier devant les autels de Kinkwazan et au petit autel placé au sommet ils vont implorer le dieu de la Mer qui colore les vagues d'un vert si merveilleusement pâle, d'outre-mer, de pourpre et de tons irisés comme l'on n'en rencontre nulle part, sauf dans l'île d’or. La baie de Sendai est plutôt située en dehors de l'itinéraire habituel des touristes, et un des deux autres paysages fameux du Japon, Ama-no hashidate, est encore plus éloigné de la route de la côte est; Miyajima, l'île sacrée de la mer intérieure, n’est pas visible du paquebot.

Laissant Kinkwazan disparaître à travers le crépuscule, |“ Empress ” arrive en vue de Fujiyama à l'aurore et, tandis que le soleil surgit comme par enchantement de l'océan et dore les côtes

marines, le bateau contourne le Cap King, passe à

FUJIYAMA.

gauche devant les phares de Sagami et de Kanonsaki, et les appels du bugle annonçant l'arrivée au port surprennent

souvent les passagers au moment où ils déjeunent.

Dans son ‘“ Flying ‘Trip around the World,” Miss Bisland dit : ‘“ Un petit nuage d’un gris pâle s'élève au dessus des eaux, et lentement, un vaste cône apparaît, un nuage rosé, élevé, se dessine et prend forme, bientôt les détails apparaissent, se colorent de rouge et de teintes nacrées, se mélangent dans la nuée grise, et brusquement se dresse dans le ciel bleu et se révèle le Fujiyama, la montagne divine ! Une montagne de rose perlé s'éleva hors de la mer; et quand les nuages gris qui baignaient sa base se fondirent en terre nous trouvâmes que c'étaient les vertes collines du royaume des fées.

“ Nous nous levâmes et vimes que nous étions arrivés au pays de l’Eventail — aux îles de Porcelaine — à Shikishima, le pays des chrysanthèmes. L'endroit où les grues volent jour après jour, et les corbeaux

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de nuit — où les cerises fleurissent, rouges et blanches, surgissant d’un rien pour décorer le premier plan, et où les femmes ont les yeux fixés dans le coin des paupières, et portent des robes avec lesquelles il est impossible à toute créature humaine de marcher, les obligeant de passer leur existence souriantes et immobiles devant des écrans ou des vases.??

Quand le cône perlé du Fujiyama a grandi de la dimension d’une épingle à celle d’un pic majestueux, et que le “ steamer ” remontant la pittoresque baie de Yecdo est amarré à la bouée de la compagnie dans le hâvre de Yokohama, le Japon nous environne.

Des chaloupes à vapeur se dirigent vers le navire et viennent prendre les À passagers et les malles

3 YOKOHAMA. pour les débarquer. Des

- sampans fourmiilent au- ‘ tour du passavant, et les bateliers indigènes dans leur étrange et net costume peuvent être vus sous leurs dehors les plus pittoresques. ‘ C’est comme un livre illustré,” écit John La Farge dans ses ‘ Lettres d’Artiste.”” ‘La mer était unie comme du beau papier blanc d’impression ; une vaste surface d’eau reflétait la lumière des cieux comine si c'était un air plus épais. Dans le lointain des rayons de lumière bleue, comme de légers coups de brosse, déterminant les distances. Au Gelà, noyées dans une brume blanchâtre, les voiles blanches et carrées tachent l'horizon et flottent au dessus. ... L'approche de :ïa terre est signalée par de petites collines d’un vert mousseux ; près di de nous, les jenques dont vous connaissez les formes, éclairées de nuances de violet transparent, et cinq ou six navires de guerre et steamers, rouges et noirs, ou blancs, d'une apparence barbare et hors de place, mais pourtant comme s'ils formaient une partie de nous; et tout autour se déploie une flotille de petits bateaux, conduits par des rameurs debout dont les robes battent l'air autour d’eux, ou enveloppés dedans jusqu’à la ceinture.

Il y en avait une telle quantité que la foule semblait bleue et blanche, la couleur de leurs habits semblait un

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reflet du ciel en prose. Toutefois la plus grande partie d’entre eux étaient presque complètement nus, et leurs dos, leurs jambes et leurs bras constituaient une grande nouveauté pour nos yeux, accoutumés à ne rien voir autre que notre bateau et l’immensité, vide de vie, qui nous avait entourés pendant de longs jours. Les muscles des bateliers saillaient fortement sur leur petite charpente. Ils avaient presque tous — du moins ceux qui étaient jeunes — de fins poignets, des mains délicates et le cou d'une forme élégante. Les pieds semblaient larges, avec des orteils très carrés. Ils attendaient avec anxiété pour aider à charger le charbon et à décharger, et bientôt nous les vîimes commencer leur travail, portant de grande: charges tout en causant le plus joyeusement du monde. Autour de nous se jouaient ïes plus petits bateaux, avec les rameurs debout et godillant leurs hatelets. Alors le bateau marchand vint à toute vitesse vers nous, ses rameurs debout se rourbant et se relevant, leurs cuisses se contournant et leurs mollets se raidissant, les légers vêtements qu'ils portaient flottant comme des écharpes, de telle façon que nos charmantes missionnaires furent obligées de se détourner. . ..

“ Mais les créatures humaines ne sont pas une nouveauté, même au Japon; ce qui est absolument nouveau est la lumière, sa blancheur, sa nuance argentée laiteuse. Nous y avons pénétré comme par une porte ouverte après quatorze jours de traversée à travers le Pacifique. ... Je me suis demandé en moi-même, s’il était possible d'éprouver des sensations aussi nouvelles, des sentiments aussi cornplètement frais et nouveaux de choses que je connaissais presque toutes avant mon départ, si nous étions venus par toute autre voie ou par toute autre direction. Tel quel, tout ce Japon est une révélation soudaine. Récemment nous vivions chez nous, enfermés dans un navire, nous mouvant au milieu de notre propre civilisation, quand soudainement, sans transition, nous voilà lancés au milieu d’une civilisation nouvelle. Et sous quels splendides horizons, dans quelle atmosphère pleine de contrastes ! On dirait que le ciel dans ses variations est le sujet d’un grand drame après lequel nous cherchons, ou au moins son grand chœur. La beauté de l'air et de la lumière, voilà ce que je désirerais pouvoir décrire ; mais ce serait presone essayer de se rendre compte des pensées d’un autre, de décrire la clef dans laquelle on joue.”

La visite douanière au “ English Hatoba,” ou place de débarquement, est plus stricte depuis que le Janon est devenu un pays ultra protectionniste, et inaugura son nouveau tarif sur les importations en 1899 ; les cameras sont soumises à un droit d'entrée, et le to‘triste photographe amateur a souvent lieu de regretter de se mettre en évidence lorsqu'il se livre à ses premiers essais photographiques. Incidemment, il y a lieu de faire remarquer que la grande humidité de l’atmosphère empèche le succès de photographies instantanées, et les kodaks ont besoin d’être baissés même pour assurer le succès des négatifs de figures mouvantes. Une exposition suffisante est seule nécessaire au Japon.

Une douzaine de jinrikishas s’avancent précipitamimnent, et les coolies laissent tomber les timons, se forment en cercle et vous invitent à prendre place sur le siège confortablement bourré du minuscule véhicule. Les sensations que l’on éprouve lors de la première promenade

dans ce véhicule sont bizarres, et très peu de personnes peuvent conserver leur sérieux ou ne pas se sentir infatué de leur importance quand ils se voient conduit au ‘“ Bund ” par un petit homme bizarre vêtu d’un calecon et coiffé d’un chapeau en forme de champignon. Un ministre éminent avoue qu’il se sentait le besoin de chanter et de JINRIKISHAS. faire des glouglous, de battre des mains comme s’il était entré dans une seconde enfance la première fois qu’il se vit véhiculé dans cette voiture d'enfant. Le “ Finrikisha ”’ a besoin seulement de tubes pneumatiques pour devenir le poème de la locomotion, pour être le véhicule idéal de l'univers. Le Jinrikisha, ou Kuruma, comme il est désigné plus poliment en Japonais, fut inventé ou plutôt adapté par un nommé Goble, marin à bord du vaisseau commandé par l'amiral Perrv, après son retour au Japon en qualité de missionnaire. Son emploi date de 1867 à 1871, d’après les assertions de certaines autorités Japonaises, mais se propagea rapidement en Chine, aux Concessions, et même dans l’Inde.

Le tarif pour un jinrikisha et un sampan est placé sur un tableau mis en évidence aux endroits de débarquement. Le tarif est de quinze cents pour se faire conduire à l’hôtel ou à la station de chemin de fer, vingt cents par heure, ou un yen par jour. Pour faire la montée jusqu’à ja falaise, le cocher requiert les services d’un atoshi, ou pousseur, pour l'aider à gravir le talus, et le passager, arrivé au sommet, paie quatre cents à l'assistant.

Toutes les maisons et tous les magasins de Yokohama :5nt connus des coolies par leurs numéros, lesquels en chiffres arabes ou japonais sont

2 fixés à chaque porte ou barrière. L'on peut apprendre

HOTELS. les numéros et les caractères écrits sur les menus des

hôtels, car chaque plat est indiqué en chiffres japonais

d’un côté et en anglais de l’autre. Le voyageur indique le nombre et le garçon apporte le plat demandé.

Ichi 1 Potage.

Ni 2 Poisson frit.

San 3 Œufs bouillis.

Shi 4 Lard et œufs.

Go 5 Jambon et œufs.

Roku 6 (ŒEufs pochés.

Sh’chi 7 Omelette.

Hachi 8 Bifteck.

Ku 9 Rôti de bœuf froid.

Jiu 10 Bœuf salé froid.

Jiuichi 11 Langue froide.

Jiu ni 12 Fruits.

Ban, signifiant “ numéro,” est ajouté à chacun, comme ichi ban, numéro un ; go ban, numéro cinq; et ni jiu ban, numéro vingt.

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Le Grand Hôtel (N°. 20, ou ni jiu ban), l'hôtel du Club (N°. 5, ou go ban), l'hôtel Oriental (N°. 11, jiu ichi ban), plusieurs petits hôtels de la colonie, et une ou deux pensions privées à la Falaise, recevront les étrangers. Les trois grands l'ôtels situés en face du Bund, ou muraille tie la mer, sont aussi bien tenus et gérés que les hôtels de mème classe dans les villes d'Europe. Les propriétaires étant anglais où américains, les cuisiniers français, assurent tout le confort désirable ; les lumières électriques, il: chauffage à la vapeur, les concerts donnés par l'orchestre durant les nuits d'été comptent au nombre des attractions. L'Hôtel du Club a une succursale à Tokio, dans les bâtiments longtemps occupés par la Légation des Etats-Unis.

Chacun de ces hôtels est tenu d’après le système américain, les prix varient de six yens par jour et au-dessus.

Le Club Uni de Yokohama (n°. 5) et le Club Allemand (n°. 235) sont des centres où se réunissent la bonne société étrangère de la colonie, dont la pepulation se monte à 3,532; mais ce recensement officiel comprend 1,808 Chinois, 806 Anglais, 325 Américains, 166 Allemands et 127 citoyens français CERCLES. résidant à Yokohama. Le Yokohama Rowing Club (Sport Nautique) et le Club Athlétique ont un local au Bund, près du ‘French Hatoba,” avec gymnase, cabinet de toilette, hangar à bateaux, et bassin de natation. Le Club Athlétique et le Club de Lacrosse ont la gérance des emplacements du Jeu de Lacrosse de la colonie; le (‘lub du Jeu de Paume (üames) a soin des terrains et des jardin: publics de la Falaise; et le Club Hippique Nippon tient ses réunions chaque printemps et chaque automne, au champ de courses installé à la Falaise. Aux trois clubs ci-dessus mentionnés, les visiteurs peuvent être admis sur présentation de l’un des membres du club et, comme dans les clubs des villes européennes, peuvent y trouver le même confort et les mêmes avantages.

La Hong Kong et Shanghai Banking Corporation, située Water Street (rue de l'Eau) (N°. 2, ni ban) ; la Banque Nationale de Chine (N°. 75, shihi jiu go ban) ; la Chartered Bank of India, Australia and Japan (N°. 78, sh’chi jiu hachi ban) ; et la Voko- BANQUES. hama Specie Bank (Shokin Jinko) établissement Japonais, font tous les genres d'affaires financières. Ces banques observent les jours de fêtes nationales, etsont closes durant les semaines de courses, circonstance qu’il fait bon au voyageur de tenir en note.

Les agents de change de la rue Main et Benton Dori, se chargent, pour une légère commission, de changer les billets de banque en monnaie divisionnaire, si nécessaire dans ce pays pour effectuer les petits paiements.

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Le yen japonais, au pair, correspond au demi dollar américain, et est divisé en cent se”s, lequels sont divisés en dix 7##s chaque. Le yen a une valeur moyenne équivalente au dollar argent mexicain, lequel est l’étalon de l'unité monétaire en Chine et dans l'Extrème Orient. De Hong Kong à Montréal, on parle et l'on négocie en dollars et en cents, réalis: at ainsi de beaux bénéfices en échangeant les dollars canadiens et américains contre des yens ou des mexicains.

Aux bureaux du Chemin de fer Pacifique Canadien, au N°. 14, Falaise, on peut se procurer des billets de passage et tous les renseignements désirables sont donnés concernant les futurs départs et accommodations, et toutes les facilités possibles pour se rendre aux divers endroits et correspondances avec les ports d’escale sont procurées. Le Nippon Yusen Kaisha (Compagnie Japonaise de Malle-poste à vapeur), appartenant au et sous le contrôle du gouvernement, a une large flotte de navires côtiers, communiquant avec tous les ports du Japon, de la Corée, et du nord de la Chine, et des navires se rendent à Vladivostock en Sibérie, à Manille aux Iles Philippines. La Compagnie Orientale et Péninsulaire, le Norddeutscher Lloyd et les navires à vapeur des Messageries Maritimes ont aussi leurs bureaux à Yokohama.

Des lignes de chemin de fer relient maintenant les principales villes du Japon, et il y a 2,118 milles de chemin de fer en exploitation et 1,000 milles en cours de construction. Les premières lignes furent bâties, équipées et exploitées par des ingénieurs anglais, mais maintenant tous les employés sont Japonais. Le bureau central des postes est situé rue Main et les courriers pour l’Europe partent chaque semaine, et pour l'Amérique il y a un départ en moyenne tous les dix jours. Le Japon fait partie de l'Union Postale, et le taux est de dix sez pour toute lettre adressée à l'étranger, pesant 15 grammes. Pour toute lettre dans n'importe quelle partie du Japon le taux est de trois sez pour chaque quart d’once.

Les bureaux du Télégraphe (Denshin Kicku) est situé rue Main. Il y a des lignes communiquant par tout le Japon, et le taux est de quinze sen pour les dix premiers ana (carrés), caractères carrés, et dix se” pour chaque dix mots suivants. En langue étrangère le taux est de cinq sez pour chaque mot. Un guide, ou un commis d'hôtel, vous traduit rapidement un message en japonais.

Il y a trois câbles communiquant avec l’Europe ; le prix varie de deux ou trois dollars par mot pour tout télégramme adressé à New York ou Montréal.

L heure de Tokio, l'heure locale de l’Akeshi, ou 135ème méridien, est maintenue par tout T'Erspire et est en avance de 9 heures sur Greenwich.

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