‹ Par le glaive: drame en vers en cinq actes et huit tableaux. Représenté pour la première fois sur la scène de la Comédie française, le lundi 8 février 1892Chapitre 119 sur 123 · ACTE CI>QUIÈr.lE · texte numérisé non relu

ACTE CI>QUIÈr.lE

RINALDA

Je n'ai pas voulu, moi vivante, qu'une autre... Ah! chacun comme vous n'a pas un cœur d'apôtre! Vous m'avez demandé trop pour être obéi. A quoi bon discuter, d'ailleurs? Oui, j'ai trahi. Après? Que voulez-vous? Me punir! Soit! La vie Ne m'est plus rien. La mort seule me fait envie. Frappez !

s T R A D A , après un vain geste de menace.

Je ne peux pas. Je tremble. 0 Dieu puissant, C'est donc moi, le rêveur, qui dois verseï le sang! Ah! combien douce était l'aurore dans mon rêve, Près de cette lueur du fer, sinistre et brève, \ mon poing de bourreau qu'un meurtre va rougir! Mon rêve était si pur! Pourquoi faut-il agir?

RINALDA

Votre rêve est pareil aux autres; il s'achève. Tous les miens vont aussi s'achever par ce glaive. Qu'il soit la croix promise au bout de mon chemin! Frappez!

(Elle s'offre à la pointe de Tépée.)

STRADA, reculant avec épouvante.

Ah! je voudrais qu'il m'eût tranché la main!

(Avec une émotion croissanle qui va jusqu'aux sanglots.)

0 vous, toute ma foi, toutes mes espérances, Femme, déliviez-moi de ces horribles transes. Par pitié, dites-moi que votre trahison Peut s'excuser, qu'on vous lit peur, que j'ai raison De ne pas vous tuer ainsi sans vous entendre. Parlez, défendez-vous! Je suis bon. Je suis tendre. Dites, vous n'êtes pas coupable?

RINALDA, t'avançant plus encore.

Si. Frappez I

STRADA, reculant de plus en plus.

Non, pas encor! Devant nos hommes atlroupés. Le châtiment, s'il est secret, se rapetisse. Je n'assassine pas, moi! Je rends la justice.

RINALDA, à paît.

Mais c'est mon innocence alors qu'ils vont savoir. Et je vivrais! Oh! non. Mourir est mon devoir. Il le faut, certe. 11 faut qu'il me tue.

VOIX, au deliors, furieuses et proches.

Ah!'

RINALDA

Écoute !

C'est Conrad qui les charge. 11 est vainqueur sans doute.

LES voix, grandissantes, vers la porte de droite.

.Ah! ahl

RINALDA

Il va venir. Entends-tu ces clameurs?

LES VOIX, de plus en plus proches.

Ah! ah!

RINALDA

C'est lui, Conrad!

(D'une voix éclatante, en courant vers la porte de droite, que barre Strada.)

A moi, Conrad!

STRADA

Non, meurs'

{M a, en détournant la tête, tondu enfin l'épéo, sur Ja<]uelle Rinalda s'est précipitée d'elle-nièuie. — Elle vient tomber sur le devant de la scène, à gauche, pré»

de la table.

Oh! j'ai senti l'épée entrer jusqu'à la garde. Je n'ose me tourner. La morte me regarde.

l.es clameur sont cessé, faisant place au bruit de piétinement d« la foule qui Sfavit les escaliers du palais onvalii.)

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