‹ Par le glaive: drame en vers en cinq actes et huit tableaux. Représenté pour la première fois sur la scène de la Comédie française, le lundi 8 février 1892Chapitre 65 sur 123 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

BIANCA

Que tout est compromis, si l'on agit trop tôt. Sauf mon père, les chefs du peuple font défaut

RINALDA

Pourquoi?

BIANCA

Parce qu'ils ont, pour risquer la partie, Avant de commencer, besoin de garantie.

Ils veulent être sûrs de travailler pour eux, Non pour le noble et pour un prince aventureux. .

RINALDA

Alors ils n'aiment pas la patrie? 0 misère!

STRADA, immobile près de la table, Femblant rérer tontbaat et s'cxa'tant de plus en plus.

Qui donc sait aujourd'hui l'aimer d'amour sincère? Personne, hélas! Chacun songe à ses intérêts. Moi d'abord, pense-t-on, et la patrie après! Fous, qui n'ont pas compris ce grand mot des apôtres. Que le bien de chacun est fait du bien des autres! Aveugles, dont les yeux, loin du ciel se plaisant. N'y voient pas l'avenir poindre dans le i)résent! Même aux meilleurs, celle aube est une clarté vague. Et moi qui la leur montre, ils croient que je divague Quand je leur dis : Il faut élargir l'horizon. Les murs de la cité, c'est encor la prison. ]-e bourgeois pour son or, le noble pour sa caste, Ce n'est pas assez. Non! La patrie est plus vaste. Pas de droits opposés! Pas de nœuds étouffants! Que la mère soit mère envers tous ses enfants! Tous d'accord, tous égaux autour d'elle chérie, Tous désintéressés, c'est cela la patrie!

Peuple, nobles, bourgeois, artistes, riches, gueux, C'est tout cela fondu dans un élan fougueux, Chacun pour tous, tous pour chacun, et tous en elle; Sainte communion sous sa loi maternelle, Où, ne connaissant plus ni vaincu ni vainqueur, Tous les cœurs à la fois battent dans un seul cœuri

RINALDA, qui s'est peu à peu levée et approcliée de Strada, avec curiosité et une sorte de religieuse admiration.

Homme, ce rêve est grand.

STRADA, coniine sortant d'une extase.

Ilclas! Ce n'est qu'un rêve.

Sera-l-il jamais vrai? Qui sait? La vie est brève...

(Se reprenant.)

En attendant, le but à toucher est moins haut. Et vous seule pouvez l'alleindre. Ce qu'il faut. Afin que tout soit prêt au coup liardi qu'il tente, C'est décider le chef à quelques jours d'allcnle, Et j'ai pensé que vous...

RINALDA

Qui? Moi? grand Dieu! Comn;c:il!

Je ferais retarder moi-même ce moment Où je vais être enfin délivrée!

(Elle passe devant Strada, frcinissanle ) STRADA, d'une voix indi^Miée.

0 misère!

Vous ne l'aimez donc pas non plus d'amour sincère, La patrie? Et songeant à vos seuls intéièls. Vous dites, vous aussi : Moi d'abord! Elle après!

RINALDA

Non, non! 11 ne sera pas vrai qu'œuvre si haute, Tout près de réussir, ait manqué par ma faute. Oh! que ne puis-je aussi, par quelque dévoûment, Des avenirs rêvés hùter l'avènement.

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