‹ Par le glaive: drame en vers en cinq actes et huit tableaux. Représenté pour la première fois sur la scène de la Comédie française, le lundi 8 février 1892Chapitre 71 sur 123 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

STRADA

i. est à votre refus que le crime commence. Crime envers la patrie, et crime envers Guido, Crime dont votre nom porte: a le fardeau Partout, toujours, et dans l'enler et dans l'histoire. Ce refus, c'est Guido perdu, c'est la victoire Qui s'envole emportant l'espoir des libertés. Et vous dites l'aimer, Guido"? >on, vous mentez.

R I N A L D A , tombant sur le banc devant la fenêtre.

Grâce!

Vous êtes lâche.

STRADA

RINALDA

Et vous, bien implacable.

Ne puis-je défaillir sous l'horreur qui m'accable ? Oui, me sacrifier, je le veux en effet. J'aime Guido. Songez à tout ce que j'ai fait. •Mais cela, non, jamais je ne pourrai le faire. 3Ies forces sont à bout. J'ai gravi mon Calvaire. Me pousser jusque-là, c'est trop, c'est inhumain.

STRADA

N'jtre-Seigneur tomba trois fois sur le chemin.

Trois fois! Je comprends donc que votre pas faiblisse.

Pauvre femme tremblante, en marchant au supplice.

Mais songez bien que si le monde fut sauvé,

C'est que Notre-Seigneur trois fois s'est relevé.

Enfin (pardonnez-moi, je vais être sévère);

Mais, pour dire vraiment qu'on gravit son Calvaire,

Ce que vous avez fait ne sulfit point, je crois :

Il faut monter encor, monter jusqu'à la croix.

RINALDA

Ah ! qui m'en donnerait l'effroyable courage ?

STRADA, s'exallaiit et iexaltant, elle aussi, pea à pea, dans un élan d'cnlhousiasnio mystique.

Qui? la fraternité, la grandeur de l'ouvrage, L'orgueil du sacrifice où l'on se sent bénir Par rhosanna qui clianle au ciel de l'avenir. Debout, pour l'action fervente et résolue !

(Elle se lève.)

Loin de gémir, soyez fière d'être l'élue Par qui s'accomplira le bonheur souhaité ! L'entendez-vous venir, l'ange de Liberté, Qui souffle à votre esprit le feu des nobles zèles Et vous offre la palme en déployant ses ailes?

(n la pousse en quelque sorte devant lui, lialetante, illuminée.)

Dites que vous voulez le suivre en ce chemin Où ses doigts lumineux vous mènent par la main! Dites que vous sentez dans votre âme agrandie Picsplendir de la foi le mystique incendie ! Dites que vous voyez le but, qu'il est sacré, Qu'il faut l'atteindre. Oh ! oui, dites !

(Il joint les mains en suppliant.)

niNALDA, àl'avant-sccne, tombant à genoui, sous les mains jointes de Slrada, cl les deux bras levés au ciel comme en extase.

Je tâcherai.

(Rideau

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