‹ Par un moine bénédictin--Chapitre 178 sur 187 · LE BREF DE PIE IX · texte numérisé non relu

LE BREF DE PIE IX

qui furent une preuve nouvelle de son esprit supérieur et de son dévouement inébranlable à la chaire de Saint-Pierre. Mais l'objet principal de ses travaux et de ses pensées a été de rétablir en France la liturgie romaine dans ses anciens droits. H a si bien conduit cette entreprise que c'est à ses écrits et en même temps à sa constance et à son habileté singulière, plus qu'à toute autre influence, qu'on doit d'avoir vu, avant sa mort, tous les diocèses de France embrasser les rites de l'Eglise romaine.

Cette vie, employée, on peut dire, tout entière aux intérêts de la cause catholique, ajoute l'éclat d'une splendeur nouvelle à la congrégation bénédictine de France, déjà illustre à tant d'autres titres, et semble exiger de Nous un nouveau témoignage de notre bienveillante affection...

Donné à Rome, à Saint-Pierre, sous Vanneau du pêcheur, le 19 mars 1875, la vingt-neuvième année de notre pontificat.

Au cours du temps, Dieu ne fait qu'une œuvre, son Eglise. C'est à elle qu'il a tout rapporté. L'honneur de sa créature est d'y travailler après lui, avec lui, et de mettre son effort et sa vie là où le Fils de Dieu a mis son sang. En disant des travailleurs évangéliques qu'ils sont les aides de Dieu, Dei adjutores, l'apôtre n'a fait que traduire la parole du Seigneur même, lorsqu'il montre l'Eglise comme une vigne, Dieu comme le maître de cette vigne qui est toujours devant lui, et les hommes comme les ouvriers conviés successivement, selon les diverses heures du jour, à y apporter leur travail. Cette image simple et grande, qui résume l'histoire surnaturelle et l'œuvre de Dieu dans le temps, a été aimée de saint Benoît; il l'a recueillie. Au prologue de la sainte règle, Dieu lui est apparu comme dans la parabole évangélique recrutant par le monde ses religieux et ses élus, semblable au maître de maison qui engage ses ouvriers à son œuvre par l'espoir de l'éternel salaire, quœrens Dominus in multitudine operarium suum.

L'ouvrier de Dieu! N'est-ce pas par excellence le nom de celui qui, au lendemain de son dur labeur, repose loin de nous maintenant dans la

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solitude de son église déserte? Huit ans se sont écoulés déjà, depuis le jour où ses fils se sont exilés pour garder l'intégrité, la liberté et l'honneur de la vie religieuse qu'ils ont vouée. On ne les a point vus, — dom Guéranger ne le leur avait point appris, — fréquenter les antichambres, contester avec les politiciens, se diminuer en voulant se racheter à tout prix, ni fatiguer les bourreaux par d'inutiles supplications. Us se sont retirés de la France, lorsqu'ils ont entendu les représentants du pays leur signifier que leur vie était immorale, parce qu'ils ne pouvaient ni faire du commerce, ni se marier. Conformément à l'ordre de l'Evangile, ils ont secoué la poussière de leurs chaussures en témoignage contre une patrie où Os n'avaient plus de place. Ils ne gémissent pas, ils ne maudissent pas, ils n'implorent rien : à quoi bon? il est encore en Europe des régions qui savent respecter leur propre liberté dans la liberté d' autrui. Us attendent seulement aux portes de la France qu'un retour d'équité et de bon sens leur fasse retrouver leur place de droit dans une terre qu'ils ne sauraient oublier. Jusque-là leur règle elle-même leur rappellera que leur vie est à Dieu toute, et qu'en tout lieu on sert le même Dieu, on milite sous le même roi. Or il est partout simple de servir Dieu; il est simple aussi de mourir et il y a de partout accès à l'éternité. Dès lors, tout est bien.

h Lorsque saint Benoît fut sur le point de sortir de la vie, il promit à ses fils de leur être plus proche et plus présent, le jour où il aurait déposé le fardeau de son corps : Prœsentior volis ero carnis deposito onere. Au cours d'un exil que nous supportons pour demeurer fidèles à notre règle et pour confesser notre foi monastique, nous attendons le même bienfait et la même bénédiction de celui que Dieu nous a donné pour père et que la voix de l'Eglise a appelé « un vrai disciple de saint Benoît ».

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