‹ Paraboles; ou, Réflexions édifiantes de ThéophileChapitre 11 sur 73 · LE MURIER · texte numérisé non relu

LE MURIER

Un jour d'été, Théophile s'approcha d'un mûrier , afin de jouir de l'ombrage de son feuillage épais et de savourer ses fruits doux et rafrai-

chissants. < On t'appelle avec raison le plus prudent des arbres y dit Théophile » car tu es le dernier à te parer de feuilles au printemps , et ton fruit ne mûrit qu'à la fin de Tété. Il en est de même des grâces précieuses de mon Dieu.

Le Seigneur Jésus est l'arbre de vie planté dans mon cœur. Il me semble parfois que cet arbre n'a ni feuilles pour l'ombre ni fruits pour le rafraîchissement ^ et je pense avec amertume : Le bois vert esl4l donc devenu sec (Luc , XIII , 31) ?* Ah ! Seigneur, pourquoi caches*tu ta face ? — Mais tu as y ô mon Sauveur , déterminé les temps et les saisons pour toutes choses : après les jours d'angoisse et de douleur , je verrai ta justice (Michée , VII , 9) , et mon âme consolée pourra dire : J'ai désiré ton ombrage, et je m'y suis assise et ton fruit a été doux à mon palais (Gant. , II, 3). >

l'égorgk ds gitbon.

Un homme pieux se plaignait de ce qu'il ne trouvait aucune parole lorsqu'il voulait s'entretenir avec Dieu. < Je puis , disait-il , me faire comprendre partout où je vais, et cependant,

malgré ma confiance en Dieu, je ne peux lui exprimer les désirs de mon cœur, dans les termes que sa majesté me semble en droit d'exiger. » — Théophile tenait une écorce de citron fine et mince; il la lui montra et dit : — « Ce n'est que dans le zeste, c'est-à-dire dans la partie supérieure de cette écorce, que se trouve l'odeur du citron , et non dans la peau blanche qui est au-dessous. De même, soyez assuré que quelque faibles et peu éloquentes que soient vos paroles, cependant il s'en exhale un parfum qui traverse l'espace. La foi sans parole est appréciée par Celui qui connaît les cœurs; mais les paroles sans foi sont aussi inutiles que cette peau blanche du citron. Un seul soupir s'élevant d'une âme angoissée est un grand cri aux oreilles de Dieu. Souvent un cœur prie avec force, tandis que la langue reste muette. Les paroles sont nécessaires dans la prière afin que nous apprenions à formuler nos demandes, mais non à cause de Dieu, qui sait à l'iavance ce dont nous yavons besoin. Parfois il nous laisse manquer de mots pour prier, afin que nous ne nous appuyions pas sur ce que nous possédons, mais sur lui seul et sur sa grâce. Il veut nous apprendre à être simples comme le roi David, lequel ne croyait pas mal prier lorsqu'il disait : Que te pourrait encore dire David? car^ Seigneur Etemel^

tu connais ton serviteur (2 Sam., VII, 20). Si donc vous ne trouvez pas de paroles, jetez votre cœur avec toutes vos prières dans le sein de votre Dieu : il saura bien , lui , y trouver des mots. — Mon Dieu, tu es Esprit, donne-moi de t'adorer en esprit et en vérité (Jean, IV, 24). »

LE HAMSTER (espèce de rat de champ).

De jeunes bergers étaient occupés dans un

champ à chasser un hamster de son terrier,

lequel était déjà pourvu d'une ample provision

de grain pour l'hiver. Le hamster se dressait ,

sautait et se défendait avec fureur; mais ses

efforts désespérés ne réussirent pas à détourner

le coup mortel qu'il reçut sur la tête. Théophile

fut témoin de cette scène , et il se rappela

d'avoir lu que le hamster est si méchant , qu'il

mord sa compagne pour l'empêcher d'entrer

dans son magasin , mais que celle-ci est assez

avisée pour se frayer un passage d'un autre côté

et se nourrir à l'insu de l'égoïste (4).

(l)Des observations plus récentes ont constaté que chaque hamster se creuse un terrier , et que le mâle et la femelle sont d'une égale férocité.

Ce petit incident remit en mémoire à notre ami la parabole de l'homme riche, dont les terres avaient rapporté avec abondance et qui pensait en lui-même : Voicij je bâtirai des greniers plus grmids , j'y amasserai des biens pour plusieurs années et me recuirai; et auquel Dieu dit : Insensé y cette même nuit ton âme te sera redemandée, et les choses que tu as amassées ^ pour qui seront-elles (Luc, XÎI, 26)? — « Combien il serait à désirer, se dit Théophile, que cet insensé et cet animal n^eussent pas d'imitateurs dans le monde; mais, hélas I qu'ils sont nombreux ceux qui ne pensent qu'à s'enrichir!

L'avare se creuse un caveau, comme le hamster son trou, où il enfouit tout l'argent, qu'à quelque prix que ce soit il peut se procurer , et son cœur est si plein de mécontentement, d'envie et d'égoîsme , qu'il ne pense jamais à secourir rindigent. Personne , pas même lui , ne jouit de sa fortune. Que peut-il y avoir de plus coupable que d'oublier ainsi l'Eternel, d'amasser des biens et de n'en faire aucun usage? A quoi cet insensé doit-il s'attendre, si ce n'est à reconnaître, mais trop tard , qu'il s'est préparé d'étemelles angoisses , tandis que ses richesses ne serviront qu'aux joies temporelles de ses héritiers? — Mon Dieu, préserve-moi d'une folie si condamnable I Je ne veux amasser des biens que dans une me-

PN

-Masure permise , c'est-à-dire aniquement dans le but de subvenir à l'entretien de ma famille et de contribuer au soulagement de mon prochain; mais je travaillerai sans relâche à me faire un trésor dans les deux , qui ne manque jamais , d'où les larrons n'approchent point et où la teigne ne gâte rien (Luc, XII, 33). »

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