‹ Paraboles; ou, Réflexions édifiantes de ThéophileChapitre 4 sur 73 · LES LIS BLANCS · texte numérisé non relu

LES LIS BLANCS

Après avoir coupé un certain nombre de lis , Théophile les mit dans de Teau et plaça le vase dans sa chambre à coucher. L'odeur agréable et pénétrante de ces fleurs se répandit dans l'appartement. Théophile crut qu'il pourrait y rester sans inconvénient; mais bientôt il sentit sa tête s'alourdir, et contre son habitude, il lui prit envie de dormir. Alors il se rappela ces paroles d'un médecin renommé : « On doit éloigner de sa chambre tout parfum suspecté de contenir du poison. » — « De tout temps, pensa Théophile , l'odeur de l'ambre m'a incommodé et porté au vertige; l'odeur des lis a, il paraît , un effet analogue. Je vois ici un emblème exact

de la gloire mondaine et de cette dangereuse approbation contre laquelle mon Rédempteur a mis en garde ses disciples, quand il a dit :

Malheur à vous lorsque chacun dira du bien de vous (Luc, VI, 16). La louange exhale des émanations corruptrices ; l'homme qui se laisse subjuguer par elle devient fier, plein de confiance en lui-même et de mépris pour les autres. C'est par la flatterie que la fallacieuse Dalila parvint à endormir le vigilant Samson. Nous devons servir Dieu parmi l'honneur et Vignominiey parmi la mauvaise et la bonne réputation {^ Cor., VI, 8). Beaucoup d'âmes qui avaient supporté dignement une flétrissure imméritée ont succombé sous le poids d'un honneur mérité , en sorte que leur élévation a causé leur abaissement. Mieux vaut toujours ignorer nos qualités que de recevoir un éloge qui pourrait nous enfler d'orgueil. — Mon Dieu , donne-moi de reconnaître que je ne suis rien, et apprends-moi à dire humblement avec ton apôtre : C'est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis (1 Cor., XV, 10). »

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