‹ Paraboles; ou, Réflexions édifiantes de ThéophileChapitre 9 sur 73 · LE BROCHET · texte numérisé non relu

LE BROCHET

En se promenant au bord d'un ruisseau , Théophile vit un poisson qui s'exposait au soleil et oubliait, à l'action bienfaisante de ses rayons, le danger dont il était menacé. Un jeune pêcheur lui jeta adroitement sa ligne sur la tête et l'attira hors de l'eau. ~> « Mon Dieu , se dit Théophile en soupirant, je vois ici une image des dangers auxquels ma pauvre âme est exposée. Lorsque les rayons de la félicité terrestre commencent à briller à nos yeux, nous nous enfonçons dans les plaisirs les plus frivoles et dans une sécurité complète à l'égard de nos âmes ; nous oublions l'éternité et courons à notre perte. — Accorde-moi, ô Dieu, d'être dans la joie comme si je n'étais pas dans la joie ; d'acheter comme ne possédant rien , d'user de ce monde comme n'en v^ant pas , parce que la figure de ce monde passe (1 Cor.jp, VII , 30, 31). Que m'approcher de toi soit tout mon bien (Ps. LXXIII, 28). Délivre-moi des filets de Satan , lesquels Je n'aperçois pas et dont il cherche à envelopper mon âme. >

l'abeille attardée.

Théophile se tenait un jour devant une ruche et regardait avec intérêt les allées et venues des abeilles , qui pour la plupart revenaient au logis abondamment chargées du suc des fleurs. Non loin de là, un gros frelon jaune bourdonnait et guettait une proie. Lorsque après une journée de labeur, les abeilles se placèrent le soir à l'entrée de la ruche pour aspirer la fraîcheur de Tair, Théophile remarqua que leur ennemi mortel n'osait s'attaquer à leur groupe nombreux. Parfois il s'élevait jusqu'à elles; mais lorsqu'il les voyait serrées les unes contre les autres, il s'en retournait à vide. Enfin paraît une abeille qui s'était attardée ; aussitôt le frelon la saisit au vol , tombe à terre avec elle et en fait sa victime. Sur quoi Théophile pensa : « Que l'union est une bonne chose ! Si cette petite abeille était restée avec ses sœurs, au lieu de s'aventurer au loin , elle ne serait pas devenue la proie de son ennemi. Comment se fait-il que les chrétiens ne redoutent pas davantage les périls de la désunion? Jamais l'ennemi de nos

âmes ne réussit mieux dans ses desseins que lorsqu'il nous voit séparés par les dissensions et l'envie. que c'est une chose bonne et agréa^ ble que les frères demeurent unis ensemble (Ps. CXXXIIl, 1)! Aide-nous, Seigneur, à rester dans un même sentiment et un même amour, étant soigneux de garder l'unité de l'Esprit par le lien de la paix (Philip. , II , 2. Ephés. , IV , 3). Que le Dieu de charité et de paix soit avec nous (2 Cor., XIII, H), et alors le démon n'aura aucune prise sur nos âmes, d

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