‹ Paracelse, le médecin mauditChapitre 26 sur 28 · La remise en honneur du miroir · texte numérisé non relu

La remise en honneur du miroir

6. La composition des métaux, ou V Electrum Magicum. 1. Les sept sceaux des planètes.

Explication de Trente Figures Magiques qui ont été trouvées dans le monastère de Karthâuser, à Nuremberg.

Prophétie d' Eç^énements Futurs pour vingt-quatre années, décrits par trente-deux figures magiques.

Une Autre Courte Prophétie par des discours magiques secrets.

Explication Rectificatrioe de Théophraste sur certains chapitres des prophéties, décrite par Johann Lichtenberger.

(1^® et 2® parties.)

Un Petit Volume de Prédictions Astrologiques.

A cette liste, il conviendrait d’ajouter, pour être complet, les écrits théologiques qui sont attribués à Paracelse, qui manquent dans l’édition de Ruser, et que Bernard Aschner n’a pas- cru utile de reprendre dans son édition récente. Ils ont été publiés,^ en 1916-1918, par K. Sudhofî et W. Matthiessen, dans Archw für Reformatiogeschichte (1).

Ce sont :

Vom Selingen Leben (De la vie de l’âme).

Vom hâchsten ewigen Gut.

Von der ewigen Warhrheit.

Von der Macht der gôttlichen Gnade.

Von der Auslegung des I Kapitels Johannis.

Von Christe Leiden u. Unserer Freude.

Von der Klarifikation der Selingen.

(Le deuxième traité semble le plus important.) (2)

(1) Leipzig, 1917-1918.

(2) Cf. Fr. Spunda, Paracelsus, p. 170, Wien-Leipzig, 1925..

Nous avons vu que Paracelse apparaît comme Thomme d’une doctrine, d’un mouvement, d’une secte. Parmi ceux qui portèrent et transmirent une compréhension initiatique du monde, depuis les mystères de l’antiquité en passant par les ordres secrets et les confréries du moyen âge, il fut, sans contredit, le plus important. Non seulement il élabora, grâce à sa merveilleuse érudition et à son travail acharné, une synthèse très compréhensive d’enseignements d’origines diverses, mais il vécut à une époque critique pour les idées, au moment où la Renaissance faisait craquer les cadres scolastiques et ecclésiastiques pour chercher, partout au delà, des inspirations neuves et pour affirmer les droits de la vie contre la raison abstraite. Nous pensons qu’il appartenait à une organisation occulte prérosicrucienne, destinée à un développement considérable dans le siècle suivant. Mais si l’on peut discuter ce point, il reste évident que le courant d’idées véhiculées par la Rose-Croix le prit comme maître et comme autorité, ce qui aboutit à un résultat identique dans la suite. Sa personnalité occupe le sommet de la vague spirituelle qui, venue de l’antiquité, franchit les barrages du moyen âge pour féconder la pensée humaine. Paracelse n’est pas seulement grand en hauteur, pour avoir occupé ce sommet ; son œuvre constitue encore la plus vaste synthèse philosophique, religieuse, sociale, médicale et scientifique qui fut jamais réalisée par un esprit humain. Tous les apports des sources les plus multiples, les fruits de toutes les traditions et de toutes les écoles furent par lui réunis en une immense gerbe que personne, après lui, ne put étreindre dans sa totalité, faute de posséder une envergure comparable.

Échafaudés par son génie en une synthèse cohérente, les divers éléments de sa pensée ne tardèrent pas à se dissocier en des combinaisons neuves, il est vrai. Ce que le corps vivant réalise, dans son métabolisme, en animant la substance de tous les matériaux empruntés au milieu, en donnant à cette élaboration une existence synthétique après laquelle vont apparaître des produits de désintégration qui n’existaient pas auparavant dans la nature, l’esprit de Paracelse Ta fait pour les idées. L’œuvre de Paracelse, c’est un moment maximum dans cette vie de l’intelligence qui est comparable au métabolisme biologique.

L’HÉRITAGE DE PARACELSE

Dans le domaine scientifique, il prêcha une méthode d’ohservation et d’expérimentation déjà indiquée par Roger Bacon et nettement révolutionnaire par rapport à la culture médiévale, mais il la prêcha à un moment où le monde pouvait l’entendre et la comprendre. Il incarna donc splendidement l’idéal de la Renaissance, en faisant passer l’existence du fait avant l’autorité de la théorie, autrement dit, en libérant la vie de l’interprétation obsessionnelle. Comme tous les alchimistes, il est à l’origine de la science expérimentale qui devait connaître une si éclatante fortune.

Tandis qu’on lui reproche de verser dans les superstitions, en raison de sa croyance aux entités invisibles et aux esprits de la nature, on oublie qu’il s’efforça toujours de réduire le domaine du surnaturel ou du diable, pour invoquer des forces naturelles. « Quoi que l’on dise, quoi que l’on fasse, dit Clément Jobert, pour nous, Paracelse fut un matérialiste, et la science actuelle, celle qui n’admet pas de force sans matière, a le droit de le revendiquer comme sien (1). »

En fait, un matérialisme suffisamment étendu laisse une place aux forces invisibles.

Paracelse fut le champion de l’Hermétisme alchimique. Il faut bien comprendre que la valeur profonde de l’alchimie réside dans son caractère moniste (correspondance du microcosme et du macrocosme) et dialectique (tout procède par évolution progressive, les termes contraires étant capables de se transformer réciproquement par transmutation). Toute la philosophie du XIX® siècle, dont nous sommes si fiers, ne devait que développer ces principes fondamentaux de l’alchimie. Si nous savons comprendre, par exemple, la théorie des trois principes, nous y apercevons une théorie énergétique de la matière, bien comparable aux dernières acquisitions de nos physiciens (énergie, charge, vitesse). Quant aux transmutations qui découlent de cette conception et qui ont tant excité la verve satirique de nos pères, elles sont maintenant réalisées dans les laboratoires.

L’hermétisme nous ouvre aussi des aperçus biologiques de nature vitaliste, psychiste, évolutionniste, dont on ne peut pas

(1) Essai sur Paracelse. Thèse Paris, 1866.

PxVKACELSE, LE MÉDECIN MAUDIT

•dire, bien qu’ils aient été combattus par Descartes, qu’ils se soient montrés stériles pour l’esprit au cours des siècles suivants.

En médecine plus particulièrement, l’œuvre de Paracelse, pour n’être pas sans précédent, — puisque, au contraire, elle procède de toute une tradition antérieure, — a constitué, par sa cohérence, un bloc massif dont l’influence devait être considérable.

Tout d’abord, elle reprend la conception hippocratique : l’individu ne devant être considéré que par rapport à son milieu vital, dépend de ce milieu et fait un avec lui. La vie, comme la maladie, est une réaction et les conditions du terrain sont primordiales. De ce point de vue naît tout le mouvement naturiste et néo-hippocratique de la jeune médecine contemporaine.

Ensuite, la vie met en jeu une énergie spécifique qui est la force vitale. A cette affirmation fondamentale se rattache tout le vitalisme. La maladie n’est qu’une perturbation accidentelle de la fonction naturelle. La guérison doit être guidée selon les voies naturelles et spontanées ; elle n’est qu’une transmutation, obtenue par modification continue d’un rythme défavorable de la vie en un rythme favorable. L’agent thérapeutique peut être emprunté au règne minéral. Il agit plus par son dynamisme intérieur que par sa masse et ses propriétés physiques (quintessence). Donc, ce qui cause le mal peut, dans d’autres conditions, faire du bien : le semblable guérit le semblable.

Il est intéressant de voir ce que devint, après lui, la belle synthèse qu’il avait révélée. D’abord, il eut très peu d’élèves véritables qui aient exactement continué son enseignement sans s’écarter dans des systèmes personnels. Il s’en plaint dans sa Petite Chirurgie : « De cent écoliers que j’ai eus, il s’en est seulement trouvé deux de très capables en Pannonie ; des confins de Pologne, trois ; du pays de Saxe, deux ; un seul en Slavonie ; autant de Bohême : de l’une et l’autre Allemagne, un... parce que chacun a voulu se servir de ma doctrine à sa manière, l’un pour s’enrichir, l’autre pour satisfaire son orgueil. »

La génération qui suivit comporta pourtant quelques admirateurs fidèles de Paracelse, tels Johann Huser, qui publia ses •œuvres avec un soin scrupuleux à Bâle, en 1589-1591 ; Adams von Bodenstein, qui établit un lexique des connaissances de

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Paracelse et des termes dont il s’était servi (1); Gerhard Dorn, qui insista sur le caractère de science naturelle que présentent tous ses travaux (2) ; Léonard Thurneysser, qui s’appliqua à la recherche de la Quintessence et réalisa de belles cures, selon une thérapeutique strictement paracelsienne.

Cependant, le corps de doctrine commençait déjà à se dissocier. Les uns mirent l’accent sur l’aspect magique de la médecine, comme Cardan ou Oswald Crollius, médecin de Rudolf II (ce dernier en développant la théorie des signatures, qui est une similitude morphologique) (3). Les autres appuyèrent dans le sens chimique, préconisant l’emploi de drogues minérales, à des doses quelquefois élevées comme les latro-chimistes. D’autres, enfin, comme les Spagyristes, recherchèrent le dynamisme. Van Helmont fut le dernier à tenter une synthèse entre le côté d\TLamique de la médecine (avec ses Archées représentant la force vitale de l’organisme) et le côté physico-chimique (avec la conception des médicaments-ferments). Déjà de son temps, entre le milieu du xvi® siècle, la querelle s’était allumée. Les antiparacelsiens couvraient Paracelse d’injures : Dessenius le traitait de blasphémateur et de monstre horrible ; Riolan écrivait qu’il avait bien pu guérir des Allemands avec ses drogues, mais que les Français devaient être soignés d’une façon plus délicate (4). Gesner s’acharnait de son côté. Les proparacelsiens étaient représentés par Libavius en Allemagne, Severin le Danois, Carrichter de Recknigen, médecin de Maximilien II, Answald. En France, Joseph Duquesne (Quercetanus) et l’École de Montpellier avec Fernel, Rondelet, Schyrron (l’examinateur devant lequel Rabelais passa ses épreuves de bachelier en médecine), se servaient de médicaments spagyriques. Il y avait encore Arago de Toulouse, Le Raillif, médecin de Henri IV, Bernard Penot, Dariot, Harvet d’Orléans, et d’autres, pour s’inspirer de ses travaux. Le mouvement était assez vaste : Fioraventi le menait à Bologne, Kelley et Fludd en Angleterre.

(1) Onomasticum Paracelsicum. Bâle, 1574.

(2) Cla^’is iotius philo'sophiæ chymisticæ.

(3) La Royale Chimie (trad. M. Boui.ène). Paris, 1633.

14) Censura Demonsirationum, Paris, 1606.

Un des épisodes les plus typiques de ces longues disputes fut la querelle de l’antimoine. Les antiparacelsiens avaient gagné à leur cause la Faculté de Paris, et fait condamner solennellement l’usage de l’antimoine en 1566, tandis que la Faculté de Montpellier restait, dans l’ensemble, favorable à Paracelse.

La fameuse rétractation que dut faire, en 1666, cent ans plus tard, la Faculté de Paris par la personne de son doyen, Guy Patin, réintroduisant l’antimoine en grande pompe parce que Louis XIV avait été guéri par ce médicament, ne changea pas beaucoup, en réalité, l’équilibre des forces contraires. L’objet du litige se déplaça un peu, hors de la thérapeutique minérale, mais deux grands courants antagonistes subsistèrent en médecine : l’un, vitaliste, continuant l’esprit de Paracelse et de Van Helmont, donnant la primauté au facteur vital impondérable, s’exagérant jusqu’à la doctrine de Stahl, selon laquelle la matière corporelle serait absolument passive en regard du pur esprit, seul agent de maladie et de guérison ; l’autre courant, que l’on pourrait appeler matérialiste ou mécaniste, ne faisait appel qu’aux propriétés physico-chimiques de la matière vivante, soutenu par des hommes comme Sylvius et Boerhaave. Des médecins de valeur, comme Hoffmann en Allemagne, Bichat en France, tentèrent une synthèse de ces deux conceptions, mais n’éteignirent pas la guerre. L’engouement pour les travaux de Lavoisier donna, au xviii® siècle, beaucoup d’avance aux mécanistes, qui s’organisèrent dans la Faculté de Paris. Le vitalisme, dernier vestige des théories hermétiques, se réfugia à la Faculté de Montpellier, avec des représentants éminents, comme Sauvage, Bordeu, Barthez. C’est à cette époque qu’Hahnemann élabora son œuvre.

On ne comprend bien le sens de la doctrine hahnemannienne qu’en la situant dans le champ des deux pôles théoriques qui influençaient la médecine : d’une part le vitalisme, posant en principe l’efficience et la finalité des réactions vitales qui tendent à la guérison, comptant sur les pouvoirs subtils d’un agent invisible, croyant à l’action tout énergétique des médicaments à dose infime ; d’autre part, le matérialisme, rattachant le mécanisme de la vie au jeu fortuit de propriétés matérielles, sans la moindre finalité, donc, sans la moindre tendance spon-

(Kxtrait de VAbbdije et le Pèlerinage de X.-Ij. des Ermites, par Don Sigisinond de Courten, Einsiedeln. Beiiziger et Cie.

LA MADOXL D’EINSIEDELN

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tanée à la guérison et ne comptant, par conséquent, que sur les propriétés physico-chimiques du médicament, proportionnelles à sa quantité.

Il est clair que Hahnemann, né en Saxe, baigné dans l’enseignement tout spiritualiste de son compatriote de Dresde, Stahl, porté par son esprit métaphysique à un idéal finaliste et providentiel, se soit enrôlé dans le camp vitaliste. Il n’est donc pas surprenant de retrouver dans son œuvre les échos du grand Paracelse, son vitalisme se rattachant à la plus pure tradition des alchimistes. A. de Villeneuve n’a-t-il pas dit : « Le Grand- Œuvre ne doit jamais s’éloigner de la nature, mais respecter la régularité et le rythme de l’évolution. » Et Denis Zachaire : « Notre doctrine est naturelle, c’est-à-dire qu’en ses premières opérations elle en suit la nature. » Enfin, le Cosmopolite : « Examinez si ce que vous vous proposez de faire est conforme à ce que peut faire la nature. »

La loi de similitude qu’ Hahnemann formula et expérimenta d’une façon si géniale, court, en vérité, tout le long de la tradition hippocratique. Paracelse aussi l’avait exprimée très nettement. C’est même l’idée centrale des Spagyristes que le pire poison contient un baume qui en est le remède, sans parler de la similitude opothérapique enseignée par Paracelse, Cardan, Agrippa et autres. Seulement, Hahnemann eut le mérite incomparable de créer une méthode pratique d’expérimentation et d’application thérapeutique.

Le spiritualisme même d’Hahnemann, manifestement inspiré de celui de Stahl, reproduisait la tradition hermétique du Grand-Œuvre, subordonnant la guérison du corps à celle de l’âme, et celle de l’âme à la guérison universelle.

Dans sa théorie des métastases, ne retrouve-t-on pas comme un écho de la transmutation alchimique et des différentes couleurs de l’Œuvre philosophique décrites dans tous les traités d’alchimie ? Dans sa dynamisation des petites doses ne retrouve-t-on pas l’idée de la quintessence paracelsienne et spagyrique ?

Au moment où les conceptions dérivées du Soufre, du Mercure et du Sel dans leurs applications médicales (telles que les avaient adoptées, après Paracelse, des médecins du xvii® siècle comme Gabriel de Castaigne et Kircher), étaient rejetées comme

superstitions par les partisans de l’irritabilité des fibres et de la tension des tissus, Ilahnemann sut ramener la pathologie à trois diathèses : Psore, Sycose, et Grande Diathèse.

On raconte qu’Hahnemann aurait nié sa filiation paracelsienne et, à un contemporain qui lui faisait remarquer le côté alchimique de sa doctrine, aurait répondu : « Il ne manquait plus que cela ! » Si c’est vrai, c’est fort regrettable, d’autant plus qu’au paragraphe 40 de VOrganon Ilahnemann cite Ettmüller, le disciple direct de Paracelse. Il est d’ailleurs possible qu’ Ilahnemann n’ait rien connu de ces hermétistes enfouis sous des calomnies séculaires. Dans ce cas, il faudrait chercher comment la transmission des idées a pu se faire, et il semble admissible que ce soit par les sociétés secrètes. Nous avons vu que la Rose-Croix avait pour doctrine les enseignements que Paracelse avait professés, et que la Franc-Maçonnerie avait, en grande partie, repris les théories rosicruciennes. Or, Hahnemann fut introduit dans la Franc-Maçonnerie vers 1777 ou 1778 par son protecteur le baron de Bruckenthal. Son activité ultérieure ne lui permit pas de fréquenter beaucoup les Loges, mais il resta fidèle à l’Ordre et la signature de ses lettres, même à la fin de sa vie, est parfois accompagnée des lettres Fr (Frère) (1).

Quoi qu’il en soit, le fondateur de l’Homéopathie eut le mérite, au moment où le courant mécaniste s’amplifiait, où l’alchimie était vilipendée, de reprendre les grandes lignes de la synthèse paracelsienne. Son œuvre connut des destins contraires. L’illusion pasteurienne de tenir sous le microscope et dans des tubes la cause unique des maladies fit oublier tout à fait, pendant un temps, et la primauté du terrain organique, et l’importance essentielle d’un accord entre ce terrain et les influences cosmiques, mais il se fait, depuis quelques années,

(1) Cf. D’’ G. Thouret, Hahnemann, p. 36. Al^er (1935) (d’après le Hæhl, Samuel Ilahnemann, sa cie, son œuwre.)

On pourrait objecter que ces lettres « Fr » représentent les initiales de son dernier prénom, car Ilahnemann avait été baptisé Samuel-Chrétien-Frédéric, mais il n’usa jamais que de son prénom Samuel et, comme affilié à la F.-M., il devait savoir mieux que personne la signification des lettres « Fr ». Il ne s’en serait donc servi que pour créer une équivoque, ce qui semble peu vraisemblable.

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un retour à T Hippocratisme qui remet l’homéopathie en valeur et, derrière elle, toute l’œuvre de Paracelse. L’activité de cette école témoigne que l’impulsion nouvelle, voulue par Hohenheim, a persisté. Par ailleurs, des médecins du xix® siècle, comme Rademacher, n’ont pas hésité à se déclarer ses disciples : « J’ai plus appris de Paracelse, dit ce dernier, que de n’importe quel autre médecin de mes contemporains ou de mes prédécesseurs (1). » De nos jours enfin, des thérapeutes comme le Professeur B. Aschner, de Vienne, ou A. Nehel, de Lausanne, se réclament de son enseignement.

Mais son esprit rayonne aussi, jusqu’aux temps présents, dans les domaines métaphysique, politique et social, manifestant partout la même haine des despotismes.

Au point de vue religieux, Paracelse se trouva, par son siècle, placé dans un champ de bataille et obligé de prendre une attitude. Il était trop initié à l’ésotérisme, à la fois pour rester indifférent et pour adopter entièrement un parti. Il est clair qu’il regarda les textes religieux comme une base d’interprétation ésotérique capable de satisfaire son intelligence, tandis que l’esprit de l’Évangile et la personnalité de Jésus étaient assez sympathiques à son cœur pour qu’il ne cessât pas de se dire chrétien — mais il détesta trop le pape et il critiqua trop Luther pour que l’Église Romaine ni l’Église Réformée puissent légitimement le revendiquer. En tout cas, à une époque d’inquisition, il osa dénoncer la superstition du diable. Si nous regardons sa doctrine religieuse dans la forme, nous y discernons l’émancipation et l’assainissement de la Réforme naissante. Si nous regardons le contenu, c’est une sorte de théosophie combinant, sur des données essentielles, toutes les questions de l’occultisme et de la métaphysique. Il y a, parmi nos contemporains, quelques dizaines de milliers de théosophes, qui peuvent considérer Paracelse comme un de leurs ancêtres. Il y a aussi des occultistes qui le regardent comme un maître et des kabbalistes qui peuvent remonter à lui, à travers Claude de Saint-Martin, Jacob Bœhme, Heinrich Kunrath.

Sa morale fut humaine et libérale. Dans son livre sur La Découverte des Arts, il montre le côté conventionnel, relatif et

(1) Rechtfertigung Berlin, 1841.

changeant des vertus courantes : « Quel sens, dit-il, ont ces interdictions qu’on apporte à propos des mœurs, de la chasteté, de la continence ? Ces interdictions varient avec le temps et, selon l’époque, sont levées et remplacées par d’autres. » Dans ce même livre d’ailleurs, il énonce le principe de l’orientation et de la sélection professionnelles.

L’œuvre de Paracelse, dans l’ordre politique et social, se confond avec l’œuvre ultérieure des sociétés secrètes, c’est-àdire la lutte contre les abus de la Royauté et du Vatican, contre les excès des pouvoirs civils et des pouvoirs ecclésiastiques. On sait le rôle qu’ont joué ces sociétés dans les révolutions, ou plutôt, dans l’idéologie qui a soutenu ces révolutions (1). Le véritable esprit évangélique — selon lequel vécut et mourut Paracelse, tel un moine errant méprisant la robe des évêques ou des docteurs, se faisant l’ami des pauvres, le confident des humbles, cet esprit a toujours été révolutionnaire. Il le fut pour la société romaine (qui s’en vengea cruellement par des massacres, avec la brutalité qui caractérise les Latins), parce qu’il affirmait l’égalité des hommes, la prééminence des valeurs spirituelles sur les valeurs sociales ou financières, en prêchant le désarmement et l’amour. Il a fallu un bien monstrueux renversement des valeurs, pour que la religion du Christ en arrive à soutenir l’armée, l’empire et la banque. Tant qu’il subsistait quelque chose de l’idéal évangélique dans le cœur des hommes de bonne volonté, une force devait s’amasser pour rétablir le mouvement primitif. L’idéologie de la Révolution française fut la première à reprendre le but d’égalité et de fraternité des catacombes chrétiennes. Il fallut bien qu’elle condamnât l’Église qui avait trahi cet idéal, et qu’elle y ajoutât la liberté de penser qui avait été si cruellement écrasée par les prêtres. Elle n’a pas réussi à nettoyer le monde de sa corruption, mais elle Ta noblement souhaité. Maintenant, c’est l’idéologie marxiste — héritière de la philosophie hermétique quant à son caractère moniste et dialectique (c’est-à-dire quant à son opposition à l’esprit ecclésiastique romain), sinon quant à son contenu — qui se dresse contre la puissance des armes

(1) Cf. Albert Lantoine, Histoire de la Franc- Maçonnerie française. Paris (Nourry), 1935.

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et de Tor. Et qui donc oserait prétendre que Jésus revenant sur la terre, le Jésus des Évangiles tout au moins, se ferait l’agent des dictateurs et des capitalistes ? Paracelse, c’est cet esprit évangélique ; il fut libre comme les vagabonds, fraternel comme les humbles dont il se fit l’égal et parmi lesquels il voulut reposer. Il prêcha, par la parole et par l’exemple, le genre de vie qui détruirait les luttes et les guerres et qui abolirait aussi les abus et les injustes privilèges. Peu d’hommes ont eu le cœur assez grand pour le suivre ; il est vraisemblable que ses idées politiques, sociales, morales et religieuses ont plus gêné ses contemporains et ses successeurs que ses doctrines purement médicales, et c’est avant tout comme révolutionnaire qu’il fut calomnié et exécré.

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