LE PORTRAIT
Tu me fais trembler. Quel malheur?
Gille.
Elle l'a, morguenne, échappée belle! Tenez, Monsieur, quand je suis entré dans sa chambre, je l'ay trouvée pendue à sa cheminée...
Cassandre.
Oh, ciel ! pendue! Cela est-il possible?
Dame, ouy ! Elle ne grouilloit ny pieds ny pattes.
LE PORTRAIT ibS
La frayeur m'a saisy d'abord , mais cependant je n'ay pas perdu le jugement. Je suis viste monté à l'échelle; j'ay bravement coupé la corde. Patatras, voilà Mlle Isabelle par terre!
Cassandre.
Oh ! mon cher Gille, que je t'embrasse. Sans doute, alors, elle est revenue à. elle?
Gille.
Non, Monsieur, pas encore. Quand j'ay vu qu'elle ne me parloit pas, j'ay pris votre lettre et je la luy ay attachée à la main avec une grosse épingle. Cassandre.
C'est alors qu'elle a fait les hauts cris!
Gille.
Non, Monsieur, elle n'en a rien senty.
Cassandre.
Oh! ciel, elle est donc morte ?
Gille.
Non> Monsieur; elle est revenue... de la ville un instant après*
Gassandrè.
Que veux-tu dire, revenue de la ville?
Gille.
Oiiy, vraiment, Monsieur, revenue de la ville. Je n'ay jamais eu si peur de la voir double. Cassandre.
Peste soit du faquin! Comme M*le Isabelle s'est fait peindre et qu'on devoit hier luy apporter sort portrait, je parie que cet imbécile, en coupant la corde, aura fracassé toute la bordure!
Vous avez gagné, Monsieur, c'étoit sa portraiture. Dame! je croyois que c'étoit M,le Isabelle ellemesme.
Cassandre.
Sans doute qu'elle t'aura fait donner cent coups de bâton pour ta balourdise !
Gille.
Non, Monsieur; elle estoit d'abord bien en colère; mais, comme il n'y a rien eu de cassé, elle s'est mise à rire comme une folle en voyant ma frayeur. Ensuite, elle m'a fait asseoir à costé d'elle auprès du feu et m'a fait boire deux ou trois coups... Cassandre.
Mlle Isabelle est bien bonne!
Gille.
Oh ! pour cela, Monsieur, c'est une bonne fille. Mais, parguenne, il y a eu quelque chose de bien plus drosle, allez! C'est, ma foy, une bonne diablesse...
Cassandre.
Comment? Insolent!
Gille.
Oh! vous vous faschez toujours. On ne sçauroit vous parler... Par la sambille, j'ay vu pourtant chez elle une plaisante chose.
Cassandre.
Qu'est-ce que c'est que cette plaisante chose?
Gille.
Ma foy, je ne sçais pas trop ! mais j'ay bien ri en la vovant.
Mais, enfin, qu1as-tu vu?
Gille.
Monsieur, permettez auparavant que je vous propose quelques questions. Un chat a des oreilles? Cassandre.
Ouy, pour l'ordinaire.
Gille.
Ce n'estoit donc pas un chat!
Cassandre.
Mais que diable veux-tu dire?
Gille.
Tenez, Monsieur, il faut vous expliquer cela. Il faisoit froid. Nous estions auprès du feu, Mlle Isabelle et moy. Elle estoit jambe deçà, jambe delà. Les pieds sur la pomme des chenets. En voulant ramasser mon chapeau, qui estoit tombé par terre... j'ay aperceu...
Cassandre.
Quoy?.. son petit chat, peut*estre?
Gille.
Monsieur, a-t-il le poil noir?
Cassandre.
Ouy.
Gille.
Cela estant, cestoit son chat.
Cassandre.
Voilà bien des discours pour dire que tu as vu son chat... Cest un petit folichon qui badine tou-
jours avec elle. Il se fourre à tous momens sous ses jupons. Elle l'aime à la folie.
Gille.
Il faut donc que ce soit son chat, car elle le caressoit de la main. Mais, Monsieur, il me vient un scrupule. Y a-t-il des chats qui ayent la gueule fendue de cette façon ?
( // penche la teste. )
Cassandre.
Non, mon amy.
Gille.
Oh ! par la sanguenne, ce n'estoit donc pas son chat que j'ay vu.
Cassandre.
Que diable veux-tu donc que ce soit? Car, enfin, puisque tu Pas vue caresser ce petit animal, tu as pu distinguer aisément s'il relevok la queue, comme font tous ses pareils.
Gille.
Oh ! Monsieur, je Tay vu distinctement. Il n'avoit pas de queue,
Cassandre.
Il n'avoit pas de queue?
Gille.
Non, Monsieur, très seurement ; mais je suis seur qu'il en auroit bien Voulu avoir.
Cassandre.
Peste soit dé l'animal ! Va, mon amy, tu ne sçais ce que tu dis.
GiLLE.
Dame! si c'eût esté à rrioy qu'elle eût fait ces ca-