LE MAISTRE A DANSER
Le Maistre a danser.
Est-ce icy la demeure de M. de la Gillotinière?
Gille.
Ouy, Monsieur, c'est moy-mesme. Mon beau-père m'a donné ce nom qu'il dit estre plus beau que celuy de Gille.
Le Maistre a danser.
Je suis ravi, Monsieur, de vous trouver. Je viens pour vous donner une petite leçon.
Gille.
Volontiers, Monsieur; de quoy s'agit-il ?
Le Maistre a danser.
Vous n'avez pas l'air à la danse. Cependant je me flatte qu'avant qu'il soit peu, vous serez un de mes meilleurs escoliers.
Je ne demande pas mieux.
Le Maistre a danser.
Allons, Monsieur, levez la teste, reculez le ventre.
Vos pieds en dehors. Effacez-moy cette épaule. Vos bras ainsy collés. Mais vous estes d'un roide étonnant.
Gille.
Tant mieux, Monsieur; je vais me marier, afin que vous le sçachiez.
Le Maistre a danser.
Je vous en félicite. Mais il faut avoir le corps un
peu plus souple. Vous passez d'une extrémité à
l'autre. Soutenez-vous donc. Cela n'est pas mal.
Allons, pliez le pied gauche. Levez-vous et partez
du pied droit. (Gille s'enfuit,) Où allez-vous donc?
Gille.
Vous me dites de partir.
Le Maistre a danser.
C'est-à-dire de couler le pied droit en avant.
Gille.
Eh! dites-moy, s'il vous plaist, à quoy bon tout cela?
Le Maistre a danser.
Il est essentiel pour un jeune gentilhomme comme vous de sçavoir danser, et ce sont les premiers élémens de la danse que je veux vous montrer. Mais, vraiment, j'oubliois le principal ! Vous sçavez faire la révérence, apparemment?
Parguenne ! il faudroit que je fusse bien beste, si je ne le sçavois pas !
Le Maistre a danser.
Voyons comme vous vous y prenez.