IX TU 0 DU CT ION
la foi pour celui-ci, et sans la sensibilité pour celui-là, il n'y a point de salut. Manuscrit de Naigeon page 20 : Voilà le fondement d'une loi à laquelle je ne
crois pas qu'il y ait d'exception ; c'est de dénouer par une action, et non par un récit, sous peine d'être froid.
— page 06 : . . et que nous importe en effet qu'ils sen-
tent ou qu'ils ne sentent pas, pourvu (jue nous l'ignorions?
Certaines idées ou certaines images, introduites par l'interpolateur du Paradoxe dans le remaniement qu'il a fait des Observations, se répètent avec une insistance qui marque, chez l'auteur de ce remaniement, un médiocre sentiment de la composition, et une faculté dinvention quelque peu indigente.
Manuscrit de Saint-Pétersbourg, page 94 : Mais ce modèle qu'elle a emprunté
de l'histoire, ou que son imagination a créé comme un grand J an tome, ce n'est pas elle ; etc.
— — — 95 : Mais la lutte passée, lorsqu'elle s'est
une fois élevée à la hauteur de son fantôme, elle se possède, etc.
— — — — Rien à vous entendre, ne ressem-
blerait tant à un comédien, sur la scène ou dans ses études, que les enfants qui. la nuit contrefont Jes revenants sur les cimetières, en élevant au-dessus de leurs têtes un grand drap blanc, etc.
— — — 103 : Ce sont les fantômes imaginaires de
la poésie : ce sont les spectres de la façon particulière de tel ou tel poète. — — 136 : Quel était donc son talent ? Celui
d'imaginer un grand fantôme et de le copier de génie.
— — — 141 : Ne m'as-tu pas dit que, quoique tu
sentisses fortement, ton action serait faible, si, quelle que fût la passion, ou le caractère que tu avais à rendre, tu ne savais C élever par la pensée à la grandeur d'un fantôme homérique auquel tu cherchais à C identifie ri
INTRODUCTION
Manuscrit de Saint-Pétershourg, page 158 : ... à moins qu'il ne puisse s'oublier et
se distraire de lui même, et qu'à l'aide d'une imagination forte il ne sache se créer, et d'une mémoire tenace tenir son attention fixée sur des fantômes, qui lui servent de modèles, etc.
— — — 173 : Ce dernier monte sur les épaules du
précédent et se renferme dans un grand mannequin d'osier dont il est l'âme; il meut ce mannequin d'une manière effrayante, même pour le poète, qui ne se reconnaît plus, et il nous épouvante, comme vous l'avez fort bien dit, ainsi que les enfants s'épouvantent les uns les autres en tenant leurs petits pourpoints courts élevés au-dessus de leur tête, en s'agitant et en imitant de leur mieux la voix rauque et lugubre d'un fari' tome qu'ils contrefont.
Cette redite du fantôme est la plus frappante de toutes ; l'image, qui ne se rencontrait pas dans le texte delà Correspondance c?e 6^nmj?i, reparaît jusqu'à sept ou huit fois dans le texte du Paradoxe. Mais on peut remar quer encore, pages i29 et 173, la double métaphore répétée des ainpoiilesei des échasses ; pages 142 et 178, l'assimilation du comédien et du courtisan ; pages 97, 136 et 138, la théorie de la sensibilité, avec le retour de l'énumération, un grand roi, un grand ministre, etc.
Il n'est pas hors de propos de rapprocher de ces redites un certain nombre d'impropriétés :
« Cette bouffissure prescrite » ; «les doux et les faibles » (1) ; « éprouvera, toute sa vie, le rôle d'un débutant » ; « lorsque l'orgueil de l'un d'entre eux se refuse à cette balance », ou encore des bizarreries telles que « arracher la chair à sa chère femme » ; « d'unemémoire tenacetenir », ou la tournure « n'y ayant peut-être pas un seul » employée pour « quand il n'y a peut-être pas un seul », et enfin des méprises comme « la poésie du reste », comme « la scène d'Hamlet » mis « pour la scène de Macbeth » dans la transcription d'un passage qui n'est même pas pris à Diderot celte fois, mais à Grimm.
(1) Variante : les durs et les faibles. — La première leçon est celle du manuscrit de Saint-Pétersbourg.
INTRODUCTION
Il peut y avoir quelque intérêt encore à relever, soit dans les corrections, soit dans les additions de la rédaction remaniée, les détails où la manière de penser de >'aigeon est reconnaissable. Ce que Diderot appelait le « tic de Naigeon » se retrouve dans des réflexions (elles que : « on a dit du superstitieux qu'il croit croire » ; « il pleure comme un prêtre incrédule qui prêche la passion » ; « sera-ce l'enthousiaste ou le fanatique »? De même la langue de Naigeon, qui n'est pas malheureusement celle de Diderot (1), se décèle par tel archaïsme qu'il affectionne : « deux sens distingués » mis pour « deux sens distincts. » Enfin la plaisante prétention du disciple de corriger le style de son maître, en faisant disparaître « le ton domestique et familier qui est mauvais», se montre nettement, au moins à deux reprises :
TEXTE DE DIDEROT
puisqu'on fourrant tout en travers de sa traduction les noms des acteurs français à côté des noms des acteurs anglais...
Il sent une extrême fatigue ; il va changer de chemise et se coucher.