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fatalement condamnées à être d'abord dépossédées, puis exterminées par les fils de la race blanche. Le sentiment de la solidarité, qui unit peu à peu tous les Européens, ne s'étend pas aux non Européens. L'égalité de civilisation, qui rend semblables les peuples de l'Europe, n'existe pas entre ceux-ci et les habitants des autres parties du monde. L'emploi de la force, qui en Europe n'offre aucune chance, promet au delà de ses frontières de faciles succès. L'Européen qui émigré ne s'éloigne pas, plus que cela lui est absolument nécessaire, de la zone tempérée qui lui est la plus propice et la plus agréable. Il colonise d'abord toute l'Amérique du Nord et l'Australie, toute l'Afrique et l'Amérique au sud des tropiques. Puis il occupe les côtes méridionales de la mer Méditerranée et pénètre dans les parties les plus hospitalières de l'Asie. Les indigènes tentent d'abord de résister, mais voient bientôt leur unique salut dans la fuite. Ils lâchent pied devant les Européens et se précipitent de leur côté sur des voisins plus faibles qu'ils traitent comme eux-mêmes ont été traités par les blancs plus forts. Mais chaque génération engendre en Europe un nouvel essaim débordant d'êtres humains, qui doit émigrer; la nouvelle vague déferle au delà de la limite de marée du premier flot, et les têtes de la colonisa-
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lion européenne pénètrent toujours plus profondément dans les continents étrangers, toujours plus loin vers l'équateur. Les races inférieures sont bientôt complètement perdues. Je ne vois pas de salut pour elles. Des missionnaires peuvent leur apporter autant de bibles et de christianisme extérieur qu'ils voudront ; des théoriciens de la philanthropie, qui n'ont vu de nègres ou d'Indiens qu'en images ou dans les caravanes exhibées au Jardin d'Acclimatation ou au Champ-de-Mars, s'enthousiasmer pour l'enfant du désert et pour le romantisme des Maoris ou des Caraïbes : le blanc est mieux armé pour la lutte en vue de Texistence que toutes les autres races humaines, et quand il a besoin, pour vivre, de la terre des sauvages, il la prend sans hésitation. L'homme noir, rouge ou jaune n'est plus alors qu'un ennemi qui veut lui rendre plus difficile ou impossible Texistence, et il le traite comme il a traité les ennemis d'ordre zoologique de ses enfants, de ses troupeaux et de ses champs, comme il a traité les grands félins de l'Afrique et de l'Inde, les ours, les loups et les aurochs des forêts vierges européennes : il les extermine radicalement.
La première étape de notre excursion dans l'avenir fut la définitive délimitation des grands Etats nationaux restés debout dans la lutte pour
leur langue et leur génie, que suivirent le développement intellectuel général et la grande augmentation des peuples de l'Europe. La seconde étape est la colonisation de toute la terre par les fils de la race blanche, après que l'Europe d'abord, puis les zones tempérées des autres parties du monde sont devenues trop étroites pour elle, et l'extirpation des races inférieures et plus faibles. 11 faudra beaucoup de siècles, peut-être des milliers d'années, pour que l'aiguillon de la faim pousse l'homme blanc jusqu'au cours supérieur du Congo, au bord du Gange et du fleuve des Amazones, et que le dernier sauvage des forêts vierges du Brésil, de la Nouvelle-Guinée et de Ceylan, disparaisse devant lui; mais enfin cehi arrivera, et toute la terre sera soumise à la charrue et à la locomotive des fils de l'Europe.
Se produit-il maintenant un arrêt? Les destinées humaines cessent-elles de se dérouler? Non. L'histoire universelle est \t perpetuum mobile, et elle court, elle court à perte de vue. L'humanité blanche, qui est seule restée sur la terre, continue à prospérer vigoureusement dans ses antiques foyers sur le continent européen et dans les zones tempérées des autres parties de la terre ; les peuples s'accroissent; incessamment pousse une fraîche jeunesse qui revendique une place au soleil
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et un couvert à la table, et au bout de quelques générations s'affirme de nouveau la nécessité qu'un nouvel essaim s'envole de la vieille ruche. Mais maintenant il n'y a plus de race inférieure qu'on puisse débusquer et anéantir sans peine et sans éprouver le sentiment très vif qu'on fait violence à des frères. Partout on retrouve sa propre conformation de visage et de corps, des langues, des conceptions, des mœurs et des coutumes parentes, partout des formes familières d'Etat et de culture, et partout un homme blanc civiHsé a inscrit dans le sol du champ, avec les sillons saints de la charrue, son droit de propriété. De quel côté les émigrés doivent-ils se tourner ? Qu'adviendra-t-il avec l'excédent de naissances, dans les plus anciens pays civilisés ? Une loi reste en pleine valeur et aide à sortir d'embarras : de nouveau la loi de la moindre résistance. Il n'y a plus de races inférieures, mais les descendants des immigrés blancs, qui se sont avancés le plus loin vers l'équateur, déchoient organiquement dans les tropiques, et représentent au bout de quelques générations une espèce humaine inférieure, qui se comportera vis-à-vis les hommes de sa race dans les pays plus favorablement situés, comme maintenant les nègres ou les Peaux-Rouges vis-à-vis les blancs. Qu'il en advienne ainsi, cela n'est pas douteux.
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Les peuples blancs les plus virils et les plus combatifs dépérissent dans les contrées torrides au bout d'une petite suite de générations, et quand ils ne s'éteignent pas complètement par stérilité ou par maladie, ils deviennent du moins si débiles et si flétris, si bétes et si lâches, si peu résistants à tous les vices et à toutes les habitudes pernicieuses, que bientôt ils ne sont plus que les ombres de leurs pères et de leurs aïeux. Ce fut là en moins de cent années le sort des superbes Vandales, qui pénétrèrent en géants germains dans Carthage, et furent rejetés hors de leur royaume en mazettes pleurardes par de misérables Byzantins. Le même fait se répète aujourd'hui aussi dans tous les pays chauds que le blanc s'assujettit. Le gouvernement anglais s'eirorce en vain de multiplier dans Tlnde le mariage de ses soldats avec des femmes blanches. On n'a jamais pu, comme s'exprime le major général Bagnold, « élever assez d'enfants mâles, pour fournir les régiments de tambours et de fifres ». Dans la Guyane française, il y a eu de 1859 à 188;2, d'après un beau travail du docteur J. Orgeas, 418 mariages entre Européens. Sur ce nombre, 215 sont restés stériles, les 203 autres ont produit 403 enfants. De ceux-ci, 24 étaient mort-nés, 238 moururent à difTérents âges d'avril 1861 à janvier 1882. Ainsi donc, après vingt-
trois ans, 141 enfants représentaient toute la descendance de 836 Européens mariés. Et quel aspect avaient ces rejetons ! C'étaient presque tous des créatures microcéphales nabotes, à la peau ridée, atteintes de diverses infirmités.
Les colons entre les tropiques sont donc voués à l'étiolement ; non seulement ils ne développent pas davantage la civilisation qu'ils ont apportée avec eux, mais ils la perdent même, et ne conservent bientôt plus de leur héritage de race qu'une langue corrompue et la vanité de caste, des caractères physiques et moraux de laquelle plus rien ne subsiste. Les immigrés vigoureux n'éprouvent aucun scrupule à l'égard de ces avortons dégénérés, et la faible résistance qu'ils peuvent opposer n'a pas d'importance. Une couche fraîche d'hommes qui ont besoin de terre et de nourriture se répand donc sur ces pays baignés dans le soleil, ensevelissant sous elle la vieille couche torréfiée, et reprenant à nouveau la lutte sans espoir contre le climat. Les contrées équatoriales accomplissent ainsi dans l'histoire future de Thumanité le même travail qu'en météorologie. De même que les eaux froides des pôles s'écoulent vers l'équateur, s'y évaporent et sont renvoyées sous forme de vapeurs et de nuages; de même que par cette volatilisation se produit
un abaissement du niveau de la mer qui doit être rétabli par de nouvelles masses d'eau venues des contrées froides ; de même enfin que de cette manière les masses d'eau de toutes les mers sont maintenues en constant mouvement, le régime pluvial de toute la terre réglé et les pays les plus éloignés fertilisés, ainsi les excédents des naissances s'écoulent des vieux pays civilisés vers les tropiques, y dépérissent, s'y évaporent en quelque sorte, et sont remplacés par un constant afflux nouveau. L'équateur devient une formidable chaudière à vapeur dans laquelle la chair humaine se fond et se volatilise. C'est un renouvellement du culte primitif de Moloch. Les peuples de la zone tempérée jettent une partie de leurs enfants dans la gueule du four brûlant, et obtiennent ainsi place pour leur prospérité et leur développement propres. L'image est horrible, mais le fait ne Test pas. Ce n'est pas en effet à une mort douloureuse que sont condamnés les enfants des peuples. Une vie plantureuse et exubérante leur rit dans les pays chauds; les airs et les ondes caressent tièdement leurs membres, les champs et les bois leur offrent en abondance la nourriture sans qu'on ait besoin de les y forcer; l'existence leur semble plus voluptueuse et plus facile qu'à leurs pères et à leurs frères sur la vieille glèbe
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récalcitrante, et c'est avec de tendres et ardents baisers auxquels ils s'abandonnent dans des frissons de volupté, que le soleil leur suce la vie par tous les pores. C'est une mort que toute nature efféminée préférera au rude combat pour l'existence, c'est un doux écoulement, une chatouillante déliquescence dans lesquels on est suavement bercé comme dans un rêve produit par l'opium, et qui sont plutôt faits pour exciter l'envie que la pitié. Mais l'éqiiateur ne fonctionne pas éternellement comme chaudière à vapeur ou bassin d'évaporation de l'humanité ; il n'est pas éternellement la soupape de sûreté qui s'ouvre chaque fois que, dans les vieux pays civilisés, la pression devient trop forte. 11 arrive un moment où les circonstances changent complètement de face. Le refroidissement de la terre s'accentue, la ceinture de glace du pôle glisse de plus en plus profondément, s'enroule autour d'un degré de latitude après l'autre, et étouffe toujours de nouvelles contrées. Les hommes émigrent avec plus d'ardeur que jamais vers les tropiques, mais la zone torride n'est plus maintenant l'étrangleuse perfide qui vous tue en vous caressant, elle est la nourrice de l'espèce humaine. Elle seule alimente encore abondamment ses habitants, elle seule les laisse se développer dans toute leur plénitude, MAX NORDAU. — Parad. sociol. 11
prospérer joyeusement et rester intelligents et forts. Toute culture et toute civilisation se concentrent autour de Féquateur. Là s'élèvent les palais et les académies, les hautes écoles et les musées; là on pense, on cherche, on écrit et on crée. Là seul les hommes s'éploient encore tout entiers. Tant pis pour les lents, les empotés et les peureux qui se sont attardés dans les vieux pays. Quand eux aussi, sous la pression de la muraille de glace qui s'avance, ils se décident enfin à prendre le bâton de voyageur, ils trouvent les sièges commodes occupés et bien gardés par une race forte qui est devenue plus florissante et plus puissante, alors qu'eux-mêmes se sont affaiblis sous le froid et la faim. Ils campent aux bords du cercle magique comme une bande de loups, et regardent avec des yeux férocement avides la vie forte et abondante qu'ils ont devant eux ; mais dès qu'ils tentent de sauter par-dessus la barrière et de ravir une proie, ils sont refoulés dans leurs déserts de glaces par les robustes maîtres de la terre bénie. Et ensuite ? Ce qui adviendra ensuite, je l'ignore. Ici le noir avenir devient encore beaucoup plus noir. Je ne puis plus rien y distinguer, et le conte doit par conséquent prendre fin.